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La prudence de Guillaume Garot. Le député PS de la Mayenne botte en touche quand leglob-journal l’interroge sur son « avenir » en Mayenne et Laval. A un peu plus d’un an des élections, il reste très évasif sur la question se contentant de rappeler qu’il s’investit dans son job de député et de conseiller départemental « 7 jours sur 7 ». Lorsqu’on remarque qu’il semble se démarquer de la doctrine Valls à propos de la loi sur le travail, l’ancien maire de Laval rétorque dans un discours bien rodé que la « loyauté au gouvernement » permet selon lui également la « franchise » et le député PS d’expliquer qu’il fait régulièrement « remonter les messages [...], s’ils sont justes. ». Dans ses réponses toujours équilibrées, l’ancien ministre de l’agroalimentaire estime que sa « conviction est simple : on ne fera pas avancer la France en opposant modernisation économique et modernisation sociale. »

Entretien

- leglob-journal : Vous émettez des réserves sur le projet de loi El Khomri sur le travail ; vous dites qu’il n’est pas « équilibré et que le compte n’y est pas », pouvez-vous nous dire en quoi et par rapport à qui ?

Guillaume Garot : Dans une économie en profonde mutation, ouverte sur le monde, qui pourrait reprocher au gouvernement de vouloir tout faire contre le chômage ? Reconnaissons que les entreprises ont besoin de souplesse pour être plus réactives. Mais les salariés ont aussi besoin de sécurité. La qualification du licenciement économique, le niveau des indemnités en cas de licenciement abusif, le temps d’astreinte qui ne doit pas être confondu avec celui du repos... : tout cela doit être discuté pour aboutir au meilleur équilibre entre la souplesse accordée aux entreprises et les garanties apportées aux salariés.

Cette « posture » diverge un peu de votre façon habituelle de faire de la politique, êtes-vous en train de prendre un certain recul vis-à-vis de la ligne gouvernementale dessinée par Manuel Valls ?

La loyauté au gouvernement n’empêche pas la franchise. Il est de ma responsabilité de faire remonter les attentes, mais aussi les inquiétudes des salariés et des chefs d’entreprises.

Est-ce aussi parce que les militants socialistes et la société civile montent au créneau ?

Cela fait partie de mon travail de député de relayer les messages qui me sont adressés, s’ils sont justes. Je le fais régulièrement. Citoyen et élu de gauche, ma conviction est simple : on ne fera pas avancer la France en opposant modernisation économique et modernisation sociale. Le texte sur le travail est particulièrement sensible parce que l’emploi est la préoccupation numéro 1 des Français et que les résultats sur le chômage se font encore attendre. Le pire serait de ne rien faire. Il faut avancer, et faire bouger les lignes : c’est notre responsabilité, et d’abord vis-à-vis de celles et ceux qui recherchent, parfois désespérément, un emploi.

Récemment vous évoquiez les 40 milliards d’euros du Pacte de responsabilité accordés aux entreprises et le besoin impératif de celles-ci de «  s’engager pour l’emploi, en contrepartie de la solidarité qu’a consentie la Nation  », vous dites cela parce qu’elles ne le font pas ou pas assez ?

Je suis convaincu que les salariés sont prêts à consentir des efforts pour faire reculer le chômage mais il faut que ces efforts soient équitablement partagés. Il s’agit à mes yeux du Contrat social de notre pays : pas d’efficacité sans justice. Il ne me paraît pas choquant de demander des engagements aux entreprises qui reçoivent des fonds publics ou des allègements fiscaux, comme on le demande à tous ceux qui reçoivent des subventions ou des allocations. Ces engagements devraient concerner l’emploi, l’investissement ou la formation des salariés : tout ce qui permet d’assurer l’avenir des entreprises et des salariés.

La récente visite de François Hollande au Salon de l’agriculture s’est soldée par des huées et des insultes à l’égard du chef de l’État ; vous avez été ministre en charge de l’Agroalimentaire, que dites vous à ceux qui semblent se tromper de cible ?

L’agriculture française fait face à une crise sans précédent. Mais elle a les atouts pour s’en sortir. Le plan d’urgence pour l’élevage présenté par le Gouvernement est solide et témoigne de la solidarité de la Nation pour ses éleveurs. Les prix bas, qui ne permettent pas aux producteurs de vivre de leur travail, ne sont pas une fatalité. Mais il n’y aura pas de solutions durables sans régulation efficace. La fin des quotas laitiers en Europe, décidée en 2008, soumet nos producteurs aux aléas du marché mondial, tandis que la loi LME du Gouvernement Sarkozy-Fillon a laissé les producteurs et transformateurs démunis face à la grande distribution. Les démarches Viande de France et Lait de France sont pleinement utiles pour inciter les consommateurs à "acheter français". Mais au delà, il est impératif de mettre au point de nouveaux mécanismes de contractualisation sur les prix qui engagent producteurs, transformateurs et grande distribution, pour permettre à chacun de s’y retrouver et de tirer un revenu décent. Les filières doivent aussi se restructurer pour regagner les marchés perdus en France et en conquérir de nouveaux à l’export, en valorisant la qualité France.

Par rapport à cette crise profonde que vivent les agriculteurs et notamment en Mayenne avez-vous le sentiment d’avoir suffisamment agi lorsque vous étiez ministre ?

En arrivant au ministère, mon premier dossier a été celui de la crise des abattoirs de volailles Doux, en dépôt de bilan. Aujourd’hui, après une lourde restructuration, Doux crée à nouveau des emplois, comme SNV à Laval. Et plus largement, la filière volaille s’en sort et retrouve des perspectives, parce qu’elle s’est réorganisée, avec le soutien exigeant de l’État. Pour agir, il faut une forte volonté, du temps, et des objectifs partagés avec les acteurs concernés. C’est ainsi que j’ai agi, en ouvrant des chantiers aussi importants que la qualité de l’alimentation, la relance de l’export, l’organisation des filières, ou le gaspillage alimentaire.

Enfin comment voyez-vous votre avenir politique à Laval et en Mayenne à l’approche des Législatives et des municipales ?

Je suis concentré 7 jours sur 7 sur mon travail de député et de conseiller départemental, dont deux jours par semaine à l’Assemblée nationale. Je me bats pour plus de justice sociale, pour faire avancer les choses, comme c’est le cas actuellement avec le Compte Personnel d’Activité (CPA) qui constitue une réelle avancée pour les droits des salariés, ou au Conseil Départemental, pour des tarifs de cantine plus justes dans les collèges.

- Propos recueillis par Thomas H.


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Guillaume Garot (PS) : « Le pire serait de ne rien faire. Il faut avancer, et faire bouger les lignes »

Publié le: 8 mars 2016
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