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Indignez-vous ! avait lancé comme un cri il y a 5 ans, à la jeunesse de France, Stéphane Hessel. Juste, avant de s’éteindre. « La pire des attitudes est l’indifférence » avait-il écrit dans ce petit livre au succès international ; entendu et relayé, surtout à l’étranger, le mot d’ordre semble, au lendemain des attentats qui ont secoué la France en 2015 , s’être dilué et presque complètement éteint. Les jeunes paraissent dans l’aphasie. Individualisés, segmentés, hantés par la recherche de la réussite ou de l’insertion professionnelle, cherchant – et c’est normal - à résister à la crise, ceux des années 2015 ne semblent plus en phase avec leurs aînés qui s’étaient découvert des intérêts communs pour plus de liberté, plus d’autonomie et plus d’émancipation. Analyse.

- Par Thomas H.

Les jeunes portent par essence, en principe, la régénération de la société et son avenir. C’est ce qui fonde les jeunes, « les adultes de demain ». C’est pour cela notamment qu’il ne faut qu’ils aient le sentiment d’être méprisés.

Et pourtant les voilà, en France, depuis longtemps - rappelons-nous par exemple les émeutes de 2005 - relégués comme une entité particulièrement ignorée, non reconnue, soumise aux emplois précaires, aux salaires plus bas que la moyenne et aux stages non rémunérés. En Mayenne, le chômage des jeunes a fait un bond significatif de près de 7 points en 2015 !

Après avoir dit cela, faudrait-il encore distinguer des catégories. Celle, issue des périphéries et celle qui a grandi en centre-ville, dans des conditions matérielles d’accès à la culture et au développement, conformes à ce qui devrait être commun aux deux.

Or ce que nous constatons, avec les épisodes douloureux des attentats qui ont frappé la France, c’est bien-sûr la réactivité émotionnelle qui s’est rapidement manifestée. Mais ce qu’il faut bien remarquer aussi, c’est l’absence dans ces rassemblements, de jeunes « issus des banlieues ». Ceux qu’on appelle les « minorités » pour le coup qui sont devenues invisibles et qui avaient pourtant toute leur place dans les manifestations. Non reconnaissance, peur de la stigmatisation, de la mise au pilori ? C’est inquiétant.

Passés les grands rassemblements notamment Place de la République à Paris au lendemain du 13 Novembre, une partie de la jeunesse française - agrégée autour du concept identitaire de « Génération Bataclan » - s’est affirmé en lançant sur les réseaux sociaux sa volonté de ne pas céder à la terreur en affirmant qu’il fallait retourner à la terrasse des cafés pour ne pas céder à la peur. Un moyen d’engagement certes mais à court terme comme un réflexe égo-centré, et en tout cas faussement collectif.

La jeunesse est-elle encore une classe sociale remuée positivement par des idéaux ? Existe-il une culture jeune qui soit autre chose que celle du divertissement et de la recherche de la facilité ? Être jeune, certes c’est de plus en plus compliqué. A l’école, puis à l’université, c’est une période qui dans la plupart des cas peut provoquer en principe du plaisir. Hélas aussitôt suivie par une période plus complexe teintée de désespoir lorsqu’il s’agit de l’entrée et de l’installation dans la vie active. Et c’est encore pire pour ceux qui ne sont pas dans le plaisir à l’école, ceux des familles défavorisées qui sont ce qu’on appelle « les laisser pour compte », « les décrocheurs » du système éducatif.

Aussi faut-il réellement les aider à s’intégrer, sans distinction. Qu’ils aient le sentiment d’être des citoyens à part entière. Il faut le faire en s’appuyant sur une volonté de solidarité collective. C’est le choix qu’a fait le gouvernement italien qui a programmé des bourses d’études ainsi qu’une « carte culture » d’un montant de 500 euros destinées aux jeunes de 18 ans vivant dans les banlieues des grandes villes. 500 millions seront déboursés. Une manière de prévenir la menace terroriste avance le chef du gouvernement italien et peut-être de lutter contre le radicalisation, et l’envie de quitter son pays ? Car ne nous leurrons pas, il y a les jeunes qui partent en Syrie et ceux qui rêvent de s’expatrier à Londres ou Dubaï. Et qui le font. Mais dans les deux cas, il s’agit d’un miroir aux alouettes.

Comment faire alors ? Être citoyen. Pleinement. Plonger dans la citoyenneté, pour se trouver comme en immersion, dans la musique, comme ils le savent le faire avec le casque sur les oreilles. Après l’indignation, il faut ne pas hésiter à s’engager. S’impliquer dans son quartier, c’est s’impliquer aussi dans le pays où l’on vit. C’est vouloir, en tout cas. C’est cela s’indigner, c’est dire et crier, mettre en avant des idées, démontrer, et changer un peu la société. En s’engageant et en montrant que la valeur n’attend pas le nombre des années. C’est faire un peu de la politique pour la changer un peu son environnement immédiat, pour montrer aussi que les jeunes savent prendre part à la vie de cette société sans en être uniquement des consommateurs.


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Individualisés, segmentés, hantés par la recherche de la réussite, les jeunes paraissent dans l’aphasie !

Publié le: 13 janvier 2016
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