Impacts électromagnétiques : «Des témoignages isolés devenus une histoire collective»

lettrelnew-22.jpgLes rayonnements électromagnétiques ont-ils un impact sur la santé des animaux d’élevage et sur les humains ? L’Avenir Agricole, dans une enquête, de six pages, signée Nathalie Barbe, revient sur «cette histoire, entre revendications du passé et mobili-sations d’aujourd’hui». Des agriculteurs de la Mayenne, de la Sarthe, de l’Orne et de l’Eure-et-Loir sont « faces à un déni politique et sanitaire» écrit l’hebdo. Selon Albert Badier de France Environne-ment 53, «le problème est d’importance, précise-t-il au Glob-journal, à tel point que la MSA commence à s’y intéresser et qu’une unité de soins pour des personnes électro-sensibles a été ouverte au CHU de Nantes. Les enjeux sont considérables, ajoute le secrétaire général de FE-53, et identiques à celles liées à l’amiante et au plomb.»

Entretien avec Nathalie Barbe, Journaliste *

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Leglob-journal : Comment vous en êtes venue, en tant que journaliste, à vous intéresser à cette problématique ?

lettreguiillemetsfrancaisouverture-10.jpgNathalie Barbe : J’ai travaillé pendant neuf ans sur la question de l’impact des essais nucléaires français sur les vétérans. Un travail de longue haleine et j’ai d’ailleurs été l’auteur de deux documentaires pour la télé sur cette histoire. Et je retrouve dans cette question des rayonnements électromagnétiques générés par des antennes-relais de la 4G, des panneaux photovoltaïques et les lignes à Haute Tension et Très Haute Tension qui auraient un impact sur la santé des animaux, le même déni de la part des autorités, l’État, les élus locaux, etc.

Leglob-journal : Comment fait-on un travail sérieux comme vous l’avez fait dans un domaine aussi irrationnel que les ondes électromagnétiques ?

Cette enquête de L’Avenir Agricole, ça a été un mois de travail effectif pour écrire les six pages. Dix jours d’écriture personnelle avec autant d’enquêtes sur le terrain…Par exemple, Isabelle et Didier Brault, deux agriculteurs, pour qu’ils parlent il m’a fallu deux ans de temps, pour les convaincre et pour qu’ils acceptent de parler. Les élus locaux, par exemple, leur disaient en fait que cela devait rester confidentiel.

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Ce qui m’a plu dans ce travail d’enquête, je crois que c’est la construction en fait d’une histoire qui allait avec des témoignages mis bout à bout, devenir collective. Je sortais petit à petit et à force d’enquêter et de recoupements, des histoires, des témoignages isolés. Et puis ça a pris corps.

J’ai pris conscience au fur et à mesure de mon travail que j’allais faire basculer dans l’espace public des cas isolés. Par des témoignages qui jusqu’à présent n’existaient pas, car ils n’étaient pas relayés ; car ces gens-là, dans les campagnes et loin de la ville, ils ont été laissés pour compte.

Leglob-journal : Témoigner à visage découvert, c’est pas simple, surtout dans le milieu agricole ?

Oui, le maître mot, c’est la confiance. Henri Joly, le Président de l’APEM, l’Association de Protection de l’Environnement Malicornais et Albert Badier de France Environnement 53 en Mayenne peuvent en témoigner.

En Sarthe, un comité de défense des victimes de rayonnements électromagnétiques en cours de formation est convaincu de l’impact de ses rayonnements. Porté par l’Association de protection de l’environnement Malicornais (APEM), il soutient plusieurs agriculteurs dans quatre départements, la Mayenne, la Sarthe, l’Orne et l’Eure-et-Loir.

Hubert Goupil et sa compagne Sylvie Gasnier dans l’Orne avaient un atelier de poules pondeuses de plein air, qui a été liquidé en 2015 ainsi qu’un atelier veau liquidé aussi en 2017. Pour eux les rayonnements électromagnétiques de trois antennes voisines en sont la cause. « On est coupable de rien » disent-ils dans l’enquête que nous publions.

Mais au delà de ça, je me suis toujours interrogée. En me disant : qu’est-ce qui me dit que ce qu’ils me racontent, tous ces troubles, c’est vraiment liés aux antennes et aux impacts des rayonnements électromagnétiques…

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Leglob-journal : C’est ça le vrai journalisme, l’enquête de terrain ?

Oui, le devoir du journalisme, c’est interroger et montrer ce qui se passe. Arriver à ce que les gens se posent des questions et s’interrogent. J’ai souvent entendu le mot « responsable »… ou bien, cette phrase : « ce sont des mauvais agriculteurs »…L’État, les organisations agricoles, personne n’a pas voulu prendre la mesure de l’impact de ces champs électromagnétiques, car en fait les solutions seraient coûteuses.

Serge Provost par exemple avait monté une association en 1998. Il a consacré sa vie aux rayonnements électromagnétiques. Sa quête de vérité sur la responsabilité des lignes THT dans les perturbations des élevages lui a valu nombre de dénigrements et de pressions politiques. Il est a présent le seul membre de son association…Il a choisit l’intégrité.

Bataille de vérité ?

Dans cette histoire, il y a aussi eu un agriculteur retrouvé mort dans sa voiture dans la cour de sa ferme. L’affaire a été classée comme suicide. Bataille de vérité ? Je ne sais pas où sous les réponses mais au moins, avec cette enquête, nous avons posé les questions pour comprendre.

Leglob-journal : Journaliste enquêtant sur un sujet sensible, c’est beaucoup de doute et d’interrogations sur soi, non ?

Oui, je dois dire que je stressais régulièrement. Ma seule frustration, c’est que je m’apercevais que l’enquête ouvrait plein de portes et qu’ il y avait aussi plein de tiroirs que je n’ai pas pu visiter. Je pense aux dénis de certains élus et parlementaires locaux, en Sarthe et dans la Manche notamment. Il y a une espèce de secret sur ce sujet-là. Mes questionnements, je m’en suis rendu compte ont gêné et dérangé. On allait touché à la responsabilité de quelques-uns. Il y a un nuage au dessus du sujet. En tous cas, les élus étaient montrés du doigt par les agriculteurs. Au cours d’une réunion publique sur la question, une élue, Marie Christine Besnard, conseillère départementale (LR) dans l’Orne a déclaré :  » On ne pourra pas dire qu’on savait les choses et qu’on a rien fait. »

rayonnementsagribarbeitvcitation2.jpg Leglob-journal : Et vous allez continuer l’enquête ?

Bien-sûr ! Il y tout ce volant politique à explorer. Je vais reprendre ma casquette de scénariste et prolonger cette enquête par un documentaire télé. Oui, je crois…. Je vais continuer à creuser.

Leglob-journal : Le fait de travailler pour un journal agricole, cela aide ou pas ?

Et bien je crois que oui. Le fait de travailler pour un journal agricole, c’est bien plus simple pour enquêter en milieu agricole. Il me semble que si j’avais été un média généraliste, cela aurait été plus compliqué, je pense. Sur les essais nucléaires j’avais ressenti ça. J’ai toujours travaillé en confiance. Et j’ai constamment joué la transparence en annonçant la couleur et ce que je faisais et pourquoi je le faisais.
Avec le Groupement Permanent de Sécurité Électrique (GPSE), l’organisme souvent mis en cause par les agriculteurs et pour qui « l’électricité est rarement la cause des difficultés », ils ont été des interlocuteurs qui n’ont pas hésité à répondre ; ils ont été très disponibles.

Leglob-journal : Le travail de journaliste que vous avez effectué pour votre journal, n’est-ce pas en fait le vrai travail du journaliste?

Oui! C’est ça. Et ce qui m’intéresse, vous savez, c’est être au début d’une histoire qui se construit. Comme pour les essais nucléaires, j’ai couvert toute l’évolution de l’histoire. Là, c’est pareil et j’espère que cette enquête-là, elle va permettre à plein de politiques de prendre conscience que cette situation existe pour les agriculteurs. Et de savoir quels sont les liens de cause à effet. Le problème de tous ces agriculteurs qu’ils soient sarthois, de l’Orne, et de la Manche, c’est en fait qu’ils vivent une bataille de scientifiques contre le savoir paysan. Tout le monde n’a pas envie de dire qu’on est malade. En Mayenne, j’avais un contact avec un agriculteur et puis il s’est rétracté, il n’a pas souhaité témoigner finalement.

Il y a-t-il un aspect que vous n’avez pas pu aborder dans votre enquête de six pages publié par L’Avenir Agricole ?

lettreguiillemetsfrancaisfermeture-11.jpgOui, c’est la part de la géobiologique dans cette affaire…C’est peut-être la clé de l’histoire ! Cette technique n’est pas reconnu officiellement, alors qu’elle fait partie du fonctionnement des exploitations. Elles font régulièrement appel à un géobiologue lorsqu’il faut par exemple implanter un nouveau bâtiment sur l’exploitation. Les ruisseaux, c’est connu véhiculent les ondes. Si la géobiologie peut prouver que l’animal est touché par les champs électromagnétiques, ce sera une avancée et alors on pourra également le prouver pour l’humain.

Entretien par Thomas H.

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*Nathalie Barbe, est Journaliste pour le compte de L’Avenir agricole, un hebdomadaire indépendant disponible en kiosque en Mayenne et en Sarthe, dont voici la Une.

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La Une de l'hebdomadaire agricole à paraitre le vendredi 6 juillet 2018
La Une de l’hebdomadaire agricole à paraitre le vendredi 6 juillet 2018

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