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L’idée d’un nouveau collège Fernand Puech-2 a été votée en session du conseil départemental, vendredi 15 décembre 2017. Ce fut « chaud » pour reprendre le propos d’une observatrice de "la maison" qui n’avait jamais vu un tel nombre de conseillers prendre la parole. L’idée de construire un nouvel établissement a été adopté malgré 11 abstentions dont quatre parmi les sept vice-présidents (VP) d’Olivier Richefou. Ce fut un accouchement difficile et le travail a été long. Quant à ces débats riches d’enseignements, ils auraient dû, disons-le tout net, avoir eu lieu bien en amont.

- par Thomas H.

L’annonce de la fermeture avait déjà fragilisé le Président. L’idée de la construction met à mal sa majorité. Même si des circonvolutions dans les prises de paroles nombreuses ont été observées, on a beau dire « l’abstention n’est certes pas voter contre », c’est tout de même un signal envoyé à l’intéressé.

La forme sans doute, plus que le fond. Pour cet élue, la vice-présidente (VP) Marie-cécile Morice qui a voté pour le collège, « C’est la méthode qui nous a tous surpris, dans la majorité...  ». C’est dit et on ne peut pas plus clairement. Pour Nicole Bouillon (VP), plus dans la nuance : c’est une « décision sage, et le site de Jean Monnet a une âme ; il a été le site de l’École Normale,et on rend toutes ses lettres de noblesse à l’Éducation (...) ». Pour Valérie Hayer (LREM) en revanche, élue le matin même vice-présidente, elle a montré une position finalement très centriste : « je ne parviens pas à trancher dans ce dossier a-t-elle déclaré (...) Je salue ton courage, ton ambition pour le Département ; je vais choisir une position d’attente et m’abstiens (…)

Marie-Cécile Morice et Gérard Dujarrier qui s’est abstenu

Position d’attente. Pour Norbert Bouvet cet autre vice-président, qui pilote la commission qui devait statuer, comme le règlement l’oblige, avant le passage au vote en séance publique programmé dans l’examen du Budget 2018, pas simple d’apprécier la mise devant le fait accompli.

L’égo en prend un bon coup quand on apprend la veille que son président opte finalement pour le maintien et la construction d’un collège de substitution et qu’on n’est pas au courant. Une décision qu’il a prise au début de l’été. Non seulement cela crée de la « surprise », mais cela pourrait même saper un brin une certaine confiance. Bien que l’intéressé s’en défende et minimise en aparté, c’est sans doute «  la façon dont j’ai présenté le dossier, a dit Olivier Richefou à la tribune, que je me reproche (…) mais j’avais le sentiment que l’effet de surprise était nécessaire et qu’il fallait en passer par là (...) »

La méthode. Donc. Le débat fut « chaud » et tendu par moment. Envolé le consensus majoritaire qu’il est bon d’afficher publiquement pour éviter toute interprétation. Surtout quand la Presse est là. « Exprimer un avis contraire à son Président, c’est pas facile  » a dit Daniel Lenoir (VP) avant de confier qu’il s’abstenait. C’est sans doute pour cela qu’on y met de si longs préliminaires. Pour Gérard Dujarrier (VP), un crève-cœur : « c’est la première fois en 16 ans que je m’abstiendrais, a-t-il déclaré, parce qu’il y a des places disponibles dans d’autres collèges.. il y a des élèves qui passent 45 minutes en car en Mayenne pour rejoindre leur établissement... » Les quatre vice-présidents qui se sont abstenus ne sont « certes pas des opposants, mais, apportons un peu de modération dans les propos enflammés du Président » a déclaré au final Norbert Bouvet (VP) à qui il appartenait en tant que président de la commission économie, emploi, éducation et développement local, de conclure.

Fernand Puech-2, c’est « le sparadrap du capitaine Haddock » autrement dit « on a pas fini d’en entendre parler » a déclaré pince sans rire Vincent Saulnier, l’élu de Château-Gontier qui s’est abstenu lui aussi. UDI, du même bord qu’Olivier Richefou il a ajouté que «  le changement ça se cultive, il faut débattre et en parler  », parlant de ce dossier Puech comme une « jurisprudence (…) on sera attentif ; cette décision est précipitée, il y aura un point d’étape dans 5 ans (...) » sous entendu on verra à ce moment là.

Territoires ruraux contre territoires urbains. Au delà de la forme, certains élus sont allés sur le terrain de la concurrence entre ces deux mondes. La construction du collège Fernand Puech-2 favoriserait les espaces de villes au détriment des espaces ruraux. C’est le cas pour des conseillers départementaux du canton de Gorron, au nord du département.

Jean-Marc Allain a questionné : « que comptez-vous faire pour le collège de Gorron avec seulement 100 élèves sur 300 ? ». Françoise Duchemin, elle, a expliqué à propos des 7 millions d’euros que coûterait le nouvel établissement, que les élus du secteur qu’elle rencontre « ne comprennent pas cette somme (...) et puis nous sommes loin de Laval(...) ». Sous entendu qu’il y avait d’autres priorités. Olivier Richefou a rétorqué avec force qu’il « n’était pas bon d’opposer la ville à la campagne ! » et qu’il ne fallait pas aller sur ce terrain là. Routes contre éducation. Quant à Xavier Dubourg (VP) qui s’est déclaré pour l’idée de la construction, il a conclu en disant que « Nous sommes tous les ruraux de quelqu’un (…) on ne construit pas nos politiques départementales avec un mur, et à périmètre constant, sinon le département est mort d’ici à 20 ans ! »

Alexandre Lanoë et Béatrice Mottier

Jeunes et plus âgés. Anciens et modernes. Gérard Dujarrier a expliqué qu’il ne s’était jamais abstenu en 16 ans de mandat. Alexandre Lanoë et Béatrice Mottier (LREM), des conseillers départementaux urbains, ont voté Pour. Le premier a parlé de « pari pour l’avenir  » et a pointé ceux qui « se drapent dans l’abstention ». La seconde a dit partager la « passion » d’olivier Richefou pour ce « collège du XXIe siècle » et s’est déclarée à propos des débats « très heureuse de voir que discuter aboutisse à la construction ; il faut toujours donner raison à la discussion » parce « la passion et la raison ne sont pas incompatibles  ».

Élisabeth Doineau a voté Pour aussi. Pour « un collège avant-gardiste qui mette en avant la Réalité virtuelle. » Il faut que Fernand Puech-2 « mette en avant ce label, cette marque particulière et propre à Laval, sinon comment justifier un nouveau collège alors qu’il y a des places encore dans d’autres établissements (…) et en même temps a-t-elle ajouté un brin lyrique « si on avait attendu les bateaux dans le déserts, on aurait jamais construit le Canal de Suez. »

La Droite à part quelques exceptions a donc été dans son rôle. L’École historiquement est l’apanage de la Gauche et n’est pas forcément dans l’ADN du camps adverse. Ici, beaucoup d’élus ont pu se sentir "coincé" entre la priorité collège, compétence du Département et l’envie de ne pas se mettre sur le même pied d’égalité avec les idéaux de la gauche traditionnelle, même si cette construction était une idée made in Richefou. La gauche a d’ailleurs salué l’ «  issue heureuse » dans la voix de Guillaume Garot qui a fustigé « le coup d’éclat permanent » d’Olivier Richefou et réclamé, solennel et oubliant un temps le tutoiement, un « engagement ferme ; je vous met en garde a-t-il dit, il ne faudrait pas qu’on soit à nouveau face un revirement dans les années à venir, ce qui constituerait un véritable poison pour votre parole (...) »

Auparavant Olivier Richefou avait longuement expliqué pourquoi il avait donné cette impression de faire machine arrière. « Progression sur plusieurs années de la courbe des élèves ; 222 de plus ; éléments démographiques ; arrivée de familles nouvelles en Mayenne ; taux de chômage faible ; échanges de plus en plus nombreux entre la Mayenne et d’autres territoires ; augmentation du trafic SNCF ; LGV ; Zac de la Gare  », etc. Tout y est passé. Ce qui s’est voulu une explication de sa « volte-face », refusant ce terme et ajoutant : « Quel bonheur de construire un nouveau collège sur l’agglomération de Laval, le dernier, c’était à Azé », là où Michel Hervé, le président du Comité de Pilotage que tous ou presque ont salué pour le travail fourni, était maire !

La courbe des effectifs sur laquelle Olivier Richefou s’est basé

La Gauche, normal, a voté Pour. Christian Briand a salué « des débats de qualité  ». C’est vrai qu’on aimerait en général en voir plus souvent ! Pour le conseiller départemental d’opposition en phase, cette fois, avec le projet d’Olivier Richefou, « renoncer à un projet comme ça a-t-il développé, c’est continuer à dire à tous qu’on veut mourir. Il faut croire à ce collège ! (…) » Cherchant à rassurer ceux qui pensent que 7 millions d’euros, c’est beaucoup, il a ajouté « il n’y a pas de risque financier. Mais il faut une volonté ferme qui ne doit pas laisser de doute(...) »

L’assemblée n’a pas eu cette assurance. Le président s’est reporté aux documents écrits sur lesquels s’est fondé le vote, pour ne pas s’engager plus . Rappelons simplement ce que dit justement « l’additif au Rapport 2-03 sur le devenir du collège Fernand Puech ». On peut y lire qu’ « un point d’étape est fixé en 2020-2021 afin de mesurer l’évolution attendue de la démographie qui permettra de déterminer définitivement les éléments du calendrier et de décision relatifs à la construction du collège.  » « Déterminer  » et « définitivement ». On a donc pas fini, c’est vrai, de reparler du collège Fernand Puech !


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L’idée d’un Fernand Puech-2 fissure la majorité départementale

Publié le: 15 décembre 2017
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