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Alors que l’ancien ministre en charge de l’Agroalimentaire rend son rapport au gouvernement sur le gaspillage alimentaire, intéressons-nous au Domaine de Chambord, situé dans le Loir-et-Cher. Au deuxième étage du château se situe depuis 1971, le Musée de la chasse et de la nature. Et « certains vendredis (et quelques mardis) entre septembre et février, les routes traversant le domaine sont, au petit matin, coupées par la gendarmerie (…)  » écrit M, le magazine du Monde. Car Chambord, c’est aussi - on le sait un peu moins - le lieu où “le gratin” se donne rendez-vous, pour chasser en toute quiétude.

- Par leglob-journal.fr

Guillaume Garot gardien « des chasses bien gardées de la République  » ? selon le titre de M, le magazine du Monde. En tout cas « Politiques, grands patrons et hauts fonctionnaires continuent de se presser aux battues du château de Chambord. Une survivance monarchique encore largement financée par l’État » écrit Pascale Nivelle dans une enquête publiée dans M, le magazine du Monde fin février 2015. Et la journaliste poursuit :

« (…) Les privilèges féodaux ont été abolis en 1789 et les chasses présidentielles définitivement supprimées par Nicolas Sarkozy, en 2010. François Hollande s’est longtemps gardé d’y mettre le pied. En décembre, lors d’une visite surprise, il a insisté sur la vocation touristique du château. Sans un mot pour les chasseurs, qui n’ont guère changé leurs habitudes depuis des années. Un cinquième du domaine a été ouvert au public, mais seules quelques gâchettes choisies sont conviées à des rassemblements qui n’ont pas grand-chose à envier aux parties de chasse staliniennes de la bande dessinée d’Enki Bilal.(...) »

« On vient avec nos fusils, des armes dangereuses à ne pas mettre entre toutes les mains », reconnaît auprès de M, le magazine du Monde le président PS de l’Assemblée Nationale, Claude Bartolone, que la journaliste a interviewé à propos d’un incident de chasse qui aurait pu tourner au drame. Les chasses et les battues “entre soi”, c’est un aspect de Chambord qui n’a pas énormément été mis en avant, et que beaucoup ignorent.

Le prédécesseur de Guillaume Garot, Pierre Charon alors Président du Conseil d’administration du Domaine national de Chambord déclarait à Rue89 en 2010 :

« Il s’agit simplement de tuer des sangliers et quelques cerfs. Si j’ai un quota de 500 sangliers à Chambord et qu’il y en a 600 sur le domaine, qui est clos de murs, il faut faire des battues de régulation. Si on ne le fait pas sous forme d’invitation, ce sont les gardes qui le feront. ».

Des battues de régulation qui sont aussi un moyen d’entretenir un réseau de relations. Jean d’Haussonville « ce diplomate » qui a été reconduit comme Directeur général du domaine auprès de Guillaume Garot est « très utile selon Charon pour inviter de riches princes étrangers et d’éventuels mécènes pour Chambord ». Selon les chiffres données à l’époque ces battues couteraient 12 000 euros, simplement en frais de traiteur, pour une collation d’après chasse.

Alors question : ces chasses, dont finalement l’ancien ministre qui plaide pour moins de gaspillage [alimentaire], aura-t-il à s’en occuper ? Quoiqu’il en soit le décret est formel :

« Article 1 - M. Guillaume Garot est nommé président du conseil d’administration du domaine national de Chambord à compter du 1er janvier 2015. Article 2 - Le Premier ministre, la ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, le ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du Gouvernement, et la ministre de la culture et de la communication sont responsables, chacun en ce qui le concerne, de l’application du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française. »

Voilà le député de la Mayenne bien “chapeauté” par une ribambelle de ministres, lui qui ne l’est plus. “Intronisé” dans un nouveau château sur lequel il faudra qu’il veille et qui n’est pas celui de Laval. Mais avouez tout de même que c’est royal, non ?

Parce que Chambord, c’est le fief de François 1er celui qui avait accueilli, en bon mécène, le génial Leonardo da Vinci ; on peut y voir également un acte de reconnaissance de la part de François - Hollande cette fois ! - qui aurait "remercié" Guillaume Garot après son éviction du gouvernement, ce qui irrite toujours un peu le récipiendaire quand on le lui suggère.

Le Président de la République lors d’une visite surprise à Chambord - pour avait-t-il dit « se rendre compte de ce que c’est » - avait parlé du tourisme comme étant « une industrie » qu’il fallait développer comme une chance pour la France et notamment à Chambord. Il y a des projets autour de ce domaine national avait-il révélé, sans en dire plus.

Royal donc à double titre. D’abord parce que Chambord est donc un des symboles de la monarchie triomphante. Et puis bien-sûr à cause de Ségolène (l’éponyme) qui a toujours soutenu le Député de la Mayenne.

Le domaine de Chambord avec son château majestueux, et sa figure emblématique qui est le cerf avec son brame profond, c’est aussi un parc de 50 Km2, dont un cinquième seulement est ouvert au public. Chambord, c’est donc sa forêt giboyeuse, le tout entouré d’un mur de 32 kilomètres de long. Une exception française que ce domaine national qui a été reconnu depuis 2005 comme un EPIC, un Établissement public à caractère industriel et commercial. Commerce, industrie et royauté, Ah ! le beau ménage !

Guillaume Garot lorsqu’on l’interroge à froid, c’est-à-dire plusieurs mois après cette nomination intervenue en Décembre dernier, y voit toujours une simple posture honorifique.

« Je suis là pour présider le conseil d’administration, et ce qui m’intéresse, c’est le patrimoine, ça n’appelle pas de rémunération. Je souhaite obtenir une gestion écologique exemplaire du site et de sa réserve de chasse, en faire un étendard du tourisme en France auprès des visiteurs étrangers. »

Chambord, c’est donc un des fleurons monarchiques de la République. Ce genre de mélange de genre bien français, qui fait rêver, et qu’États-uniens ou japonais visitent à grande enjambées, appareils photos en bandoulières. Il faut dire qu’il y a 440 pièces et de nombreuses fenêtres qui ouvrent sur le parc.

Chambord, c’est aussi son célèbre escalier à double révolution, une invention géniale ! Un modèle d’architecture et de construction hélicoïdale qui permet de descendre ou de monter sans être vu, ce qui était très utile à l’époque !

L’escalier c’est bien-sûr un symbole d’ascension et de descente. On gravit des échelons ou non. On monte ou pas. On peut s’arrêter en route sur une marche, faire une halte, ou bien les monter quatre à quatre. Les débouler. Quand on est au plus haut, il arrive qu’on doive redescendre. On s’en sert pour arriver doucement en haut ou bien pour s’enfuir en sautant les marches prestement. En plus c’est, un escalier à double révolutions !

C’est la métaphore idéale pour caractériser le parcours parfois chaotique d’un élu. D’un homme ou d’une femme politique. D’un ancien ministre socialiste ou pas, et pour ce représentant-là de la Nation qui ne donne pas dans la Fronde comme au temps du Roi Soleil, mais pourfend plutôt les frondeurs.

Une double révolution, c’est certain, c’est troublant. Ça peut faire tourner la tête. C’est à y perdre son latin politique, à défaut de faire rêver de grand soir ! Car Chambord, c’est se retrouver tout d’un coup transplanter dans une autre époque, celle d’un régime ancien, où le monde des valeurs n’est plus en phase avec celui que l’on défend. Mais il faut s’y faire et il faut compter avec, il faut, là aussi, raison garder et savoir faire, là aussi, "la chasse au gaspi" !


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Guillaume Garot à Chambord, « capitaine d’industrie touristique » et gardien des « chasses bien gardées de la République » ?

Publié le: 14 avril 2015
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