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ENQUÊTE - « Conditions de travail, dialogue social, avenir du centre hospitalier de Laval  », FO et la CGT, mais pas la CFDT, appellent à un mouvement le vendredi 20 octobre sur ces thèmes, alors que se tient le matin même un Conseil de surveillance de l’établissement. Ce n’est pas la première fois que l’hôpital est appelé à débrayer et montrer son désarroi. Ce mouvement prend forme alors que l’état des finances, après deux années d’embellie, se détériore un peu. L’hôpital de Laval, c’est aussi des départs à partir de janvier prochain de médecins, trois, rien qu’à la maternité ; des gynécos qui font le choix d’aller travailler à Rennes, une ville plus attractive. Au delà des soignants qui sont en contact direct avec les patients, et qui souffrent dans l’exercice de leur métier, ceux qu’on ne voit pas forcément ont aussi des choses à dire.

Par Thomas H.

Le centre hospitalier de Laval : l’ancien au fond, le nouveau, devant

Au pied de l’établissement, quand on descend des étages et qu’on laisse les lits des patients, coté Sud se trouve par exemple la blanchisserie dont on dit depuis des années qu’ « on va s’en occuper » racontent ceux qui y travaillent. Dominique explique qu’elle « va déménager. Ça y est ! C’est prévu pour septembre 2018. On devrait aller s’installer à Saint-Berthevin au début de la route d’Ahuillé, près des Transports Buffet ! ». Des outils tous neufs, moins de manutentions en perspective, des conditions de travail améliorées, et d’autres clients à trouver pour rentabiliser l’infrastructure. « C’est sûr, il faudra trouver d’autres linges à blanchir, d’autres contrats, mais ce sera fini de cette pénibilité incroyable ». Selon des témoignages « certaines machines datent de l’ouverture de l’hôpital de Laval, c’est-à-dire de 1974 et elles ne sont adaptées. »

Le directeur de l’hôpital André-Gwenaël Pors confirme, « le projet de blanchisserie hors les murs avec les Frères Buffet, cela se fait en concertation avec le personnel à moyens identiques et contrats identiques.  » Ce n’est plus une rumeur.

Le dialogue social, c’est comment ? Je cherche à savoir parce que c’est un des mots d’ordre du mouvement. Comment ça se passe à l’hôpital ? « À la Blanchisserie de l’hôpital, c’est tendu, c’est comme dans tous les services. J’y bosse depuis presque 15 ans  ». Il y a toujours eu des histoires racontées sur cet équipement indispensable au bon fonctionnement de l’établissement. Qu’il allait être « privatisé, externalisé, qu’on allait déménager. Beaucoup de choses se sont dites et on est toujours là ». Une vingtaine de personnes travaillent actuellement au rez-de-chaussée de l’hôpital Sud où se trouve la blanchisserie. « Une chose est sûre c’est qu’on va moins souffrir à travailler dans la nouvelle blanchisserie ! Quant à l’hygiène ça reste correct, c’est pas mal. » souligne cette femme. André-Gwenaël Pors reconnait que « cette mise hors les murs de la blanchisserie de l’hôpital de Laval est nécessaire, mais ce n’est qu’un projet rien n’est encore tout à fait finalisé, on communiquera en tant voulu... »

Retour sur le terrain de l’hôpital. C’est la pause, cigarette pour certains ou bien on s’assoie simplement sur le banc devant l’entrée de la blanchisserie. Martine qui a 18 ans de présence dans ce service a « le dos cassé à vider les machines  ». Comme elle n’a pas toujours fait du plein-temps, elle faudra qu’elle aille jusqu’à 67 ans pour avoir une retraite à taux plein. Alors elle est inquiète et s’en prend au Président de la République : « Faudrait qu’il vienne bosser quatre mois ici, il verrait, à la production et la distribution, ça lui ferait du bien, parce que...il se rendrait compte. Les fonctionnaires, ils vont en éliminer je ne sais plus combien déjà ! Et les départs à la retraite ne sont pas remplacés ; avant c’était un sur deux, mais c’est fini ! Mais dites ! À l’avenir qui soignera les malades ? interroge Martine, y’a pas de robots encore ! » Elle s’enflamme. On sent une colère sourde. Son collègue Raphaël lui répond que « ça va venir... »

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Est-ce que ça dialogue entre les services ? « Pas vraiment ! » lancent-ils comme un cri du cœur, c’est une sorte de cloisonnement de fait. Peu de paroles et d’échanges avec les aides-soignantes ou les infirmières ; et avec des médecins encore moins. « Non, on ne se parle pas vraiment, d’ailleurs, on a pas le temps... » Raphaël explique comment fonctionne selon lui le dialogue social à l’hôpital : « La direction là-haut dit oui aux syndicats et aux services, et en fait, rien n’est fait. On peut comprendre bien-sûr que sa priorité, c’est d’investir dans des machines pour les malades, investir là où il y a une rentrée d’argent directe derrière. Bon, mais pour nous, l’investissement ce sera une meilleur qualité de travail, mais ont-ils en fait envie de nous assurer de meilleures conditions de travail ?  »

En laissant le parking, on arrive à la blanchisserie par les escaliers couverts

Raphaël analyse. « J’ai la nette impression que la direction met les agents dans des catégories. Le service Blanchisserie, le service Ménage, ou celui de la Cuisine, ce sont des agents auxquels on peut dire oui, et de toute façon, ils n’ont pas de pouvoir derrière, et sans être péjoratif, ça vole pas haut, alors !... c’est comme le nouveau gouvernement : vous avez de l’argent vous êtes tranquilles, vous n’en n’avez pas vous êtes sûrs de ramer...  » Il ajoute : « c’est paradoxal, car sans nous à l’hôpital, sans les services techniques, sans la blanchisserie et le reste, et bien le médecin, l’infirmière, et finalement le malade ne pourrait pas être soigné ! C’est simple ! Si on s’arrêtait, et bien les services de soins, dans l’heure qui suit, c’est facile : il le ressentirait ! Ne serait-ce que le linge qui ne serait plus distribué ou bien les repas qui ne seraient plus servis... Il y aurait moyens de faire bouger les choses comme ça... Mais c’est dangereux... Il y aurait les représailles, c’est certain ! ».

Retour sur la nouvelle blanchisserie qui inquiète décidément. « Une blanchisserie performante, un déménagement ça va être du personnel en moins. Il est prévu trois ou quatre départs à la retraite et des contrats qui ne seront pas renouvelés peut-être... Bon, avec des machines performantes, le mercredi, en milieu de semaine, on sera à jour, et alors qu’est-ce qu’on fera ? » questionne Martine « Et c’est pareil, si l’hôpital arrive à trouver d’autres marchés, faut pas oublier qu’il y a la Blanchisserie du Maine. Si le kilo de linge, nous, par exemple, il nous revient à 1 euro 32, la Blanchisserie du Maine peut proposer 1 euro 22 ou 1 euro 20. Ils seront gagnants !  »

« On a deux sons de cloche de la direction ; on a un ingénieur qui nous dit voilà le bail est signé et le premier loyer est versé ; et puis on a la nouvelle DRH, qu’on a rencontré la semaine dernière et qui nous dit : "faut qu’on rencontre l’établissement Buffet où on doit aller, par l’intermédiaire d’un juge aussi ; on a des petits soucis, le bail n’est pas signé et le loyer n’est pas versé". » Info ou intox, les agents ne savent plus à quel saint se vouer.

L’avenir de l’hôpital en questions. L’argent d’abord au directeur, je lui pose la question du déficit. Les agents en ont parlé. « En 2015 et 2016, on a connu deux périodes excédentaires financièrement et sur 2016 c’était très confortable, commente André-Gwenaël Pors, mais en 2017 l’activité est en grande difficulté. Nous avons un taux d’hospitalisation de 62%, avec une baisse de l’activité et conjointement une réduction des tarifs par pathologies, ça pose problème ; nous sommes dans une vigilance extrême sur l’activité, c’est-à-dire le chiffre d’affaire. » Si on saisi bien ce que veut dire cette déclaration, l’état des finances du centre hospitalier est préoccupant.

Raphaël s’interroge à propos du bâtiment tout neuf qui accueillait jusque-là l’IRM situé à l’entrée Sud de l’hôpital, presque comme une vitrine de la modernité et qui est à présent fermé avec une simple affiche scotchée sur les vitres. « Il dort à présent ! commente-t-il. Au départ, ils avaient hésité à le construire près des Urgences, et puis ils l’ont fait là et l’an dernier, ils ont dit qu’ils aurait finalement dû le faire près des Urgences pour que tout soit regroupé au même endroit... » Les agents sont un peu amers. « C’est de l’argent jeter par les fenêtres. C’est comme le grand bâtiment Sud, y a des services qui sont fermées ; y’a des salles qui fonctionnent pas. Le rez-de-chaussée par exemple, quand on arrive, sur la droite, là il est entassé du matériel, c’est tout neuf et c’est une grande cave... On devait y faire l’accueil de l’hôpital et ça fait plus de sept ans qu’il sert de stockage... » Il est un fait que l’accueil de l’hôpital, au Sud, « cela aurait de la gueule  » en terme de modernité et d’image. « Mais là-aussi ça fait des années qu’on en parle ! »

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Le directeur ? « Monsieur Pors ? Je l’ai vu deux fois, on ne le connaît pas. Si on doit le rencontrer, c’est parce qu’on aura fait quelque chose de très grave, ou bien pour recevoir la médaille du travail ; après si vous devez avoir à faire avec la direction, on vous enverra à la DRH.  » Ce chauffeur qui est descendu de son camion et qui décharge du linge à traiter pour la blanchisserie explique qu’ « au jour d’aujourd’hui, c’est surtout l’ARS [Agence régional de Santé, NDLR] qui contrôle l’hôpital de Laval...  » André-Gwenaël Pors estime lui que « le dialogue social existe à l’hôpital qu’il y a énormément de concertation ; il y a une crainte c’est toujours pareil, celle du changement, et les syndicats aimeraient bien maitriser ce changement, pour aller le moins vite possible. Quant à ces fantasmes de mise sous tutelle, il y a confusion avec l’hôpital de Mayenne qui est dans une situation très difficile et sous tutelle justement. »

L’affichette sur l’ancien bâtiment IRM désaffecté

Retour dans la conversation avec les agents sur « le bisbille » pour reprendre leur expression entre Laval et Château-Gontier à propos du GHT, Groupement hospitalier territorial. Ils constatent que l’hôpital de Laval, pourtant référent pour les deux autres structures en Mayenne, a du mal en raison de sa réputation. « Il faut dire que Jean Arthuis travaille beaucoup pour l’hôpital de Chateau-Gontier en le soutenant au détriment de celui de Laval...d’autant que le centre hospitalier du Haut-Anjou est en liaison avec le CHU d’Angers, ça aide ! » commente cet agent. Tous sont d’accord pour dire unanimement, et par un jugement à l’emporte pièce que « le président du conseil d’administration du centre hospitalier de Laval ne fait pas grand chose...  » comparativement à l’eurodéputé Arthuis.

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Arrive dans la conversation la fuite de la clientèle mayennaise vers d’autres « établissements de meilleure renommée. On est tellement proche de Rennes, d’Angers, de Le Mans...c’est logique ! Les gens vont là, plutôt que dans un établissement qui n’a pas bonne réputation ». Raphaël qui aime son travail et l’établissement de Laval se dit « désespéré ! » Le directeur de l’hôpital, conscient de cette difficulté chiffre à « 30% le taux de fuite des patients mayennais, qui ne bouge pas et qui est stable. Il faut absolument que le lien entre le médecin hospitalier et le médecin de ville s’améliore ! C’est comme ça que ça marchera mieux » Bref, que les libéraux aient le réflexe d’envoyer plus leurs clients à l’hôpital que dans le privé, par exemple.

Pourquoi une mobilité aussi importante des médecins, même si elle parait « normale » à la direction ? « L’an dernier treize praticiens ont été recruté et neuf dans le même temps sont partis. Cette année, c’est vrai qu’on a une baisse des titulaires gynécos sur la maternité qui fonctionne pourtant bien ; sur les trois qui vont partir au 1er janvier 2018, deux sont des temps partiels, et un seul est titulaire. Mais en règle générale, on recrute plus de médecins qu’il y en a qui partent » veut positiver André-Gwenaël Pors. Mais tout de même, comment redorer l’image de l’hôpital de Laval ?

C’est un problème d’attractivité plus global, celle de la ville de Laval et du département de la Mayenne qui semble se répercuter sur le centre hospitalier. L’hôpital a du mal a faire entrer des médecins en Mayenne. C’est comme les enseignants, ils choisissent pas d’emblée la Mayenne. C’est semble-t-il comme ça depuis longtemps. C’est pourquoi il avait été réfléchit de donner un nom, une identité propre à l’hôpital pour une meilleure visibilité ; il avait été avancé celui d’Ambroise Paré. Mais finalement, l’idée aurait été abandonnée depuis deux ans.

« Centre Hospitalier de Laval », c’est ce qui a été retenu, tout simplement et « sagement » avec un croix bleue à coté. C’est ce qu’on peut voir sur le nouveau logo qui « avec la charte graphique a couté au total 15 000 euros » annonce André-Gwenaël Pors qui ajoute que « l’ensemble de la signalétique, - de l’extérieur vers l’intérieur jusqu’à la chambre - est à l’étude sur les deux ans qui viennent » et que dans cette optique justement, « une croix bleue pourrait être posée non pas sur le toit, mais en haut de l’hôpital ».


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Centre hospitalier de Laval : les raisons d’une colère sourde

Publié le: 19 octobre 2017
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