| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

Par Gildas Charlès

Bulle

Lao-Tseu, philosophe chinois, aurait dit : « Il ne s’agit pas de se retrancher du monde, de s’enfermer dans une tour d’ivoire, il faut tout savoir, être informé de tout et pourtant rester critique comme si on ne savait rien.  » En réaction à cela, Albert Einstein, scientifique américano-suisse, aurait répondu : « La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information. » Ce à quoi Noël Mamère, ancien journaliste et actuel député écologiste non-inscrit, aurait complété par « Trop d’informations tue l’information ».

Tout cela pour en venir à bulle, un mot devenu à la mode au moment de l’élection - surprise ? - de Donald Trump à la présidence des États-Unis en novembre 2016. Bulle au sens d’enfermement, auquel nous serions tous plus ou moins soumis, par notre éducation, nos relations, notre façon de pensée, et surtout de nous informer, notamment au travers entre autres des réseaux sociaux.

Ces derniers ont été accusés d’avoir produit des bulles de filtrage, en ayant favorisé la victoire de Donald Trump, en n’offrant à chaque abonné qu’une seule et même orientation dans l’information délivrée, celle qui était censée correspondre le mieux à son profil, ses attentes, le confortant ainsi dans cette orientation. Et là, le piège se referme ; ne disposant ou se contentant que de cette source d’informations, l’individu ne finirait par vivre qu’une réalité qui n’est que SA réalité, partielle et surtout partiale. Rien pour la contredire, ou tout au moins l’ouvrir à d’autres champs.

Peut-être que cette réalité est LA réalité, mais comment s’en assurer si rien n’est fait pour lui opposer d’autres points de vue ? Ainsi enfermé, il n’est plus possible de voir les autres réalités. Pire, dans les rares cas où le filtre viendrait à être imparfait, laissant passer un autre avis, différent, celui-ci sera masqué, ignoré, considéré comme nul, par l’individu, afin de préserver son confort.

Où sont les débats, les espaces de contradiction, de confrontation ? Dois-je nier l’avis de l’autre pour m’assurer - me rassurer - de la pertinence du mien ? Ne suis-je donc pas en mesure d’accepter la critique, de me construire par l’autre et non contre ? Depuis que j’écris dans leglob-journal, j’essaie d’apporter cette pierre à la construction du débat d’idées, en étant parfois à contre-courant de certains points de vue exprimés. D’aucuns estiment que je suis un « opportuniste », que je retourne ma veste régulièrement, et m’imaginent le soutien ou le porte-parole de tel(le) ou tel(le) candidat(e) local(e).

Qu’en dire ? Uniquement qu’il me semble important de nourrir le débat, de comprendre les points de vue de chacun, même ceux qui pourraient être en contradiction avec les miens, parce qu’ainsi il peut être possible de construire sur des bases plus solides.

J’ai l’esprit de contradiction ; il pourra m’arriver de défendre un point de vue qui n’est pas le mien, juste parce que j’estime que tout peut se discuter, et que dans la confrontation d’idées, quelque chose de bon en sortira. Suis-je moi-même enfermé dans une bulle ? J’ose espérer que non. Et si cela devait venir, j’aime à penser que parmi mes amis et néanmoins contradicteurs, il s’en manifesteraient vite certains pour m’en faire sortir.

Ce qui m’amène à cette réflexion : N’est-ce donc pas cela qui manque à nombre de nos élus ? Un ami, une personne dans leur entourage qui leur apporterait de temps à autre une petite musique dissonante, pour leur rappeler que LEUR réalité, LEUR vérité, n’est pas unique.

Nous les considérons comme déconnectés du terrain, il n’est qu’à voir les réactions des citoyens face aux derniers scandales, mais n’oublions pas que nous les avons maintenus là par nos votes. Faute d’autres choix me répondrez-vous... Notre dichotomie politique qui nous enferme à être de droite ou de gauche, n’a produit au final que désillusions. Il est temps que les citoyens reprennent le goût du débat, de la chose politique, et surtout de la concertation.

Friedrich Nietzsche, écrivain et philosophe allemand, disait « Il n’y a qu’un seul monde et il est faux, cruel, contradictoire, séduisant et dépourvu de sens. Un monde ainsi constitué est le monde réel. Nous avons besoin de mensonges pour conquérir cette réalité, cette "vérité"  ».

Il n’est plus possible de choisir de voter contre ; il (re)devient indispensable de voter pour. La voie semble ouverte. Aux citoyens de s’emparer des mensonges auxquels ils ont été trop longtemps soumis pour enfin reconstruire leur réalité.


1 commentaire
  • Je vous fiche mon billet #10 14 février 16:36, par C. Simon

    Intéressant ce goût pour le débat d’idées...pour ne pas rester dans sa bulle...Est ce le moyen d’en sortir ? Peut être, mais ce n’est sans doute pas suffisant. Le discours sur « nos élus » m’interroge toujours. On attend beaucoup d’eux...D’accord, on les a élus pour qu’ils bossent. Mais nous citoyens, devons nous nous contenter après avoir mis notre bulletin dans l’urne de contempler, compter les points, dénigrer... Est ce qu’on ne peut pas leur accorder le mérite de s’engager, proposer, s’exposer, d’essayer...d’avoir les mains dans le cambouis ? Tous ne gagnent pas des mille et des cents. Donc, chapeau à eux, qu’ils soient à l’intérieur ou à l’extérieur de ma bulle ! ;)

    Répondre

Réagir

Je vous fiche mon billet #10

Publié le: 13 février 2017
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-société
Technologies Politique Elections
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
A lire également sur votre Journal en ligne
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Nous contacter : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2017 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS