Intentions de vote à droite en terre mayennaise (1)

leglob-journal.fr ouvre aujourd’hui, à 3 mois du second tour des élections présidentielles, une série de reportages sur « les gens de la Mayenne ». Ceux qu’on ne voit pas, qu’on n’entend pas beaucoup et qui s’expriment peu. Ce premier volet évoque les intentions de vote à droite. Dans un département conservateur et qui a majoritairement ancré ses votes dans et autour de l’idée de non-gauche, comment se prédispose-t-on à voter les 22 avril et 6 mai prochains pour ce qu’il est convenu d’appeler la «majorité départementale»?

Par Thomas H.


lettreanew-6.jpg28 ans, il fait parti de ce qu’on appelle les classes moyennes. Max travaille dans une grande surface. il vit en couple, sans enfant, car dit-il tout de go « il n’est pas encore programmé ».

Sa compagne est coiffeuse dans un village qui n’est pas très éloigné de l’usine Aprochim qui défraye la chronique. Max votera pour François Bayrou. « Et pourquoi pas ? On a déjà utilisé la gauche et la droite, pas le centre ! ».

Le centre. Comme un recours. Le « vrai » centre selon Max, celui « qui ne penche ni à droite ni à gauche ». Comme un centre «pur» un centre qui n’est pas poreux.

« Non ! le Bayrou n’est pas de droite », et « il a été le premier à parler de la dette, alors ! Il faut lui faire confiance, et puis il monte dans les sondages ». La femme de Max connait bien le milieu rural, apparement. Cet « espace » en Mayenne situé à coté des « grandes villes » où les difficultés aussi sont concentrées. Le milieu rural est souvent décrit comme un désert vert de plus en plus présent et pesant.

republiquediversite.jpg

Les PCB, ça ne vous fait pas peur ? « Non, tout ça c’est très exagéré, et monté en épingle» répond Max. L’écologie, cela ne semble pas son truc même s’il travaille au milieu des plantes dans une jardinerie. La peur de la contamination ? Il penche la tête en soulevant l’épaule.

C’est un peu la résignation, le message en tout cas qu’il veut faire passer. Sa compagne en revanche lui raconte régulièrement que « les agriculteurs vont voter pour Marine, c’est cata ! » et ça, pour lui ça compte.

Minorité visible. Max ira voter à Château-Gontier, c’est dans le Sud du département. « Une ville que le maire d’avant (ndlr : Jean Arthuis a été le maire de la ville, ministre d’Alain Juppé et fait parti du staff de campagne de François Bayrou) a permis de hisser au même niveau que la ville de Mayenne au Nord du Département ». Il est fier.

La «petite ville de droite» qui s’aligne, selon lui, à présent au même niveau que la ville de gauche. Il y voit un symbole. Abdel lui ne votera pas. Ce n’est pas qu’il ne voudrait pas, c’est surtout qu’«il ne peut pas» corrige-t-il. D’origine marocaine, la quarantaine, il est en France depuis 9 ans et n’a pas la nationalité française. Alors le vote pour les présidentielles !

Il aimerait bien voter pour les élections locales, car « je paie des impôts ! » remarque Abdel. Il avoue toutefois hésiter à franchir le cap de devenir français à part entière. « C’n’est pas facile d’abandonner officiellement son pays d’origine ! »

elyseedeclar2.jpgDans un français incomplet, Abdel avoue sur le parking de la grande surface où il est allé faire les courses : « j’suis au chômage, depuis 6 mois […] j’ travaillais chez Pebeco, là-bas à Port-Brillet ».

La fonderie a fermé, victime de la désindustrialisation comme beaucoup d’usine en France. La liquidation judiciaire de ce « monument historique local » a été prononcée en Octobre 2011. Abdel confie avoir beaucoup donné dans l’intérim depuis 9 ans qu’il dit être « mayennais ». Il travaillait à gauche et à droite.

« Là-bas à Port-Brillet, c’était dur ! Le boulot. ». A présent les hauts fourneaux, c’est fini. L’histoire de la fonderie s’est éteinte. Abdel garde pourtant constamment son sourire. « Toute sa famille est en Mayenne » dit-il. Il a deux filles qui sont scolarisées en primaire et qui attendent sagement dans la voiture qui n’est pas de toute jeunesse.

«Sans état d’âme»

Dans une Mayenne conservatrice, la vie ne semble pas trop difficile pour Abdel. En apparence, car « le travail, ça court pas les rues !» surtout quand on est un peu trop bronzé. Quand on lui demande pour qui il voterait s’il en avait le droit, il répond presque gêné : « j’sais pas, c’est compliqué tout ça !».

Pour elle, en revanche, pas de doute, ni d’hésitation. En 2007, elle a déjà voté « pour le président » et cela ne l’inquiète pas de recommencer. Elle le refera à nouveau, c’est sûr, «il ne faut pas se tromper». Son mari est beaucoup plus réservé, presque effacé et s’exprime beaucoup moins. Ils déclarent habiter dans la première couronne autour de Laval. «Un pavillon comme beaucoup en Mayenne

«Il a fait des choses!»

C’est à n’en point douter l’une des nombreux retraités âgés de plus de 70 ans qui avaient été séduits par « le dynamisme du candidat » en 2007. Le Président avait fait le plein de ces voix, celles que les observateurs avaient qualifié de « vote gris ». Un plein qui avait permis au candidat d’accéder à la présidence. Il « tenait beaucoup mieux la route que les autres, et surtout il était mieux que la Ségolène, et il est rassurant » confirme-t-elle d’une voix ferme et presque définitive.

elyseedecla1.jpg5 ans après, rebelote, elle votera, à nouveau pour le président sortant. «Il a de l’assurance et de l’expérience, ça compte!». Elle croit qu’il se représentera. Elle sourit quand on lui pose la question. Ses états d’âme, sa chute dans les sondages ? : « C’est normal ! c’est une lourde tâche » et cela ne la fait pas hésiter.

Pourquoi ne change-t-elle pas et est-elle aussi fidèle ? Parce que « lui, au moins il fait des choses ! Et pour lutter contre l’insécurité, il a fait ce qu’il fallait. ». Et qu’on ne lui parle pas des petits arrangements et des dysfonctionnements enregistrés depuis le début du quinquennat.

« Vous croyez que c’était mieux du temps de la gauche de Mitterrand ? » questionne-t-elle. Point barre. Fin de l’échange. Elle s’éloigne en poussant son chariot où se trouvent quelques courses de première nécessité.

journaux2.jpgChapeau rivé sur la tête, sac plastique en main, son pas est soutenu, et rapide. Quand leglob-journal.fr l’aborde, notre homme se dirige vers le hall du magasin en fendant son chemin parmi les nombreuses voitures garées sur le parking. Réponse presque automatique :
« pas le temps, j’suis pressé !».

Il est légèrement vouté comme s’il supportait un poids imaginaire. Il a manifestement l’âge bien entamé de la retraite lui aussi.

Quand on lui pose la question sur ces intentions de vote, il rétorque du tac au tac, sans un sourire, sans un regard : « ça n’vous regarde pas, c’est personnel tout ça ! ». Et d’ajouter
« et puis d’abord, c’est tous des véreux ! ». Rejet ou sanction? Analyse ou bien reflexe? On en saura pas plus, sur ce qui fonde ce jugement à l’emporte-pièce.

Puis au bout d’un court moment, il s’ouvre malgré tout et fini par lâcher la petite phrase qui semble apporter un peu plus d’éclairage sur son vote.
« moi, vous savez, j’en ai marre, et j’vais voter Lepen ! ».

 

Laisser un commentaire