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ÉDITORIAL - Il y aura forcément un avant et un après. L’affaire Benalla va laisser des cicatrices dans la démocratie. Le président de la République et les membres du gouvernement sont en vacances, mais cette affaire qui a défrayé la chronique, révélée par le journal Le Monde aura, bien que déminée à tous les étages, entachée une République que le chef de l’État souhaitait « exemplaire ». Analyse.

Par leglob-journal

La communication a fonctionné à fond pendant cette période d’extrêmes turbulences au sommet de l’État. Pas une affaire d’Etat ? Mais presque. D’ailleurs, le chef de l’État français a fait tout son possible pour minimiser l’importance de faits qui le touchent directement. Par la proximité, Alexandre Benella était omniprésent à ces cotés. Par le pouvoir de décider seul du recrutement. « S’ils veulent un responsable, il est devant vous, qu’ils viennent le chercher », a-t-il lancé, bravache.

Le Président a cherché à balayer ce qu’il a considéré comme des « polémiques » allant jusqu’à parler de « tempête dans un verre d’eau. ». C’est pourtant une crise majeure qui a surgi. Une crise, comme un trou, comme une déchirure dans le tissu serré du pouvoir qui a touché le plus haut sommet de l’État, le contraignant finalement à sortir de son silence. Cette crise aiguë continue de saper l’image de l’exécutif, et est symptomatique d’une Ve République qui semble toussoter à trop vieillir. A trop épouser la Constitution dont le costume a été taillé rappelons-le pour le Général de Gaulle, il arrive que dans le couple qu’Emmanuel Macron forme avec les textes constitutionnels des dissensions se fassent jour, et que les affres de la rupture avec les Français pointent le nez.

Chute dans les sondages, baromètre de satisfaction en baisse, etc., et pour les Français, quand on les interroge, le sentiment affirmé que « le Président honnête ou sincère », cet impératif est en net recul de près de dix points. Pour le chef d’une majorité qui s’est sentie moins soudée, il s’est agi d’un «  tintamarre autour d’un fait divers » aux conséquences de « tsunami politico-médiatique », orchestré par l’opposition selon l’ analyse positive, qu’en fait, dans un interview au Monde, Richard Ferrand le président du groupe LRM à l’Assemblée Nationale. Mais n’est-ce pas toujours comme cela, et de tout temps ?

Ce qui est certain, c’est que la séquence a été manifestement mal gérée. Et le patron de l’Élysée n’en sort pas vraiment indemne. Ni la trop grosse et jeune majorité LRM à l’Assemblée Nationale, constituée de troupes inexpérimentées et pas suffisamment formées. Jupiter a montré qu’il était somme toute un peu seul, avec des ministres-techniciens et des soutiens à la parole rare et faible, qui ne savent pas monter au filet pour smatcher sur les échanges politiques d’une opposition qui a su jouer en fond de cour, en raison de son expérience et de la connaissance de la science politique. Mais « Quand on jette la suspicion sur la République et ses responsables, c’est la démocratie qu’on affaiblit  » estime Richard Ferran.

Qui, finalement, derrière le « on » ? S’agit-il de l’exécutif et du Président, ou bien de son opposition qui à l’Assemblée nationale, s’est trouvée « un os à ronger ». Ce qui n’a pas pu se faire avant la Présidentielle, s’est même réalisé dans cette crise. La France insoumise, le Parti socialiste, le Parti communiste ont réussi à déposer une motion de censure commune, oubliant un temps ce qui les éloigne et les sépare. A droite aussi, il y a eu un consensus de circonstance. Sans doute que la chose était d’importance !

De l’autre coté, des commentateurs et des hommes politiques, encore en vue et de l’ancien monde, comme le mayennais Jean Arthuis ont soutenu coûte que coûte leur protégé. Au risque de se faire tancer vertement par de très nombreux commentaires acerbes sur Twitter. Rangeant l’homme politique au placard.

L’effet Benalla survivra-t-il à la rentrée et continuera-t-il à contrecarrer le bon ordonnancement politico-médiatique de la macronie ? Sans doute, en raison des enquêtes ouvertes, et du mal qui a manifestement été fait. Le Président en vacances dans sa résidence d’été au Fort de Brégançon, où personne n’ira «  le chercher  », va pouvoir méditer.

Le patron de l’Élysée vient donc d’apprendre une nouvelle séquence dans le pouvoir jupitérien qu’il avait dessiné pour incarner sa façon nouvelle de gouverner ; celle de l’improvisation mal maîtrisée qui génère de la com’ contre productive. Il vient aussi de faire l’expérience d’une certaine humilité, grâce à une presse qui fait le job en révélant et enquêtant, et une opposition parlementaire qui vient de se rappeler simplement à lui, en rééquilibrant tout simplement les pouvoirs.


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L’Affaire Benella, génératrice d’équilibres

Publié le: 3 août 2018
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