| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

Comptes de la ville, fusion avec le pays de Loiron et transfert de l’eau sous la houlette à Laval Agglo avec abandon à terme de la régie municipale, autant de dossiers à l’ordre du jour du dernier conseil municipal de Laval (27 Juin 2016) avant les vacances. Discutés, parfois âprement, ils ont été adoptés ; l’opposition de gauche s’abstenant souvent, le PCF votant souvent contre, et le représentant de l’extrême droite aussi. Aspects techniques des délibérations et des dossiers en eux-mêmes, mais aussi forme et fond des interventions. Analyse.

- Par Thomas H.

« Je salue, monsieur Guillot, la constance et la cohérence du PCF auquel vous appartenez (…) » ironise avec un petit sourire le sénateur-maire de Laval qui reprend la parole après l’élu communiste et à propos de la délibération sur la fusion Laval Agglo-Pays de Loiron. Petite phrase prononcée à l’endroit d’Aurélien Guillot qui s’est désolidarisé il y a quelques temps, par un courrier envoyé au maire, du groupe d’opposition de la gauche lavalloise emmenée par Jean-Christophe Boyer (PS). Cela ouvre des perspectives d’expression peut-être plus libres.

Ce soir-là, il y avait une petite impression de redite car la fusion en question entre l’agglomération de Laval et le Pays de Loiron avait déjà été longuement évoquée devant les élus communautaires qui l’ont votée. ici

Ce soir-là, il fallait donc aller plus loin, en posant des questions nouvelles et en apportant des réponses. Hélas, à la question de la « gouvernance » par exemple de la future agglomération soulevée par Aurélien Guillot, le maire a déclaré : « il est trop tôt pour dire quelles seront les clefs de répartition (...) et je n’ai pas plus de réponses à vous donner ce soir ». Bref, il était bon de rester sur notre faim.

La nouveauté, c’était les comptes de la ville, avec un climat qui allait vite devenir chaud et explosif. Après un exposé circonstancié de l’adjoint aux Finances Philippe Habault (UDI), - « le futur candidat de la primaire à droite pour la législative », a ironisé le représentant de l’extrême-droite -, le débat s’est animé. [NDLR : dans la première circonscription de Laval, Samia Soultani-Vigneron (LR) brigue aussi le poste.]

Le ton a été grave d’abord avec l’intervention du socialiste Jean-Christophe Boyer. « Le compte administratif 2015 démontre une situation financière très dégradée de la ville de Laval : nous sommes très inquiets ! lance-t-il ; les caisses sont vides ! vous avez épuisé totalement les réserves de la ville, et elle doit emprunter pour y arriver. Vous avez un déficit de fonctionnement jamais atteint de 5 millions 600 000 euros (…) il est vraisemblable que la ville de Laval soit placée dans le réseau d’alerte des villes en situation financière difficile des ministères de l’Intérieur et de l’Économie et des Finances (…) Ce compte administratif marque l’échec de votre stratégie budgétaire aventureuse » lance l’ancien maire de Laval à l’actuel.

Auparavant François Zocchetto avait insisté sur cette année 2015 « première année budgétaire complète de la nouvelle équipe municipale » ; les promesses de campagne qui ont été tenues, mais aussi la baisse des dotations globale de l’État qui handicapent. Le coût du personnel qui baisse, ainsi que la dette ; et les impôts qui passent de 31 à 28 millions pour « stimuler les achats des lavallois  » et créer de l’économie et de la richesse a expliqué Philippe Habault. Même stratégie pour les cessions immobilières « des bâtiments sans valeur historique ou culturelle » et qui coûtent cher à l’entretien, on va continuer donc dans cette voie a-t-il été expliqué. L’exemple de l’ancien Tribunal de commerce avec une brasserie en lieu et place a été cité en exemple. « c’est ce que nous voulons faire ! » a déclaré l’élu en charge des finances.

Et puis, il y eu cet échange sur le projet présenté et adopté qui doit associer associations et syndicats sur un même lieu au quartier Ferrié, et sur 1 500 mètres sur 2 niveaux : « (…) étaler sur 4 ans un million d’euros pour une maison des associations, cela en dit long sur l’état des finances !  » remarque Jean-Christophe Boyer. Piqué au vif, François Zocchetto rétorque sèchement : « (...) je n’ai pas de leçons à recevoir de vous, variez vos interventions, on les connaît (…) il est où votre projet ? Où en est le projet de déménagement de la maison des syndicats, monsieur Boyer ? Ne prenez pas vos projets pour les nôtres ! Vous avez lancé beaucoup d’idées mais rien a été budgété !!!  ». La chamaillerie politique suppose l’invective, mais nous ne savions pas encore que le ton allait monter d’un cran supplémentaire.

Nous sommes dans la salle du conseil de l’hôtel de ville de Laval, dans cet espace se sont succédés des oppositions et des majorités. Mais finalement peu d’élus prennent la parole. Ce sont toujours les mêmes qui appuient sur le bouton de leur micro. Il y a ceux qui sont bien obligés de le faire parce qu’ils sont rapporteurs d’une délibération. Ceux qui la lisent et ceux qui improvisent les réponses soulevées par l’opposition et qui le font plutôt brillamment sans notes ou presque. De ce point de vue Bruno Maurin, le rapporteur de la délibération sur l’eau justement nous a démontré qu’il connaît bien son dossier.

Et puis il y a ceux qui montent au filet. Le premier d’entre-eux, c’est bien sûr Jean-Christophe Boyer qui veut faire vivre l’opposition, presque coûte que coûte. Dans la presse, Boyer est le « chef de file de l’opposition à François Zocchetto ». Mais ce n’est pas simple quelquefois quand vos propos se retournent contre vous comme cette tirade du leader de l’opposition de gauche s’adressant à l’adjoint aux finances : «  Monsieur Habault, pas de mépris s’il vous plaît ! Car le mépris ne fait pas avancer, croyez-moi je connais...  » Rires et même applaudissements dans la salle pendant que ses co-listiers sont plutôt mal à l’aise.

Cette fois, c’est François Zocchetto qui devient l’arroseur-arrosé. A propos du transfert de compétence de l’eau et de l’assainissement à Laval Agglo ; le maire reproche à Jean-Christophe Boyer d’avoir augmenté le prix du mètre cube sur Laval quand il était lui-même aux affaires. Mais ce n’est pas tout avec cette adresse de Zocchetto à Boyer, comme un conseil au sujet de la non-communication des documents que l’opposition reproche au maire actuel ; une formule empreinte d’ironie qui va faire mouche : « (...) avant de demander la transparence, organiser plutôt la circulation de l’info dans votre groupe !  »

Le maire est souriant d’autant qu’il a pointé certaines absences en commissions des représentants de l’opposition. François Zocchetto savoure son effet en voyant ce que cela produit sur Jean-Christophe Boyer qui lui adresse alors un tonitruant : « vous êtes une honte publique monsieur Zocchetto !!!! vous mentez ! C’est Jean Arthuis qui a décidé ces augmentations, 1,7 % par an, pas notre majorité ! Et vous le savez bien !! » Point barre. « Honte publique ! », le maire accuse le coup. Il demandera plus tard dans un communiqué que l’élu socialiste « retire publiquement ses insultes », ce qui ne lui est pas venu à l’esprit le soir même lors du conseil municipal.

La menace était aussi présente, question d’égo et de sensibilité, surtout après ce genre d’échange qui a pu apparaitre « musclé ». En tout cas, le ton a baissé d’un cran quand Jean-Christophe Boyer a déclaré plus froidement au sénateur-maire comme par vengeance : « Nous allons reprendre, vous entendez, tous les PV et voir la participation de vos collègues aux commissions. Vous entrez monsieur Zocchetto dans un jeu nauséabond ! »

« Nauséabond » relève alors presque aussitôt Jean-Christophe Gruau, l’élu d’extrême-droite toujours à l’affut. Ancien élu du Front national, il en a été exclu pour des propos qui ont déplu aux instances nationales. Celui qui avait déjà dit récemment que « discriminer est le plus beau verbe de la langue française » n’a pas peur de la grandiloquence : « Faire payer les lavallois 20 % de plus la facture d’eau, c’est de la trahison ! » dit-il sur un ton péremptoire à François Zocchetto qu’il accuse finalement d’être dans la « trahison ».

Le sénateur-maire de Laval ne lui coupe que très rarement la parole et notamment quand Jean-Christophe Gruau sort des clous et qu’il finit par enfourcher ses chevaux de batailles coutumiers. Ceux de l’extrême-droite.

Quand Gruau parle, nous sommes presque transportés sous la Troisième République. Et cela sonne, il faut bien le dire, un peu faux. Ses interventions sont toutes écrites et il fait parfois des digressions qui nuisent au propos. De plus elles sont assez souvent égo-centrées ; il vote quand il s’agit de mesure par exemple pour la famille ; dénigre la politique culturelle menée par l’adjoint à la culture qu’il trouve trop cosmopolite et pas assez traditionnel à son goût.

Ces interventions rallongent les débats mais il n’est pas le seul. Ses invectives ont un effet répulsif à l’écoute et indisposent le plus souvent ; parfois ces diatribes vous font « décrocher un sourire que vous réprimez vite pour éviter finalement d’entrer dans son jeu ». « c’est à la fois clownesque et pitoyable  » me confiait un élu, en quittant l’hôtel de ville. Ainsi va la vie, l’espace d’un épisode - le dernier avant le retour en Septembre - de la démocratie locale à Laval.


2 commentaires

Réagir

L’eau, la fusion, et le feu pour le dernier conseil municipal de Laval avant l’été

Publié le: 29 juin 2016
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-mayenne
Laval Politique Cité
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
A lire également sur votre Journal en ligne
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Lisez leglob-journal - Nous contacter par mèl : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2017 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS