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L’acte est inédit en France, et c’est en cela peut-être qu’il est révélateur. Un chômeur en fin de droits s’immole par le feu devant une Agence pour l’emploi. Que cela se passe à Nantes où ailleurs, c’est inadmissible et intolérable. Au delà de la tragédie d’une vie perdue, celle de Djamal, cet évènement devrait tous nous donner à réfléchir.

Car cette immolation confère à notre pays un bien curieux statut. Celui d’une nation qui a délibérément oublier, encore un peu plus, les droits humains élémentaires qu’elle a pourtant elle-même portés au plus haut.

En Tunisie, Mohamed Bouazizi avait déclenché un soulèvement hors du commun. Il s’était lui aussi immolé par le feu. En France, ce n’est pas ce qui s’est produit. Si les réactions sur le coup dans la classe politique ont été fortes y compris au sommet de l’Etat, depuis plus rien. Un silence presqu’assourdissant. Comme si c’était inexorable. Comme si l’on ne pouvait rien faire et surtout ne pas revenir en arrière.

L’acte du jeune tunisien s’est produit certes dans un pays où l’oppression était insupportable, physiquement, économiquement, moralement. Mohamed n’avait plus hélas que cette extrémité pour attirer l’attention et focaliser sur la situation dans laquelle il se trouvait. Mais Djamal, vraissemblablement aussi. En France, où il faut raison gardée en toute circonstance, l’acte de désespoir de notre chômeur en fin de droits est finalement du même ordre qu’on le veuille ou non que celui du jeune tunisien. Mais cette comparaison ne nous fait pas forcément plaisir.

Et si c’était le système qui voulait cela. Le système économico-social qui commence à faire des siennes parce qu’il a été durci physiquement, économiquement, et moralement ses dernières années par des politiques réduisant volontairement les droits des demandeurs d’emploi. Un « dérèglement » qui a entrainé une lente mais certaine dérive oppressive de la gestion froide de la masse des salariés laissés pour solde de tous comptes.

Ceux qui sont devenus depuis des décennies de simples variables d’ajustement ; des hommes et des femmes qu’on licencie par exemple par paquet, des paquets de neuf pour éviter la contrainte du Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Des hommes et des femmes rejetés par centaines ou même par milliers, quand on ne ferme pas des usines.

Résultat : le nombre de chômeurs en fin de droits a fait un bond spectaculaire : de 90 000 en 2011, il est passé à 98 000 l’an dernier. Et l’on comprend pourquoi il est bien difficile pour la classe politique, les décideurs et même les journalistes-éditorialistes de s’emparer de ce dossier qu’a voulu ouvrir pour nous Djamal.

Tous, ensemble ils se retrouvent dans une certaine complicité et donc tous ensemble, à des degrés divers, ils sont montrés du doigt comme responsables. Et ne parlons même pas de culpabilité ou même de simple sentiment de culpabilité, car le système lisse les implications et les dilue, et le temps qui passe en faisant perdre la mémoire immédiate, fait tout simplement le reste.


1 commentaire
  • La fin au bout des droits 24 décembre 2013 03:37

    Le passage à l’acte de l’immolé par le feu de Nantes est en effet inadmissible et intolérable sur le plan humain. Son ombre plane au-dessus de la tête des agents de PE au quotidien. Cependant la presse n’a pas bien relayé 2 aspects de cette tragique histoire : tout d’abord, ce chômeur a été reçu par le personnel de PE et a été informé précisément de sa situation. ET, ce demandeur d’emploi a sans doute été amené au désespoir car il avait triché et utilisé Pôle Emploi comme "banquier". La convention d’assurance chômage prévoit de sanctionner les tricheurs qui travaillent et ne le déclarent pas à PE. Il paraît normal à chacun de ne pas recevoir les allocations chomâge alors qu’on travaille ! Les demandeurs d’emploi sont informés dès leur inscription de leurs droits et obligations envers PE. S’ils fraudent, ils sont pénalisés quand ils souhaitent avoir un réexamen de leurs droits puisque PE ne retient pas les périodes non déclarées pour ouvrir de nouveaux droits. Sur cet aspect là, il n’y a rien à dire. Maintenant un tout autre sujet sur le marché du travail : dans le cadre de la libre circulation des biens et des personnes en Europe, un sujet important concerne l’arrivée des roumains et des bulgares sur le marché du travail européen au 1er janvier 2014 et ne semble pas passionner la presse. Et pourtant, que faut-il en attendre ou en craindre ??? Au plaisir de vous lire,

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La fin au bout des droits

Publié le: 20 février 2013
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