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Depuis mercredi 26 avril 2017, le FN a gagné ! Pourquoi ? Parce qu’à la demande pressante via Twitter de Florian Philippot et par courrier officiel émanant de David Racheline, directeur de campagne de Marine Le Pen, la direction de la chaîne de télé C8, appartenant à l’industriel et homme d’affaires français Vincent Bolloré, a obtempéré en suspendant d’antenne la journaliste Audrey Pulvar.

- Par Marrie de Laval

Le courrier, publié par des confrères, demande explicitement la suspension de la journaliste. En voici des extraits. Soulignons que graduellement, dans un même paragraphe, il est demandé au nom de la Démocratie : « quelle mesure vous allez prendre pour permettre le rétablissement des conditions d’impartialité qu’exige le déroulement serein et démocratique de la campagne présidentielle sur votre antenne  », juste avant de suggérer une solution : « Nous considérons de notre coté qu’une suspension de la participation de madame Pulvar aux émissions politiques de CNews est indispensable  ».

Ce faisant, il a été fermé toute possibilité d’une autre solution en laissant entendre qu’ « un simple rappel aux exigences d’impartialité de saurait évidemment lever les doutes créés par un tel affront de la part de Mme Pulvar ». Le terme « affront » relèverait d’un comportement de défit, de provocation, d’affrontement envers la seule candidate du second tour. Cela devient donc une affaire personnelle.

Retour sur les faits, leurs qualifications et ce qu’il est possible d’en retenir

Tout a commencé par un appel, en fait une pétition lancée par Mme Rossignol, la ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes, et cosignée par 50 personnalités, dont 4 hommes. Tout se retrouve sur son blog, ici .

Remarquez bien que c’est une ministre en exercice qui tient un blog et lance le projet, hors les murs du ministère, et hors ses prérogatives ministérielles. Débute alors la tragédie classique, selon la règle des 3 unités (un seul lieu, un seul temps, un seul sujet).

Acte I. Sur Twitter, la ministre fait part de l’article qui lui a été consacré sur le Huffington Post, dès 7h06 du matin le 26 Avril.

Avec les relances promotionnelles, la journaliste Audrey Pulvar retwitte à 7h37 l’information qui la cite comme signataire :

Acte II. Entre alors en scène les officiels du mouvement Bleu Marine, en ne citant que le tweet de la ministre, mais en ciblant la seule journaliste, à 8h51 :

A la suite de quoi, un twittos s’en émeut à 9h14 :

Toute la matinée, via l’information en ligne, la presse révèle que le directeur de campagne adresse un courrier à la direction de la chaîne C8 demandant la suspension de la journaliste.

Acte III. À 13h37, Florian Philippot se montre satisfait de voir les exigences du mouvement frontiste prises en compte. La journaliste est suspendue, en six heures et demi de temps.

C’est donc une affaire classée. Néanmoins, une série de questions se pose. Une journaliste politique peut-elle être ouvertement engagée politiquement ? Ne soyons pas naïfs, journaliste ou pas, nous avons des opinions. Qu’elles nous soient propres ou non, c’est une autre question. Depuis la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, de 1789, reprise en préambule de notre actuelle constitution, nous disposons de la liberté d’opinion et de la liberté d’expression. Les journalistes sont des citoyens comme les autres, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Pourtant, par leur notoriété, ils disposent d’un certain ascendant sur leurs lecteurs, auditeurs, ou téléspectateurs. Si leur parole est libre, elle est publique et relayée. Ils doivent donc se montrer plus précautionneux afin de ne pas manipuler l’opinion, pour respecter leur devoir de propager une information fiable, équilibrée afin de ne pas manipuler l’opinion.

C’est la raison d’être de la fameuse charte déontologique, consultable, ici. La journaliste relaie la promotion de l’appel de Laurence Rossignol, auteure de la pétition, et redit son attachement à la République et aux Droits des femmes contre la version du féminisme selon le FN.

Pour l’instant, rien ne peut être taxé de mensonge, juste une divergence d’opinion pour savoir qui est «  vraiment  » féministe, des signataires ou du programme de la candidate ! Préférer le féminisme des pétitionnaires induirait à voter en faveur de monsieur Macron. Nous avons donc affaire à un débat d’idée.

Peut-elle sans conflit déontologique animer des émissions politiques avec des personnalités politiques de bords opposés à ses convictions affichées ? Le courrier de David Racheline réclame de l’impartialité pour que la campagne présidentielle retrouve sa sérénité et son esprit démocratique. Cette impartialité ne peut être, selon lui, retrouvée qu’en l’absence sur les plateaux de cette professionnelle.

Qu’est-ce que l’impartialité ? Il s’agit d’un comportement droit ou une analyse juste, équilibrée. Qu’est-ce que la sérénité ? C’est un état dépourvu de trouble et d’agitation. Il est également question d’indépendance d’esprit, de liberté de jugement ou d’opinion. Et qu’est-ce que la démocratie ? C’est un mode d’existence collective, où les mêmes avantages sont accordés à tous. Alors en quoi, l’action « dans le civil » de la journaliste Audrey Pulvar porte-t-elle atteinte - sur les plateaux télévisés de la chaîne de télé qui l’emploie - à la campagne électorale ? Dire son opposition à une analyse n’est pas répréhensible. D’ailleurs, le courrier ne le dit pas.

C’est donc là que commence la manipulation. Le courrier laisse sous-entendre que la profession de journaliste obligerait à ne jamais exercer son droit à la libre expression hors-antenne pour ne pas perturber ou remettre en cause le bon déroulement d’une campagne électorale, présidentielle aujourd’hui, législative ou autre, demain ? Et hors-période de campagne, alors, qu’en serait-il ?

Cela suggère aussi que seul un journaliste ayant des identités de vues conforme à l’interviewer pourrait interroger un politique en campagne. Mais alors, quelle valeur accorder à une émission politique où tout le monde a une même vision des choses ? Comment apporter la controverse quand il y a similitude d’opinion ?

A défaut de débat, cela tourne à la promotion commerciale effectuée par un journaliste-ami. Et donc suspect. Nous touchons à la confusion des genres journalisme-communiquant, ce qui, pour le coup est contraire à l’éthique (11e point de la charte de journalistes professionnels. )

Cela laisse à penser, également, que le journaliste n’est pas un citoyen égal en droit puisqu’il est tenu à une sorte de « réserve  ». Cela n’a rien de démocratique. Et le devoir de réserve ne s’impose qu’aux fonctionnaires ! Or Audrey Pulvar exerce sur une chaîne de télé privée commerciale.

L’annonce de ses convictions ne perturberaient-t-elles pas son traitement de l’information ? La journaliste est connue. Son engagement politique est notoire. Sa signature ne paraît pas obtenue contre rétribution. Elle ne s’est donc jamais cachée, sans pour en faire état lors d’une de ses émissions. Elle ne s’est donc pas montrée déloyale par une quelconque dissimulation, même si la pratique du pseudo est possible etadmise dans la profession. Au contraire, tout le monde connaît son point de vue et peut donc, clairement évaluer la portée de ses questions pour chacun des politiques reçus ou évoqués à l’antenne.

L’injustice provient plutôt de ses détracteurs qui mettent en doute sa probité professionnelle avec un argument qui ne lui est pas imposable, sans jamais dire le mot (réserve) et en ne mettant pas directement l’auteur de la pétition, à savoir la ministre en exercice de l’actuel gouvernement en lumière. Pourquoi ? Parce qu’il est plus facile de mettre sur la touche un salarié d’une chaîne de télévision privée. La preuve par le courrier envoyé et suivit d’une suspension obtenue en moins de 4 heures de temps, jusqu’à la fin de la campagne.

La profession journalistique devient donc un maillon faible de la bonne pratique de la Démocratie en toute sérénité s’il ne lui est pas garantie une protection par son propre employeur. La chaîne de télé renonce donc à son activité principale, le droit d’informer en ne protégeant pas le pluralisme d’opinion, d’expression, de commentaire et de critique.

Il s’agit là, à mon sens d’un remarquable exemple de censure par pression d’une équipe de campagne qui aspire à investir les plus hautes fonctions de l’État. Nous avons, en conséquence, un risque de dictature intellectuelle de l’opinion publique par le contrôle des médias, sans même les nationaliser. Il ne s’agit pas d’une vue de l’esprit, ce tweet l’évoque clairement :

Pensez-y simplement, quand vous voterez Dimanche.


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L’affaire Pulvar, un remarquable exemple de censure pour un parti qui aspire à investir les plus hautes fonctions de l’État

Publié le: 5 mai 2017
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