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Exit le ministre de l’Écologie, Nicolas Hulot a finalement renoncé à rester au gouvernement, créant un peu plus d’embarras encore pour le chef de l’État. C’est mardi que l’on saura qui sera nommé pour le remplacer. Le ministre laisse à celui qui prendra sa place un certain nombre de dossiers en cours ; le plus urgent concerne les arbitrages sur le nucléaire. Mais Nicolas Hulot, ministre d’État, n’a pas su - pas plus que les douze ministres qui l’ont précédé en vingt ans - infléchir la politique de la France face aux défis climatiques. Issu de la société civile, l’ancien présentateur d’Ushuaïa a néanmoins réussi sa sortie. « Cette démission largement commentée a provoqué des réactions en "chaîne" qui méritent d’être analysées. » commente notre contributeur.

Par Michel Lemosquet*

Ministre le plus populaire du gouvernement, Nicolas Hulot, avait une certaine influence mais pas beaucoup de pouvoir. Les derniers arbitrages, la PPE [Programmation pluriannuelle de l’énergie, NDLR] et le Nucléaire (rapport qui préconise la construction de six EPR à partir de 2025) ont eu raison de sa patience. Plus globalement la politique de « petits pas » qu’il tentait de mettre en œuvre, n’était plus, selon lui, à l’échelle des défis climatiques qu’il y a à relever.

Que les lobbies existent, ce n’est pas une nouveauté… qu’ils paralysent à ce point l’action politique est une autre histoire ! Et que dire de la réponse de Nicolas Sarkozy, ancien Président, qui considère que les questions centrales sont l’immigration et les impôts !

On voit bien qu’en ne mettant pas le climat en priorité, on fait fausse route ; une partie de l’immigration est déjà la conséquence du réchauffement climatique et demain elle va augmenter considérablement.

En fait, le gouvernement, Emmanuel Macron et bon nombre de personnalités politiques utilisent toujours la même grille de lecture, grille qui n’intègre pas les nouveaux paramètres du dérèglement climatique. Trop souvent le court terme et le raisonnement partiel prévalent au détriment d’une vision future équilibrée.

La recherche systématique de la croissance, sans mesurer ses impacts, n’est plus la solution. Nous sommes confrontés à une raréfaction des ressources qui n’est plus compatible avec la croissance économique classique. La lutte contre les gaspillages est beaucoup plus efficace (gaspillage alimentaire, gaspillage énergétique, gaspillage vestimentaire, etc… ne sont plus tenables).

Au 1er août, nous avions déjà consommé toutes les ressources que la Planète peut régénérer en une année. Ce jour de dépassement était le 9 novembre en 1978 et le 3 octobre en 1998 ; c’est dire à quelle vitesse nous épuisons la Planète !

Si toute l’humanité vivait comme la France, il nous faudrait 2,9 Planètes ! Nous vivons donc à crédit d’un point de vue environnemental et cette dette contrairement à la dette économique n’est ni négociable ni remboursable. Nous avons changé d’ère, mais nous continuons de gérer avec les outils du passé. Et pourtant les solutions existent, nous pouvons faire autrement, nous avons les moyens, les technologies, les intelligences. Au niveau politique la responsabilité est considérable. Nous avons eu le Grenelle de l’environnement, la Loi de Transition Energétique et l’Accord de Paris.

A toutes ces occasions, des objectifs largement partagés ont été fixés. Mais nous ne les respectons pas ! La Loi de Transition Énergétique votée en été 2015 par les parlementaires est menacée en permanence ! Quand on a dans un gouvernement un ministre qui fait tout pour les Renouvelables et en même temps un autre qui commande une étude pour envisager la construction de six EPR à partir de 2025 , c’est forcément dommageable !

Certes l’élection de Donald Trump a remis tous les climatosceptiques en selle et les résultats sont catastrophiques au niveau mondial car de nombreux pays n’acceptent plus de faire des efforts si les États-Unis, pourtant principaux responsables du réchauffement, n’en font plus. Mais en France ce mouvement existe aussi et fait le maximum pour empêcher toute transition. C’est tout le paradoxe entre une France qui considère à 85 % qu’il n’est pas assez fait pour l’environnement et la situation de blocage que nous connaissons.

Au delà du remplacement du Ministre de l’Ecologie il nous faudra rassembler largement : entreprises, citoyens, collectivités, associations, responsables de divers horizons... Nous avons une occasion fabuleuse de mobiliser la société toute entière sur un objectif simple au niveau européen ; l’objectif climat.

C’est une des dernières occasions de sauver l’Europe car la transition écologique conditionne tout le reste (Économie, social, immigration, correction des inégalités mais aussi durabilité de la paix). Le nationalisme progresse à grande vitesse ; il n’est pas une réponse au dérèglement climatique...La réponse est forcément collective et nous pouvons et devons gagner cette bataille pour les générations futures.

Le mayennais Michel Lemosquet est président du CODERA Mén, le Collectif d’Opposition à l’Enfouissement des Déchets Radio-Actifs et de Maîtrise de l’énergie.


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Hulot s’en va, le dérèglement climatique se poursuit - Par Michel Lemosquet

Publié le: 1er septembre 2018
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