« La crise, quelle crise? »

« La crise ! Quelle crise ? » interrogeait plein écran Yves Montand, en Février 1984. C’était dans une émission d’Antenne 2 « montée » de toute pièce par la chaîne de service public. Une émission en plusieurs épisodes plutôt bien faite et qui avait pour but de modeler l’esprit des Français face à cet épisode économique qui imposait d’abandonner les promesses électorales faite par François Mitterrand. «Vive la crise!» disait Montand pour casser le cou à la sinistrose.

Par Thomas H.


lettreebig-8.jpgn 1983, le 25 mars par la voix de Jacques Delors alors ministre des finances, le gouvernement Mauroy décréta ce qu’on appela plus tard « le tournant de la rigueur» . La crise sévissait déjà et il fallait à la Gauche arrivée aux responsabilités depuis 1981 continuer de donner espoirs aux Français qui avaient voté pour le changement. Alors on fit appel à Yves Montand.

Des années plus tard, la Gauche a repris les manettes et le changement annoncé peine à se concrétiser pleinement. La faute à «la crise»

Alors qu’en Grèce « les salaires ont baissé de 30% en 2 ans, soit une diminution de revenus de 50% pour les familles » selon un professeur d’Université cité par Le Monde, la France connait ce qu’il est convenu de nommer « un budget de rigueur de gauche », qui doit permettre de consentir un « effort de 30 milliards d’euros » dont 20 milliards en hausse d’impôts. Un budget de « combat » a insisté le Premier ministre sur le perron devant sa maison. Un combat pour «plus de justice sociale » .

Des hausses d’impôts qui devraient affecter 20% des français dont les plus « riches », alors que le seuil de 3 millions de chômeurs a été dépassé, en raison d’une hausse des fins de Contrats à durée déterminés, une baisse des embauches par les agences d’intérim et des plans sociaux savamment retenus dans les cartons par le petit monde économico-industriel qui sait se souvenir des avantages consentis et qui peut « porter coton » quand c’est nécessaire.

Sans précédent

La crise, elle est « sans précédent » martelait l’ancienne majorité pour à la fois atténuer sa défaite aux Présidentielles et aussi pour agiter le chiffon rouge de la peur comme stratégie de communication politique. Ce que s’empressent de faire en continue certains éditorialistes sur les plateaux de télévision ou bien en couvertures des news magazines.

Nous y voila ! Au pied du mur ! Pourtant rien à voir avec ce que connaissent les pays du sud comme l’Espagne, le Portugal, la Grèce, ou même l’Italie.

En France « […] la crise, quelle crise ? Tout le monde en parle autour de nous comme un désastre. Avouons pourtant que ce désastre là n’est pas spectaculaire, enfin je veux dire comparé avec ce qui se passe ailleurs dans le monde ! […] Pour la plupart des gens, la crise ce n’est encore qu’un mot ! Et oui car nous mangeons à notre faim, et sommes en paix. Le pays profite malgré certaines inégalités de privilèges incroyables. Le problème, c’est que ces privilèges nous y sommes tellement habitués que nous ne les remarquons plus ! […] disait avec sa belle voix grave l’acteur, Yves Montand, le magnifique valet de La Folie des Grandeurs qui avait mis tout son talent à l’époque au service de la Gauche au pouvoir.

Confiant pour l’avenir

hollandeelu1-6.jpg286 millions d’euros de bénéfice net en 2012, en hausse de près de 60% par rapport au semestre de référence de 2011 ! Le groupe de luxe italien en question ne connait pas la crise et se dit même « confiant pour l’avenir proche». Comme Yves Montand, ses dirigeants doivent estimer que « la crise, ce n’est encore qu’un mot ». Pas de moral dans les chaussettes ! Pas de difficultés pour boucler les fins de mois pour « Le diable [qui] s’habille en Prada ».

Pas questions, ici, de diaboliser qui que ce soit ! Mais des dividendes qui sont distribués après des « plans de licenciements boursiers » et des entreprises du Cac 40 qui paient moins d’impôts que des PME, c’est « fort de café » et cela « fait mal à l’ouvrier » comme on pouvait encore le dire quand la masse ouvrière comptait numériquement.

Les salariés d’ArcelorMittal à Florange en Moselle par exemple sont sans doute d’accord avec ça, parce qu’ils vivent les effets de « la crise » de plein fouet !



Laisser un commentaire