| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

#Arts & #Actu n°13 - Se mouiller et ne pas craindre de se salir. Mouiller la chemise par tous les temps ou bien se la faire déchirer quand l’exaspération est à son comble.

Notre société est ainsi faite, duale et clivante. C’est ce que cherche à nous rappeler notre contributrice Valérie R. qui a choisi cette œuvre de Louis-Léopold Boilly qui sonne comme une photographie instantanée de l’époque. Presqu’un cliché d’un reporteur-photo de l’Ancien régime, si la photographie avait existé. D’ailleurs, le tableau ne mesure que 32 centimètres sur 40.

Particulièrement transposable et d’actualité, l’huile sur toile sonne juste et interpelle dans notre 21e siècle incertain où les riches deviennent de plus en plus riches et dominants. Moins de 10 % de la population mondiale détient 83 % du patrimoine mondial. Quant aux autres, ils deviennent de plus en plus dépendants.

Pour que cette famille sous l’ère napoléonienne puisse passer d’un trottoir à l’autre et éviter de se crotter, il aura fallu la planche à roulette, celle du salut amenée par le "moins que rien" situé à l’extrême gauche et qui tend la main, pour récolter un sou en contrepartie. Notre société est ainsi faite, même les riches doivent savoir réapprendre à compter avec les plus nombreux, les déshérités, et autres miséreux.

#leglob-journal

L’averse - Par Valérie R. de Passeur d’Arts

Une famille aisée et leurs domestiques traversent la rue boueuse sur une planche. Derrière elle, dans l’obscurité, les gens de peu pataugent dans la fange.

Le père de famille, en habit, tient fermement la main de sa petite fille (son avenir semble tout tracé !) tandis qu’il donne ses ordres au passeur, pauvrement vêtu, situé à l’extrême gauche. Celui-ci reçoit quelques pièces d’une humble femme (sans doute, la servante du couple) chargée par ses employeurs de régler à leur place le prix du service rendu. Le garçonnet agite un bâton ; un petit chien se tient à ses pieds. C’est l’héritier. Son regard suit celui de son père, comme s’il apprenait déjà son futur rôle.

Louis-Léopold Boilly peint ce tableau l’année où Napoléon s’auto-sacre empereur. Les clivages sociaux sont plus forts que jamais : d’une part, l’ordre familial bourgeois, d’autre part, la hiérarchie sociale.

Le sous-titre de l’œuvre, « Passez, payez », est la devise et le cri des décrotteurs parisiens qui, pendant les années qui suivent la Révolution, chaque fois qu’il pleut, posent une planche à travers la chaussée pour que les passants qui souhaitent traverser ne s’enfoncent pas dans la boue. En contrepartie, ceux-ci leur versent un droit de passage.

Symboliquement, il y a ceux qui sont toujours sous l’averse et ceux qui réussissent à ne pas se « mouiller » ou à passer à travers les gouttes !

« Il est amusant de voir un Parisien traverser ou sauter un ruisseau fangeux avec une perruque à trois marteaux, des bas blancs et un habit galonné, courir dans de vilaines rues sur la pointe du pied, recevoir le fleuve des gouttières sur un parasol de taffetas. Quelles gambades ne fait pas celui qui a entrepris d’aller du faubourg Saint-Jacques dîner au faubourg Saint-Honoré, en se défendant de la crotte et des toits qui dégouttent ! Des tas de boue, un pavé glissant, des essieux gras, que d’écueils à éviter ! Il aborde néanmoins. A chaque coin de rue, il a appelé un décrotteur ; il en est quitte pour quelques mouches à ses bas ! »

L’averse (1804) - Peinture à l’huile de Louis-Léopold Boilly - Musée du Louvre, Paris


Réagir

L’averse

Publié le: 31 octobre 2015
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-cultures/idées
Disparités Regard Travail Salariat
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
A lire également sur votre Journal en ligne
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Nous contacter : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2017 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS