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(c) leglob-journal Prendre conscience des souffrances des adolescents, en écrivant comment se déroule l’accueil des lycéens à l’infirmerie, c’est ce que propose cette infirmière scolaire en Mayenne. Du mal de ventre à la scarification, et parfois jusqu’à la TS (tentative de suicide), la vie lycéenne n’est pas qu’un long fleuve tranquille. Elle est parfois parsemée de rochers ou d’obstacles qui gênent son bon déroulement vers l’âge adulte. Et derrière chaque élève, il y a un sujet qui cherche à exister. Christine Simon est sur leglob-journal pour en parler en toute simplicité.

- Par Christine Simon

Plaintes liées au corps, multiples et variées, les bleus à l’âme qu’on vient déposer, une fatigue à soulager, les crises d’angoisse à décoder...et allez, je vous l’accorde aussi un devoir à sécher. Les raisons de passer à l’infirmerie sont multiples.

L’infirmerie dans un lycée, c’est un véritable refuge. L’endroit où l’on peut venir loger un mal être, être écouté sans se sentir jugé. Et si les mots viennent à manquer, tant pis, c’est un endroit où l’on peut se sentir accueilli, c’est déjà ça ! Les mots finiront peut être par venir, si la confiance est établie, si une accroche est possible. Pour ça, il convient de se garder de faire la morale, mettre ses principes de côté, et accueillir le jeune, tel qu’il est, là où il en est dans sa vie qui ne fait que commencer.

Lors des entretiens, ils peuvent exprimer des difficultés familiales, des relations conflictuelles avec la famille, les amis ; des choses qui leur paraissent anodines et dont ils réalisent en parlant l’importance que ça a pour eux. Ils sont surpris, ils ne le pensaient pas, et en fait, ils viennent d’apprendre quelque chose sur eux-même, et par eux-même ! Mais ce n’est pas toujours aussi simple. La fille ou le garçon est parfois tellement confus, perdu, qu’il n’a rien à dire, même pas que ça ne va pas. C’est le vide !

Au cours de l’année, il y a des pics de passage à l’infirmerie du lycée. Je vous entends déjà... « la grippe, la gastro... ». Oui, ça peut jouer. Mais ce n’est pas ce qui prend le plus de temps. En revanche, les périodes d’évaluation à l’approche des conseils de classe, les échéances de TPE, les inscriptions sur APB (Admission Post Bac), oui ... les notes, le bac, l’orientation, ça met une pression !

Que de découragement lorsqu’on a l’impression de ne pas avoir été récompensé à la hauteur de ses efforts ; que d’angoisse lorsqu’il faut faire un choix d’orientation quand on ne sait pas quoi faire ; que de saturation d’entendre parler « du bac, du bac, du bac  » !

À l’adolescence, les enjeux sont de taille ! C’est le moment de s’arracher à sa famille et d’envisager son avenir. L’adolescent est pris dans un conflit entre idéaux, recherche d’amour, volonté de jouissance, passages à l’acte comme le décrit si bien Hélène Deltombe, dans Les enjeux de l’adolescence. De quoi être déboussolé et ne pas avoir les mêmes priorités que celles de ses parents ou de ses professeurs ! Donc oui, il y a de quoi être déconcerté parfois devant le comportement d’un élève. Les formes d’expression sont propres à chacun. Plus ou moins bruyantes, plus ou moins visibles.

Ainsi, à l’infirmerie dans mon lycée en Mayenne, je reçois des élèves fatigués après plusieurs nuits d’insomnie, d’autres qui parviennent à confier qu’ils ont parfois des idées noires ; certains ont recours régulièrement à des scarifications, ou même ont déjà tenté de mettre fin à leurs jours...

Freud dans son introduction à une discussion sur le suicide écrivait ceci : « le lycée doit faire plus que de ne pas pousser les jeunes gens au suicide ; il doit leur procurer l’envie de vivre et leur offrir soutien et point d’appui à une époque de leur vie où ils sont contraints, par les conditions de leur développement, de distendre leur relation à la maison parentale et à leur famille. Il me semble incontestable qu’il ne le fait pas, et qu’en bien des points il reste en deçà de sa tâche : offrir un substitut de la famille et éveiller l’intérêt pour la vie à l’extérieur, dans le monde. »

Or, à l’Éducation Nationale, nous ne savons pas nous accorder du temps pour penser, inventer, innover pour agir sur le climat scolaire, faire baisser le niveau de tension, et donner les mêmes chance de réussite à tous les élèves. Faire appel à des professionnels de l’adolescence pour nous aider à comprendre le comportement de certains jeunes devrait devenir un réflexe naturel. Pour l’instant, nous sommes victimes d’une bonne « aquoibonite » aigüe !

N’attendons pas que l’élu(e) politique idéal(e), providentiel(le) fasse la réforme qui conviendra à tout le monde ! A chacun de saisir les perches qui sont parfois tendues.


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Par Christine Simon - L’infirmerie du lycée, des mots sur les maux

Publié le: 1er mars 2017
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