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La nouvelle réorganisation de l’accueil des élèves à Laval a décidément bien du mal à passer. Après Antoine Caplan du PS 53, c’est à présent à la FCPE 53, la Fédération des Conseils de Parents d’Élèves en Mayenne, de réagir à travers une Tribune. « Fin juillet explique-t-elle, un courrier de la mairie de Laval prévenait les familles qu’à compter de la rentrée de septembre 2017, il n’y aurait plus d’accueil périscolaire à partir de 7h ; désormais, les portes de l’école ne s’ouvriraient plus qu’à 7h30 puis à 8h. » Avec le sentiment désagréable d’avoir été mis devant le fait accompli, la FCPE 53 demande plus de concertation et se dit prête à travailler au bien-être des élèves et de leurs familles, d’autant qu’il serait question d’un retour sur les écoles de Laval à la semaine des quatre jours.

- par Nadège Davoust*

Un problème de communication. Les parents qui se trouvaient en vacances fin juillet n’ont donc reçu l’information que mi-août ! Certaines familles ont donc eu moins de quinze jours pour mettre au point une nouvelle organisation, dès lors que les nouvelles modalités d’accueil ne correspondaient plus à leurs horaires de travail.

J’ai ainsi rencontré une maman qui élève seule ses enfants et qui a dû improviser dans l’urgence une solution de garde avant 7h30 (payante, évidemment), puisque elle embauche dès 7h15. Cette situation paraît singulièrement injuste : les horaires atypiques concernent en premier lieu les personnes des classes populaires... Ce sont à la fois ceux pour lesquels les modes de garde payants demandent des efforts substantiels, et ceux qui se sentent généralement peu légitimes à contester les décisions des institutions.

Des réponses étonnantes

La FCPE 53 a rencontré la municipalité dès septembre 2017. Mme Clavreul, adjointe à l’Éducation, nous a expliqué que les nouvelles modalités d’accueil répondaient à des injonctions du préfet. Cet argument a d’ailleurs été mobilisé dans tous les conseils d’école, puis dans la presse. Pourtant, lors du Conseil départemental de l’Éducation Nationale (CDEN) du 09 novembre dernier, le Préfet de la Mayenne, M. Frédéric Veaux, l’a formellement démenti, en rappelant que chaque maire est responsable de l’accueil des enfants dans les écoles de sa commune et que le Préfet n’a pas le pouvoir d’ordonner quoi que ce soit en la matière.

En pratique, nous avons demandé que l’accueil du matin soit proposé dès 7h, comme auparavant ; on nous a répondu qu’il y avait trop peu d’élèves concernés pour que la Ville puisse en tenir compte – une réponse qui n’a pas manqué de nous étonner, étant donné que dans l’école de ma fille, pour ne prendre que cet exemple, il y avait déjà une dizaine de petits quand je la déposais à 7h30. Nous avons également proposé une ouverture des portes intermédiaire, à 7h45 ; on a balayé cette suggestion, qui équivaudrait selon nos interlocuteurs à laisser les portes grandes ouvertes.

Les conséquences au quotidien sont regrettables. On voit désormais des tout-petits attendre l’ouverture de l’accueil dès 7h30, alors que le travail de leurs parents commence à 8h et qu’ils pourraient bénéficier de 20 à 30 minutes de sommeil supplémentaire. Des parents se disent stressés car il leur est difficile d’arriver à l’heure devant les établissements scolaires – et ce stress rejaillit forcément sur leurs enfants. Enfin, certains élèves attendent seuls devant l’école car leurs parents ne peuvent à la fois être auprès d’eux et sur leur lieu de travail.

Un désengagement préjudiciable

La municipalité de Laval estime que ce n’est pas de sa responsabilité ; il me paraît pourtant que la politique consiste précisément à construire le cadre dans lequel il est possible de bien vivre ensemble, plutôt qu’à accuser les uns ou les autres de ne pas assumer des injonctions sociales contradictoires.

Pour tester la solidité de nos observations, la FCPE 53 a adressé en octobre un questionnaire aux écoles de Laval.

Les représentants de parents de quatre écoles (Alain, Dolto, Michelet, Pergaud) ont conduit une enquête détaillée auprès des parents. Dans leur grande majorité, les répondants estiment que le nouveau cadre n’a pas d’effet positif sur la sécurité – voire un effet négatif, car il favorise les attroupements aux abords des établissements scolaires. De fait, on se demande où est la réflexion sur la sécurité quand des familles s’agglutinent tant bien que mal sur les trottoirs, le long de la route, et alors même que les plans Vigipirate commandaient jusqu’alors de ne pas s’attarder aux entrées des écoles !

Même les sondés qui se déclarent plutôt favorables à cette mesure ne comprennent pas pourquoi l’accès à l’école est sévèrement restreint le matin, alors qu’on peut souvent y entrer sans difficultés dans l’après-midi… que signifie cette « sécurité » à géométrie variable ? Par suite, plusieurs mettent en doute la sincérité de l’argument sécuritaire : celui-ci n’explique pas, notamment, pourquoi l’accueil du matin n’a plus lieu entre 7h et 7h30. La motivation réelle ne serait-elle pas le souci d’économie ? Pour le reste, le questionnaire confirme toutes nos impressions en matière de stress, de sommeil lacunaire, d’attentes évitables à subir les intempéries, etc.

Pour nous, il est donc primordial que la Ville apprenne à associer davantage les parents d’élèves. Nous ne comprenons pas qu’il n’y ait eu aucune concertation préalable à cette décision. Cela aurait évité à la fois les couacs en matière de communication et nous aurions pu imaginer collectivement des solutions plus adaptées (moments d’ouverture des portes plus pertinents, digicode, etc.).

Réengager le dialogue

Nous demandons donc à la municipalité de réengager le dialogue sur cette question. Plus globalement, il faut que les avis des familles soient mieux considérés. Il existe des interlocuteurs légitimes : notre fédération en est un exemple, mais il y a aussi tous les parents élus aux conseils d’école. De nombreux sujets mériteraient d’être discutés de manière concertée : les temps scolaires et périscolaires, la restauration collective, le contenu des activités périscolaires, les dispositifs de soutien aux publics en difficultés, etc. Pour l’instant, les représentants de parents sont totalement exclus de ces discussions, alors qu’ils peuvent être à la fois gages de vigilance, sources de proposition et vecteurs d’informations.

Tout cela en direction des institutions mais aussi, en retour, en direction des autres parents, car un nouveau cas se présente : on nous demande aujourd’hui de répondre à un questionnaire qui donne à comprendre, dès le premier abord, que la municipalité de Laval souhaite revenir à la semaine de quatre jours. Où se trouve la réflexion sur les rythmes de l’enfant et sur la plus-value des cinq matinées d’enseignement hebdomadaires ? Par ailleurs, si l’on devait revenir à quatre jours d’école par semaine, quelles seraient les conditions ? Les accueils seront-ils payants ? À quel coût ? Comment l’organisation et le budget des familles seraient-ils réellement impactés ? Assurément, les parents méritent davantage d’informations et de prise en compte.

*Présidente de la FCPE 53


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La Ville de Laval doit repenser l’accueil du matin avec les familles - Par la FCPE 53

Publié le: 19 décembre 2017
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