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A l’heure où le fossé se creuse entre la classe politique et les citoyens, les réseaux sociaux permettent pourtant d’interpeller très facilement les élus. Cette série sur leglob-journal sera donc consacrée à comprendre comment les élus fonctionnent avec ces nouveaux outils pour communiquer, dialoguer avec les citoyens. Pour ce premier épisode, Guillaume Garot, député PS de la première circonscription de la Mayenne, nous explique que tout est une question d’usage, de moments, et de vision du monde.  

- Par Julie Vandard

Il a un téléphone et une tablette. Et Ségolène Royal comme « marraine numérique  ». C’est elle qui l’a convaincu de s’inscrire sur twitter en 2011. « Je n’en avais pas l’usage et Twitter n’était pas ce qu’il est devenu aujourd’hui. Comme responsable politique, c’était une nouvelle façon de communiquer, d’informer, de dialoguer avec les citoyens.  » Et c’est Delphine Batho qui l’a aidé à s’inscrire, « on était en voiture, on se rendait à Des paroles et des actes consacrée à la primaire socialiste ». 

Le numérique a modifié sa façon de travailler : « On gagne énormément de temps. Je travaille partout, c’est d’ailleurs une difficulté, car on travaille aussi tout le temps. » Mais, précise-t-il aussitôt, être élu «  c’est aussi un choix de vie, un engagement. Je travaille à tout moment… Sauf à la piscine, heureusement le portable n’est pas waterproof », plaisante-t-il. Le numérique lui a permis de gagner en « autonomie, en rapidité et en réactivité. J’ai un accès immédiat aux documents, aux prises de position, et cela accélère mon travail car je réponds en direct. » 

Déjà présent sur twitter et facebook, il a ouvert un compte instagram le mois dernier. Il a ouvert un blog Tumblr pendant sa mission parlementaire sur le gaspillage alimentaire (encore mis à jour si nécessaire). Il a aussi un blog pour son activité parlementaire. Avec les réseaux sociaux, il s’informe de l’actualité, des prises de position, mais c’est son emploi du temps qui détermine le temps qu’il y passe, «  je regarde quand j’ai le temps  ». La priorité reste à l’activité parlementaire insiste-t-il.

Il lit tous les messages reçus, mais a choisi de ne pas répondre à tout. « C’est chronophage, et ce serait du temps que je ne passerais pas ailleurs. » Il a aussi quelques règles : « Je ne réponds pas aux comptes anonymes, on doit parler à découvert, assumer le dialogue qu’on engage. Je ne réponds jamais - et il insiste sur ce mot - aux interpellations violentes, agressives et parfois injurieuses  ». Une violence « sidérante », qui pose question sur l’état de la société «  et sur l’attitude que doivent adopter les responsables politiques. On doit tout faire pour apaiser, on ne doit pas alimenter les tensions, en tout cas je m’y refuse. Il faut être à la hauteur du mandat qu’on nous a confié, cela interdit d’être au niveau où certains voudraient nous rabaisser ». 

Il cite en exemple l’état d’urgence et le vote sur un amendement de l’opposition qui demandait la fermeture des lieux de cultes en cas de menace à l’ordre public. « J’ai été attaqué par une partie de la droite et par l’extrême droite. Je me refuse à rentrer dans ce jeu-là mais s’il faut faire des mises au point, je le ferai. Il faut parfois remettre les pendules à l’heure et ne pas salir le débat public.  » 

Un live chat à l’automne sur Facebook

Il fait donc le tri des sollicitations. Mais les réponses courtes qu’imposent les réseaux sociaux (Twitter surtout limité à 140 caractères) ne permettent pas toujours d’expliquer plus longuement une décision ou une prise de position. Il organisera donc à l’automne des live chat via Facebook, « pour un moment de dialogue direct mais dédié à ce dialogue démocratique, avec des questions précises, argumentées, et qui appellent des réponses précises et argumentées  ». Il vante alors « l’outil formidable » que peut être un réseau social, et voit cette expérimentation vidéo comme une «  utilisation positive ». Car « tout est question d’usage ».

Les politiques sont-ils formés à ces usages justement, par leurs partis respectifs ? « Pas du tout  » répond-il d’un air un peu désabusé. Mais il pense que la formation arrivera un jour ou l’autre. Et de glisser : « Et s’il y avait un code de bonne conduite aussi, une forme de déontologie, ce serait bienvenu.  » Il y a aussi les pro de la petite phrase qui « trouvent un espace pour s’épancher sur les réseaux sociaux ». Mais «  il faut relativiser : même s’il y a de plus en plus de citoyens inscrits sur un réseau social, tous n’y sont pas, bien loin. Certains en ont une utilisation très distancée. Il faut se méfier de l’effet loupe, on voit parfois des polémiques sur les réseaux sociaux qui ne rendent absolument pas compte de la réalité du pays, c’est un miroir grossissant et déformant  ».

Il arrive que des citoyens lui parlent de ce qu’ils ont lu sur le net. « Ils ont reçu des mails, et comme ils ont un doute, ils viennent m’en parler. » D’où la nécessité d’enseigner la distance et le raisonnement. « On a vu les dégâts du complotisme. ça prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux. Réflexion et raisonnement sont d’autant plus indispensables dans un monde ultraconnecté. Le rôle de l’école est fondamental. A l’avenir, il faudra des cours, pour aussi donner à chacun sa liberté de comprendre, de ne pas être victime ou esclave des rumeurs.  »

« Je ne veux pas être dans la culture du selfie systématique »

Autre usage, celui de la communication. Avec les réseaux sociaux, les politiques peuvent maîtriser beaucoup plus leur com’. Guillaume Garot écrit ses messages lui-même, il a d’ailleurs repris en main sa page facebook. Les élus peuvent-ils donc se passer des journalistes ? « On a d’autant plus besoin des journalistes. Le rôle du journalisme c’est de mettre en perspective, de donner du sens.  »

Annoncerait-il une décision importante sans passer par la presse ? Il réagirait en deux temps : «  l’information brute  » d’abord sur twitter, ensuite le communiqué de presse. Deux étapes pour « rythmer une journée. L’annonce, c’est comme la météo d’une journée : on envoie un signal, en particulier aux médias. Ensuite, ils l’intègrent et on construit la séquence d’information. L’info est dans l’espace public, les médias la prennent en compte ou pas. Si on veut aller plus loin, derrière il y a le communiqué. » 

Alors qu’ont changé les réseaux sociaux ? « Ils permettent de commenter davantage, élargissent la palette de réactions. On donne davantage de soi, c’est moins figé. » Il revient sur la « vision du monde  », notamment concernant Instagram. « On touche l’univers de la personne, le champ de vision, la sensibilité. » Une vision du monde qu’il exprime sur différentes plateformes, dont il a bien compris les différences. «  Le moment qu’on veut partager, c’est Twitter. L’analyse plus approfondie c’est Facebook ou le blog. Sur Instagram on est dans l’instant, mais au sens de l’instantané photographique ». Il avoue d’ailleurs prendre plaisir à faire des photos. « Instagram pour moi c’est l’image, la belle photo.  » C’est la qualité des photos, rendue possible grâce aux smartphones, qui donne « envie de partager les instants  ». 

Car l’autre usage indissociable des réseaux sociaux, c’est l’image. Comment choisir ce qu’on montre ? «  Parfois c’est aléatoire. Il y a les évènements qu’on a envie de partager parce qu’ils sont conviviaux, qu’il y a de l’énergie, des bénévoles ou une entreprise qui fait des choses incroyables ». Il fonctionne au ressenti.

Et à la question « pourquoi ce besoin des élus de se montrer systématiquement en photo », il répond du tac-o-tac : « ah non, pas systématiquement.  » Il saisit son téléphone et déroule les photos de son compte twitter : sur les quinze dernières postées, il n’apparaît que deux fois. Alors, pas fan du selfie Guillaume Garot ? «  Quand je suis en photo avec Emmanuel Macron ou François Hollande, je sais que ce sont des photos marquantes, qui vont avoir de l’impact. Mais je ne veux pas être dans la culture du selfie systématique, j’y fais attention.  » 

Montrer « l’envers du décor  »

Cependant, montrer « les élus en situation pour rendre compte d’un travail, c’est important aussi  ». Car les réseaux sociaux permettent cela : montrer le travail de l’élu, « l’envers du décor  ». Et au delà, de «  partager des convictions : c’est important que ceux qui nous suivent nous connaissent mieux à travers ce que nous exprimons de nos convictions. C’est une manière de montrer que la politique c’est pas le barnum qu’on nous présente parfois, c’est d’abord des idées, d’abord des convictions, un projet de société, une vision du monde. Cela permet peut-être de mieux comprendre les positions qu’on défend.  » 

Il en fera d’ailleurs la démonstration par l’exercice final de cette interview. A l’évocation d’un selfie, il fait une légère grimace. Et préfère photographier sa vision du monde, avec les objets posés juste devant lui, sur son bureau. 

Le monde en mutation - (Photo Guillaume Garot)

Le vieux téléphone symbolise «  le monde qu’on a connu ». La photo prise au smartphone, « le monde dans lequel on est. Un téléphone qui fait des photos, il y a quinze ans on aurait souri.  » Et des points de repères dans ce monde en mutation. « le drapeau, c’est la République, valeur fondamentale pour vivre ensemble. La vache, c’est le clin d’œil à la Mayenne, et à ma passion pour les questions agricoles et alimentaires. Elle est pleine de couleurs, de vie, elle nous fait garder espoir sur l’avenir des territoires  ». Et l’éolienne, « parce que c’est aussi le monde de demain ».


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Guillaume Garot : avec les réseaux sociaux, « tout est question d’usage »

Publié le: 3 août 2016
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