Iconoclaste!

Est-ce le retour du moralement correct? Cachez-le ce sein que nous ne saurions voir ! Et ne faisons la promotion pour le grand public que les réalisations d’artistes qui ne provoquent pas de vague ? A Paris, une expo de photos de Larry Clark artiste américain, autour de la liberté sexuelle et la drogue, s’est ouverte au Musée d’Art Moderne (MAM) de Paris et est interdite aux moins de 18 ans. A Laval, pas de restriction mais tout de même…

Par Thomas H.


A Laval, il n’y a pas de restriction d’âge pour l’expo du peintre Clovis Trouille mais elle ne bénéficiera pas du même traitement que les autres expositions jugées elles par le passé moins subversives.

Alors sommes-nous en face d’un retour possible du moralement correct à Laval? Car déjà par le passé le film Amen de Costa Gavras qui traitait du rôle ambigu de l’Église après la dernière guerre mondiale n’était resté qu’une semaine à l’affiche du cinéma de la ville. Et voila donc que « Laval, la belle endormie » comme on l’a surnommait serait devenue à présent à force de vouloir le consensus « une belle effarouchée » ?

A vous de juger, mais l’une des plus importantes expositions lavalloises de l’année, démarrée à la mi-octobre ne fera pas l’objet d’une communication appuyée sur le bâtiment administratif de la municipalité.

En principe chaque exposition se voit dotée d’une immense affiche déroulée sur l’une des façades en plein centre ville. Histoire d’attirer l’attention et de drainer du public. Ce fut le cas par exemple pour une expo au début du mandat de l’actuel maire Guillaume Garot où l’on voyait, certains disaient à l’époque comme une provocation, le visage peint d’une femme maghrébine, « la femme fellah » de Charles Lambelle. De toute beauté! Et cette fois donc, pas de publicité s’il vous plait !

L’exposition est celle de Clovis Trouille, un peintre qui a simplement usé de sa liberté d’expression artistique, et qu’on pourrait dire iconoclaste. Il fut antimilitariste, anticolonialiste et anticlérical, bref « anti-tout »et donc n’aura pas le droit à la communication grand public. Puni encore une fois et au 21ème siècle. On est prié par des forces qu’on pourrait qualifiées d’obscurantistes d’exposer en catimini ! Et surtout on plie.

“Voyous, voyants, voyeurs”, c’est le titre de l’expo. Elle sera bien présentée au Musée du Vieux Château à Laval, mais on ne communiquera pas trop dessus, des fois que ! Une attitude de retrait, certains disent même de non ouverture de la part de la municipalité qui fait grogner jusqu’à l’élu en charge de la culture à la Ville de Laval Emmanuel Doreau. Celui-là même qui est à l’origine de la venue de cette exposition, déjà présentée au Musée d’Arts et d’Histoire de l’Isle-Adam, et dans les Ardennes au Musée Arthur Rimbaud à Charleville Mézières.

Il faut dire que Trouille qui sera épinglé comme « anarchiste » en raison de sa vision artistique pour le moins décalée donne le sentiment à travers ses tableaux de ne rien respecter. Pas plus les élites, que les valeurs bourgeoises, ou bien la religion. Tout y passe. Perçu comme subversif, il prône en fait quand on cherche à faire une lecture approfondie de ses tableaux l’égalité forcément imposée devant la sexualité, et ce quelque soit son statut dans la société, ou sa position sociale.

Iconoclaste – Clovis Trouille s’en prends par exemple aux représentations des personnes divinisées qui sont devenues des icônes. Un cardinal apparait donc en porte jarretelles. Grand Dieu! Deux religieuses se « roulent un patin » et une troisième les regarde en se cachant. C’est sur, c’est pas banal! Osé dans une ville comme Laval!

remenbrance-clovis-trouille.jpgL’utilisation des personnages et le message n’est pas toujours compris. Ces représentations qu’on nous a conduit à respecter avec l’éducation religieuse qui ne se posait pas trop de questions. De s représentations avec lesquelles on ne peut pas, par principe jouer, ici dans cette exposition sont tournées en dérision grâce à l’érotisme et au macabre. Ce qui ne va pas sans déplaire à ceux qui croient bien penser, on s’en doute. Et à Laval, « petite ville de province à taille humaine » plus qu’ailleurs cela semble le cas!.

Clovis Trouille aurait dit, ce sont des articles de journaux qui le rapportent : « Je n’ai jamais travaillé en vue d’obtenir un grand prix à une quelconque Biennale de Venise, mais bien plutôt pour mériter dix ans de prison ». Un peintre anticonformiste et de surcroit avec un « mauvais esprit » à Laval. Quel horreur !

« Voyous, voyants, voyeurs »  C’est à voir au Musée du Vieux-Château – Laval Du 16 octobre 2010 au 16 janvier 2011.

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