| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

Analyse - En 2017, les candidats aux élections présidentielles et législatives vont déployer des talents d’imagination pour nous convaincre de voter pour eux ; en oubliant de préciser qu’ils ne disposeront pas des leviers pour appliquer les engagements pour lesquels ils auront été élus. Ces leviers, nous dit Henri Marteau ce sont désormais la Commission européenne et la BCE (Banque Centrale Européenne), des instances supranationales non élues qui les détiennent. Henri Marteau qui milite dans l’association Attac53 a souvent constaté à ses dépends qu’il était difficile de critiquer l’Europe et sa monnaie sans être taxé d’extrémiste ou de populiste. Réflexions sur l’Union Européenne, une institution à repenser - le Brexit en est la manifestation la plus évidente - et pistes pour tenter de s’en sortir.

L’Europe, c’était un rêve

- Par Henri Marteau

’ Euro est une monnaie à fabriquer de l’austérité. En 1989, le rapport Delors posait 3 préalables pour réaliser l’Union Économique et Monétaire (UEM). La libéralisation complète des mouvements de capitaux, la convertibilité totale et irréversible des monnaies et la fixation irrévocable des parités fixes entre les monnaies : le Franc, le Deutsche Mark, la Lire, etc.

C’est alors une monnaie unique qui est choisie : les dévaluations ou réévaluations ne seront plus possibles pour corriger les différences de compétitivité. Conséquence : les revenus du travail deviendront la variable d’ajustement.

En 1992, le Traité de Maastricht créé l’UE (Union Européenne), l’UEM (Union Économique et Monétaire) et enfin l’Euro.

Le 1er janvier 1999, l’Euro scriptural (moyens de paiement) est instauré et 3 ans plus tard, jour pour jour place à l’Euro fiduciaire (billets et pièces). Actuellement, la monnaie unique est partagée par 19 États et est gérée par la BCE indépendante, donc en dehors de la souveraineté populaire. Elle implique une politique monétaire unique avec un taux d’intérêt unique et une parité fixe pour des pays qui connaissent des évolutions structurelles et conjoncturelles divergentes.

Si l’on fait un bilan de 17 ans de monnaie unique

On s’aperçoit que les dévaluations internes par les salaires, le chômage et le retard de l’âge de départ à la retraite, ont remplacé les dévaluations externes : celles du taux de change entre les monnaies. La Loi EL Khomri en est le dernier avatar.

Les excédents commerciaux de l’Allemagne contribuant aux déficits des pays du sud de l’UE ont été amplifié et l’Allemagne bénéficie d’un taux de change inférieur de l’Euro à ce que serait le taux de change normal du Deutsche Mark, ce qui lui donne un avantage considérable pour exporter vers les pays hors de l’Eurozone.

Résultat : en 17 ans, sa production industrielle a augmenté de 34 %, tandis que l’activité industrielle de la France, de l’Italie et de l’Espagne a baissé respectivement de 12, 19 et 21 %. (*)

À cela s’ajoute la question démographique

L’Allemagne, en déclin démographique, ne peut avoir que 2 objectifs : engranger aujourd’hui des excédents commerciaux qui paieront ses retraites de demain et une inflation faible qui garantira la valeur de son épargne. Au contraire, la France en développement démographique a besoin d’investissements et de services publics.

Alors comment une politique monétaire unique conviendrait-elle à ces deux pays et à l’ensemble de l’Eurozone ? Car nos deux pays ne sont pas soumis aux mêmes contraintes : les bébés français sont presque 20 % plus nombreux que les bébés allemands. La France a donc davantage besoin de services publics dans l’éducation, la formation professionnelle, la petite enfance, etc.

Les futurs salariés allemands ne pourront pas payer des retraites décentes aux plus âgés, celles-ci dépendent donc beaucoup de leurs patrimoines. C’est l’une des raisons, en plus des leçons de l’histoire, qui explique que les allemands refusent toute pression inflationniste.

Cela dit quelles alternatives peut-on entrevoir pour en finir avec la galère des politiques d’austérité sans fin ?

Si l’on reste dans la monnaie unique 

Cela impose 3 décisions incontournables : Premièrement, aller vers un gouvernement économique d’experts non élus ce qui suppose l’abandon total de la souveraineté économique et budgétaire des États membres. Soit mais, que restera t-il de la démocratie ?

Deuxièmement, cela suppose qu’on augmente considérablement le budget européen par la création d’un impôt européen. Question là aussi : comment le faire accepter par les populations déjà traumatisées par l’austérité ? Par comparaison, le budget fédéral des USA s’élève à 20 % du PIB et celui de l’UE à 1,3 % du PIB.

Enfin, il faut engager des transferts massifs de l’Allemagne de l’ordre de 10 % de son PIB pendant 10 ans vers les pays du sud pour les mettre à niveau, ce qu’il lui est impossible.

Sortir de la monnaie unique

Pourquoi ? Pour revenir aux monnaies nationales réunies au sein d’une monnaie commune et au contrôle des mouvements de capitaux. Une monnaie commune se superpose aux monnaies nationales et sert pour les échanges extérieurs de la zone monétaire. Elle maintient la souveraineté monétaire et budgétaire de chaque pays et permet d’effectuer des dévaluations ou réévaluations pour corriger les différences de compétitivité entre les pays contrairement à l’Euro monnaie unique qui déplace l’ajustement des changes vers l’ajustement des revenus du travail.

Deux options pour sortir de l’Euro

> Par une sortie négociée

Ce qui implique une volonté politique malheureusement inexistante chez les partis de gouvernement. Ensuite, les dirigeants allemands conservateurs ou sociaux-démocrates n’accepteront jamais cette option pour deux raisons au moins. Le capital allemand tire un avantage économique considérable de la monnaie unique et la Constitution allemande précise que son adhésion à une union monétaire doit s’inscrire dans le cadre d’une « communauté de stabilité monétaire  ».

> Par la dissolution de la zone Euro

C’est sans doute l’option la plus probable qui se produira pour permettre les réajustements nécessaires des changes, car la prochaine crise financière pourrait donner le coup de grâce à l’Euro monnaie unique et entraîner l’éclatement de l’Eurozone. Dans les mois à venir, celle-ci devrait devoir faire face à un défi de grande ampleur venant du côté de l’Italie : ce pays pourrait bien être le premier à sortir de l’Euro. (*)

Maintenant essayons de réfléchir à construire un autre commun monétaire et de destin

L’Euro monnaie unique n’est parvenu ni à endiguer les crises financières, ni à protéger les peuples européens, encore moins à amener une unification sociale et politique. Pour survivre, l’Euro contraint les pays européens dans une austérité brutale. N’est-il pas temps de réfléchir à construire un autre commun monétaire et de destin au service des peuples européens ?

L’UE et l’Euro ont imposé à la France de céder sa souveraineté monétaire à une institution non élue : la BCE. Elles lui imposent maintenant d’abandonner à la Commission européenne, elle aussi non élue, des pans entiers de la politique budgétaire et fiscale. Que reste-t-il donc du pacte politique qui veut que le consentement à l’impôt avait pour contrepartie le contrôle souverain de la représentation populaire sur le budget du pays ?

Si un pouvoir supranational fixe désormais la politique monétaire, il faudra à terme que le même pouvoir fixe les règles budgétaires et fiscales. C’est ce que le TSCG, (Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance), adopté en septembre 2012, a institutionnalisé.

Une vraie refondation

Sans langue de bois, au lendemain de l’élection de Syriza en Grèce, Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne avait déclaré : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens  » Traduction : Votez comme vous voulez, mais ça ne changera rien ! Les événements de ce pays en 2015 ont démontré que l’UE et sa monnaie unique ne sont pas réformables de l’intérieur et qu’il n’existe pas d’autre solution que les quitter.

Une vraie refondation de l’Europe signifie briser la cage de fer de l’austérité perpétuelle dont la loi El Khomri est la conséquence directe, et cela passe par une rupture avec la machinerie institutionnelle verrouillée des traités européens.

L’UE perd tous les référendums qui se déroulent autour des propositions qui en émanent ou de l’appartenance à l’une de ses instances. Les défenseurs inconditionnels du projet européen devraient quand même commencer à se demander pourquoi ?

Quelque soit soit l’issue des élections de 2017, rien ne changera puisque les élus du suffrage universel n’ont plus la main sur la monnaie et le budget, qui sont normalement la compétence régalienne de l’État.

Après le Brexit, ces élections pourraient être une occasion à saisir pour toutes celles et ceux qui réfléchissent à une alternative basée sur la coopération respectueuse de la souveraineté des peuples européens et non sur leur mise en concurrence entre eux. Sinon continuer à maintenir l’UE et l’Euro hors débat, c’est laisser la voie libre à l’extrême droite pour capter la colère populaire.

Ici : la liste non-exhaustive d’économistes envisageant la dissolution de l’Euro comme une possibilité - document proposé par Henri Marteau

Lire aussi d’autres articles en cliquant sur le mot Europe


2 commentaires
  • L’Europe, c’était un rêve - Par Henri Marteau 4 septembre 2016 19:33, par Jacques OMNÈS

    Bien que je sois moi-même pour la sortie de l’UE, la liste d’économistes jointe à l’article me laisse perplexe. Elle va de Jacques Généreux, du Parti de gauche, à des patrons allemands et des membres du parti d’extrême droite xénophobe allemand AfD (Allianz für Deutschland, Alliance pour l’Allemagne) en passant par Jacques Sapir, qui prône une alliance des souverainistes allant de la gauche au FN ! Je ne suis pas sûr que ce fourre-tout crédibilise l’argumentation d’Henri Marteau... Cordialement, Jacques Omnès

    Répondre

    • L’Europe, c’était un rêve - Par Henri Marteau 7 septembre 2016 14:50, par Jacques OMNÈS

      Je corrige le regrettable lapsus commis dans mon précédent message. "AfD" signifie évidemment "Alternative für Deutschland" ("Alternative pour l’Allemagne") et non "Allianz für Deutschland". Jacques Omnès

      Répondre

Réagir

L’Europe, c’était un rêve - Par Henri Marteau

Publié le: 3 septembre 2016
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-cultures/idées
Actuel Réforme Politique Europe Elections
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
A lire également sur votre Journal en ligne
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Nous contacter : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2017 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS