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Leglob-journal publie cet appel sous la forme d’une Tribune Libre écrite par des professionnels qui souhaitent garder l’anonymat et qui travaillent dans le champ de la Protection de l’Enfance sur le département de la Mayenne. Ils se mobilisent « pour porter une parole citoyenne et ne pas laisser sous silence les bouleversements écrivent-ils, tant au niveau des familles, que nous accompagnons, que les professionnels concernés, que suscitent les actuels appels d’offres. » Ces associations qui œuvrent pour la Protection de l’Enfance en Mayenne estiment être remises en cause collectivement « malgré leurs engagements et leurs réelles compétences, et doivent réaliser des économies en offrant des prestations à moindre coût », ce qu’ils souhaitent dénoncer.

- par le Collectif Protection de l’enfance 53

« La protection de l’enfance a pour but de prévenir les difficultés auxquelles les parents peuvent être confrontés dans l’exercice de leurs responsabilités éducatives, d’accompagner les familles et d’assurer, le cas échéant, selon des modalités adaptées à leurs besoins, une prise en charge partielle ou totale des mineurs. Elle comporte à cet effet un ensemble d’interventions en faveur de ceux-ci et de leurs parents.  » (Article L112-3 du Code de l’action sociale et des familles)

Tel est le principe qui régit notre secteur. Nous sommes éducateurs spécialisés, assistants de service social, conseillers en économie sociale et familiale, moniteurs-éducateurs, techniciens de l’intervention sociale et familiale, psychologues, surveillants de nuit, assistants familiaux, maîtresses de maison, mais aussi personnels administratifs, cadres hiérarchiques et techniques.

« Nos réalités de travail »

Nous souhaitons attirer votre attention sur nos réalités de travail. Lorsqu’un mineur est considéré en danger au titre de l’article 375 du code civil, une mesure judiciaire de protection peut être ordonnée par le juge des enfants. Il peut alors être temporairement éloigné de sa famille dans le cadre d’un placement, en famille d’accueil ou en structure collective, ce qu’on appelle les « foyers », afin que nous travaillions avec lui comme avec ses parents, à des solutions visant à la diminution du danger. Ou bien, il peut être maintenu dans son milieu de vie « naturel », au sein de sa famille : une mesure d’Action Éducative en Milieu Ouvert (AEMO) est alors ordonnée. Nous travaillons ainsi avec les parents et les mineurs, dans leurs familles.

Ces deux types d’intervention nécessitent des conditions sine qua non pour pouvoir être effectifs : il s’agit avant tout, avec ces enfants, adolescents, pères et mères, de se rencontrer, de s’accepter mutuellement, de créer un lien et de réussir à se faire confiance pour pouvoir travailler. Cela peut parfois prendre du temps avant que des parents acceptent de nous faire rentrer chez eux, ou que des enfants consentent à nous parler.

De plus, nous ne travaillons pas seuls. Chaque mineur, et chacun de ses parents, sont au centre d’un système autour duquel gravitent de multiples professionnels et institutions : nos « partenaires  » (établissements scolaires, professionnels médicaux et paramédicaux, services sociaux, associations et centres de loisirs, établissements spécialisés…) sont autant de protagonistes qui ont des rôles clés dans la vie de ces familles, et avec lesquels nous nous devons de nous coordonner.

« Accompagner au mieux ces familles »

Notre travail nécessite donc du temps et des moyens afin de pouvoir accompagner au mieux ces familles. Or, depuis plusieurs années déjà, la protection de l’enfance est l’objet d’une perte de moyens considérable : nous ne pouvons que constater, au quotidien, le nombre de placements qui ne sont pas mis en œuvre faute de places, et ces enfants contraints de rester « en danger » dans leur famille, les listes d’attente d’AEMO qui s’agrandissent, et ces familles qui passent parfois un an sans voir d’éducateur, démunis, assistant à la dégradation de leur situation sans aucune aide extérieure. De surcroît, la précarisation de nos emplois ne nous permet plus de travailler convenablement.

omment anticiper et aider une famille à se projeter lorsque nos contrats à durée déterminée ne dépassent pas les trois mois ? Que répondre aux familles qui n’ont « plus envie de réexpliquer  » leur histoire familiale aux trois éducateurs qui se sont succédé en l’espace d’un an, faute de poste fixe ?

En outre, au-delà de la protection de l’enfance, ce sont aussi nos partenaires qui voient leurs moyens de plus en plus restreints, et se retrouvent dans l’impossibilité d’exercer leurs rôles de manière satisfaisante. Diminution des places dans les établissements spécialisés, listes d’attentes qui s’allongent sur plusieurs mois voire plusieurs années dans les établissements de soins, etc.

Comment continuer à travailler ensemble lorsque nous nous entendons dire « nous ne pouvons rien faire, rappelez dans 6 mois  » ? Depuis plusieurs décennies, la précarisation de notre société engendre une dégradation des situations familiales et une multiplication des facteurs de risque pour les enfants : pauvreté, difficultés sociales, maladies psychiatriques, toxicomanies, etc., sont autant de problématiques qui se côtoient dans ces familles. La logique voudrait qu’au vu de ces évolutions sociologiques, des moyens plus importants soient alloués à ceux qui œuvrent à l’accompagnement de ces familles en difficultés. Mais cette logique n’est pas celle de nos financeurs.

« Entrer en concurrence et réduire les moyens financiers »

Aujourd’hui, le conseil départemental de la Mayenne, comme son voisin du Maine-et-Loire il y a quelques mois, et plusieurs autres avant eux, lancent une campagne d’Appels à Projets, visant à réorganiser la mise en œuvre de la Protection de l’Enfance par les associations habilitées dans le département 53. Il s’agit de remettre à plat l’existant sur le territoire, le travail aujourd’hui effectué par deux associations historiquement implantées depuis des décennies, et de les faire entrer en concurrence afin de réduire drastiquement les moyens financiers alloués, sous peine de voir leurs services fermer.

En effet, en prenant le risque de ne pas réduire assez nos coûts pour rester conformes à nos valeurs et notre ligne de conduite, nous nous exposons à l’éventualité que nos homologues se voient attribuer nos activités existantes et que nos services disparaissent. Ou même que de nouveaux prestataires, sans connaissance du territoire, des partenaires et des familles, prennent notre place, à moindre frais. Cette procédure, en plus de faire entrer en concurrence des associations exerçant des missions de service public, ne prend pas en compte les réels besoins du territoire : en effet, les besoins en termes de placements et de mesures d’AEMO ordonnées par les juges des enfants sont en perpétuelle croissance, tandis que le conseil départemental, dans ses Appels à Projets, nous impose de réduire nos places d’accueil et nos capacités d’action.

Faire plus rapidement, plus efficacement, en économisant au maximum, telle est la volonté du conseil départemental. Mais en diminuant les budgets, nous ne pourrons que perdre en qualité de travail. Ces économies ne pourront alors se faire qu’au détriment du bien-être des enfants.


1 commentaire
  • Merci de ce message qui relate l’évolution que l’on dit inéluctable de nombreux services sociaux . J’aurais aimé que dans la conclusion vous mettiez aussi en évidence que votre service est un investissement : toutes les études montrent le coût que représentent plus tard les ados et adultes qui n’ont pu bénéficier lorsqu’il en était temps l’aide dont ils avaient besoin. Pour le libéralisme, cela n’exsite pas ! bon courage

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« La Protection de l’Enfance nous concerne tous » écrit un Collectif au président du Département

Publié le: 22 juillet 2017
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