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Perte de sens, éloignement des valeurs humanistes originelles de l’entreprise, sentiment de manipulation managériale, situation d’isolement, harcèlement, dépression, tâches trop répétitives et dénuées de responsabilisation, présence de connivences mal vécues dans des espaces comme les « open space », ou convivialité forcée, etc. C’est ce constat bien peu reluisant que dressent beaucoup de salariés et dans des secteurs d’activités diverses. Un liste trop longue. Avec une envie d’en finir avec le travail, et de s’en éloigner une bonne fois pour toute.

- Par Édouard L.

De plus en plus de salariés avouent « ne plus vouloir continuer dans de telles conditions  ». Dans des conditions de travail qui ne leur permettent « plus vraiment de s’épanouir  ». Est-ce un ressenti légitime ? Ou bien une sensation liée à un environnement spécifique ? Où encore est-ce accentué en raison de la précarisation de plus en plus forte du travail avec son épée de Damoclès appelée perte d’emploi et chômage . Le « travail à la petite semaine » est de plus en plus fréquent, ainsi que le temps partiel non choisi, se plaignent-ils, car il permet aux employeurs de ne pas « recruter » en ces temps d’incertitudes économiques et de crise longue durée.

Une souffrance sociale, une douleur au métier

Même chez ceux qui ont un Contrat à Durée Indéterminée, ce sentiment de lassitude est très présent. À « l’incertitude du lendemain » s’ajoute « l’angoisse de ne plus pouvoir y arriver » et pour certains « d’être relégué à des taches subalternes ». Du coup, il y a un ce sentiment qui perdure et qui s’est même accentué. Un «  très fort attachement à la retraite comme compensation à une expérience du travail en général massivement perçue comme usante et frustrante  » analysait Olivier Schwartz dans un dossier spécial du Monde paru en juin 2003. Il y était question des grands grèves organisées contre la réforme des retraites en France.

Ici il ne s’agit pas d’une d’analyse scientifique. Pas d’échantillonnage, ni de personnes sondées officiellement en Mayenne. Simplement une accumulation de paroles recueillies, de façon aléatoire certes, mais qui vont toutes dans le même sens. Une souffrance sociale, une douleur au métier, quel qu’il soit, une envie d’en découdre avec une adversité mal cernée et une attente de la Retraite avec un grand R, échéance sublimée. Souvent, c’est même l’envie de prendre sa retraite sans plus attendre et de profiter de l’instant présent qui s’annonce dans les paroles d’un grand nombre de personnes « parce qu’on ne sait pas comment les lendemains seront fait  » et qu’il vaut « mieux prévenir que guérir ».

Le travail, une simple marchandise

C’est sans doute parce que «  le travail est maltraité. Il faut réparer les torts qui ont été fait au travail, c’est un chantier vital pour la démocratie  » écrivait de son coté Yves Clot dans ce même supplément du Monde. Il poursuivait : « si la réforme du travail (NDLR : qu’il appelait de ses vœux) c’est-à-dire très concrètement, de son organisation, de sa qualité humaine, n’est pas engagée, si elle ne fait pas l’objet d’une pensée collective, d’abord chez les salariés, si elle n’est donc pas « généralisée » on court un vrai risque. »

« Face au renforcement des pratiques gestionnaires qui transforment le travail en simple marchandise, et qui font disparaître le travail comme valeur, comme espace de créativité et d’émancipation, on risque, de voir se développer des formes de radicalisation, sans racines et de « jacqueries » médiatiques  » analysait le psychologue du travail.

« Or , poursuit Yves Clot, c’est en remettant le métier sur l’ouvrage qu’on peut tenir et espérer autour d’un travail « civilisé » et non « ravalé ». C’est sans doute un chantier vital pour la démocratie.  »

« Le travail donc et surtout le «  travailler plus longtemps  » imposé pour « partir à la retraite » de plus en plus tard, et décidé contre le salarié depuis 1995 par les gouvernements successifs, ne sont pas acceptés en raison du non changement de l’organisation du travail. Quand l’organisation du travail analyse Yves Clot devrait « être un moyen au service du travail, c’est tout simplement le travail qui est mis au service de l’organisation, et quand ça marche, c’est bien souvent « malgré tout » car les professionnels « prennent sur eux » pour continuer à essayer de « faire du bon boulot ».

Un cercle bien vicieux

C’est le cas dans les entreprises ou les services, privés et le publics, où les départs à la retraite ou bien les départs volontaires ne sont pas remplacer. Se crée alors un malaise diffus, ancré sur la base du non-dit et créateur de situation où la demande de responsabilité est de plus en plus forte avec son corollaire évident, la souffrance au travail. Un cercle bien vicieux qu’il aurait été judicieux de traiter dès son apparition et sans attendre !

Ce constat désolant autour du travail a pourtant été dressé, il est connu et a été discuté. Et ces maux ne sont malheureusement pas démodées, et ils ont trouvé racine dans le vote ou l’abstention. On se demande donc pourquoi les pouvoirs publics n’ont pas souhaité prendre conscience de tout ce lent déclin de la valeur travail, lié justement à l’absence de travail et à la dégradation des conditions d’exécution de celui-ci.

Au lieu de cela, le cortège de licenciement et de perte d’emploi industriels n’a fait que s’installer dans l’économie française. Et la solution envisagée ce fut dans le même temps de retarder - toujours et encore - pour la cessation d’activité, le fameux départ à la retraite. Cette issue tant espérée et même pour beaucoup mythifiée et sublimée, créant par la même une souffrance supplémentaire à la souffrance classique et un désamour du travail encore plus grand. Le travail pourtant ce fantastique moyen d’émancipation individuel et collectif.


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« Il faut réparer les torts faits au travail »

Publié le: 6 novembre 2015
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