L’Eglise versus le mariage gay : objections de conscience?

« L’État n’a pas à donner un statut équivalent à un mode d’union qui est stérile par nature et relève de choix privés ». L’Évêque de Laval s’est invité récemment comme bon nombre de représentants de l’Eglise dans le débat sur le mariage homosexuel, alors qu’il s’agit surtout en fait de modifier le mariage civil !

Par Thomas H.


C’est l’homme d’Église et non le citoyen Thierry Scherrer qui donne donc de la voix pour dit-il «éclairer les consciences en aidant les hommes de bonne volonté croyants ou non », à « percevoir aussi clairement que possible les enjeux des questions sociétales, surtout lorsque les réformes […] menacent les fondements mêmes sur lesquels nos sociétés sont édifiées depuis le fond des âges ». Ni plus ni moins!

Voilà qui est clair. L’Église se mêle finalement de ce qui ne la regarde pas. Elle le fait de façon hors la loi, au détriment de celle de 1905, qui justement tend à séparer la religion du pouvoir législatif et exécutif. Décryptage.

 

Il peut y avoir des anneaux sans le seigneur!
Il peut y avoir des anneaux sans le seigneur!

lettrelbig-8.jpg’Église intervient donc sur le « mariage pour tous ». Et s’érige en donneuse de leçons, alors qu’il s’agit d’une réforme touchant le mariage civil.

Dialoguer

L’Évêque de Laval Thierry Scherrer souhaite pour justifier sa position et celle de l’Église qu’il représente en Mayenne « un vrai dialogue qui ne soit ni guidé par l’affectif ni par l’émotionnel, […] mais fondé sur des arguments de raison ».

Mais est-ce bien une attitude de raison justement d’entrer dans cette voie ? Quand on constate [ il suffit d’aller sur Twitter] tout le rapport à l’affect que véhicule le positionnement face à l’homosexualité et les dérives répréhensibles qu’il entraine, comme l’homophobie.

Nier le principe d’Égalité

Une nouvelle croisade?
Une nouvelle croisade?

Ainsi l’ecclésiastique tient à rappeler avant qu’on le lui reproche peut-être que « refuser le mariage homosexuel n’a rien à voir avec l’homophobie. Nous pouvons – et non devons – avoir un grand respect pour les personnes homosexuelles tout en contestant le fait que le couple homosexuel soit présenté par l’Etat comme un modèle social au même titre qu’un couple marié ». Mais n’est-ce pas la négation de l’égalité des droits !

L’extension du mariage aux personnes de mêmes sexes est donc pour l’Église une problématique essentielle.

Un nouveau cheval de bataille ?

En tout cas, « une question qui engage l’avenir de notre société » et l’Évêque de Laval de rappeler pour apporter de l’eau à son moulin que la Garde des sceaux Christiane Taubira a affirmé que : « c’est une réforme de société et même de civilisation. Nous n’avons pas l’intention de faire comme si nous retouchions que trois ou quatre virgules dans le code civil ».

«S’opposer à ce projet de loi, c’est redire que le mariage n’est pas seulement un contrat, mais une institution naturelle […] entre un homme et une femme, une union ouverte sur la vie par la procréation» poursuit l’Évêque de Laval. Rappelons simplement au passage qu’il y a 2 mariages. Celui qui se fait au civil, obligatoire et sous la forme d’un contrat et le mariage religieux, facultatif et qui ne regarde que les croyants.

Se marier donc pour avoir des enfants ! Mais faut-il rappeler encore que le mariage entre personnes hétérosexuelles tombe en désuétude et qu’il n’est point nécessaire de se marier pour songer à procréer.

«Défendre les droits de l’enfant»

L’Évêque note aussi que « s’opposer au projet de loi, c’est défendre les droits “de” l’enfant contre le droit “à” l’enfant », et il ajoute que c’est la porte ouverte à une loi sur l’adoption, « on a tout lieu de croire qu’une fois cette étape franchie, on en vienne à revendiquer la Procréation médicalement assisté pour les couples homosexuels et de là, la Gestation pour autrui […] »

L’ecclésiastique en fait brandit comme un épouvantail la « possibilité de fabriquer des enfants […] » ce qui gène l’Eglise quand il s’agit de personnes du même sexe mais pas quand le couple est hétérosexuel.

Le prélat souhaite que l’Église puisse « avoir le courage avant qu’il ne soit trop tard d’imposer des limites à une liberté individuelle toute puissante » en tirant donc une série de « signaux d’alarme » face à « l’arbitraire des hommes et à leurs désirs subjectivistes les plus fous ». Diantre ! Voilà des paroles avouons-le qui ne sont pas réellement empreintes d’Égalité !

Ingérence et laïcité

L’Évêque de Laval écrit finalement que l’Église a la volonté de se muer en arbitre de ce qu’il faut faire ou non dans une société laïque comme si elle était « aux responsabilités», et souhaite « imposer des limites à une liberté individuelle toute puissante ». Voilà qui est on ne peut plus clair !

Mais dites-moi ! Au nom de quoi l’Eglise peut-elle s’arroger le droit de s’ingérer dans une affaire qui touche collectivement la société civile ? Et au nom de qui ? Car rappelons-le, n’est-elle pas en droit, par la législation et depuis le début du 20ème siècle, de s’immiscer strictement et uniquement dans la sphère privative des individus?

Alors n’essayez pas de troubler le jeu démocratique par des paroles qui pourraient être perçues comme des vérités immaculées, et relayées par les moyens de communication souvent par trop respectueux. Car enfin le champ d’action de l’Eglise n’est-il pas de plus en plus limité! Et dans le déroulement de la société française la religion quelle qu’elle soit n’a pas à interférer et peser sur ce qui a été décidé par le choix des urnes.


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