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Stupeur et incompréhension ! 15 Juin 2018, alors que les conseils de classes sont bouclés, que les élèves de Seconde, calés dans leur orientation de première STMG (Sciences et Technologies du Management et de la Gestion), attendent l’ouverture des inscriptions définitives, voilà que le Directeur Académique des Services de l’Éducation Nationale (DASEN) en Mayenne bouleverse leur affectation dans leur lycée, sans préavis. Proviseurs, enseignants, familles apprennent, atterrés, que la « mesure est irrévocable ». Selon les propos de la hiérarchie académique : les sections STMG devront se composer de 35 élèves ; les lycées Victor Hugo de Château-Gontier, Lavoisier à Mayenne et Rousseau à Laval sont tenus d’envoyer leurs élèves "surnuméraires" dans la nouvelle section du lycée Ambroise Paré spécialement créée pour les accueillir. Récit.

Par Marrie de Laval

Revendications affirmées - photo leglob-journal

Des revendications affirmées - © leglob-journal

Ce père de famlille est inquiet pour son fils et raconte au Glob-journal : « Il va sans doute devoir partir à Laval, au lycée Ambroise Paré. Il devra se lever à 5 H15 chaque matin, marcher 40 minutes pour rattraper l’arrêt du car de 6 H 15, arriver à l’arrêt du quai Gambetta à Laval et se presser de remonter en 20 minutes sur le lycée pour commencer à 8 Heures. Le soir, il rentrera au mieux à 19 Heures  ».

Le trois juillet à 17 Heures, se tenait en Préfecture le CDEN (Conseil Départemental de l’Education Nationale). Il se déroule traditionnellement sous la co-présidence du Préfet et du président du département avec 10 membres représentant les collectivités locales (communes, département, région), 10 membres représentant les personnels (selon une répartition syndicale), 10 membres représentant les usagers (en pratique, les syndicats de parents d’élèves).

Devant les grilles de la préfecture, sont regroupés des enseignants des lycées impactés, des parents et leurs enfants, très en colère envers la hiérarchie académique. C’est que l’annonce a été brutale, faite sans ménagement et sans réponse quant aux questions pratiques qu’engendrait ce bouleversement à deux semaines de la fin de l’année scolaire.

Comme beaucoup d’adolescents, il devra faire ce périple, été comme hiver. Marcher de nuit sur le bord de la route, même avec un gilet jaune, par tous les temps, c’est particulièrement cruel. Cela rappelle les récits des parents ou grands-parents qui parcouraient à pieds des kilomètres pour rejoindre leur école primaire, sauf qu’aujourd’hui, le trafic routier est tout autre. Même à 80 kilomètre-heure, un véhicule qui vous frôle reste un danger. Nous ne sommes plus au début du 20e siècle. Les familles sont en droit d’attendre une meilleure situation pour leurs enfants. Sinon, il n’y a plus d’espoir de progrès social pour les générations à suivre. Hélas, le CDEN a traité le dossier des STMG (Sciences et Technologies du Management et de la Gestion) en vingt minutes. Le Directeur académique des Services de l’Éducation Nationale (DASEN) Denis Waleckx est resté campé sur sa décision.

Sentiment d’abandon

Des filières et une jeunesse sacrifiées ? C’est bien là le problème, avec un sentiment d’abandon et de "casse sociale" parce qu’il s’agit de la filière STMG, version moderne de l’ancien Bac G2, pas vraiment "général" et pas franchement "technologique".

Selon un enseignant du lycée Victor Hugo de Château-Gontier, l’annonce a été faite par le proviseur le 15 juin dernier, après les conseils de classes. Un collectif regroupant des enseignants et des familles s’est aussitôt constitué pour l’occasion. «  Le Recteur, monsieur Maroix, n’a jamais voulu nous recevoir malgré nos demandes d’audience. Nous avons seulement pu rencontrer monsieur Wallecks, le DASEN, pour obtenir des précisions. Le 20 juin, après plus d’une heure de discussion, si monsieur Wallecks a bien admis l’effet de surprise, il n’en demeurait pas moins que pour lui, la décision était actée, irrémédiable. Alors que le lycée Victor Hugo a toujours préféré des séries STMG en "petit" effectif de 25 élèves par classe pour bien encadrer ces jeunes qui méritent une attention soutenue pour garantir leur réussite, la hiérarchie raisonne sur des classes de 35 élèves. De sorte que le lycée de Château-Gontier ne conservera qu’une classe et doit se séparer de 14 enfants.  »

Pour la cession 2017 du bac STMG, les taux de réussite vont de 93 à 100 % dans les cinq lycées du département. Cette année 2018, nous avons la classe des 2000, forte cohorte ; et dans deux ans, il y aura une autre pression avec les 2002.

Monsieur Brard, un père en colère - photo leglob-journal

Le père, d’un élève, en colère - © leglob-journal

Admettre de fermer des classes aujourd’hui en espérant qu’elles rouvriront ensuite alors que, dans le même temps, le projet de réforme du baccalauréat, applicable dans trois ans, n’évoque pas la formation STMG est préjudiciable aux jeunes qui entrent en septembre prochain en première STMG.

Découragement

En revanche, la raréfaction annoncée le 15 juin dernier décourage déjà les candidats à la formation dans les lycées Victor Hugo de Château-Gontier et Douanier Rousseau de Laval. Cet élément est clairement posé dans le courrier du collectif lors d’une demande d’audience, vaine, auprès du Recteur « Le changement de la règle du jeu après la fin des procédures d’orientation exprime un mépris profond des familles, censées être au cœur du système. En effet, chacun sait qu’elles intègrent la localisation dans leur stratégie familiale d’orientation. » selon les termes même du collectif

Parce que rappelons-le, la procédure d’élaboration d’une classe, pour la rentrée suivante débute en décembre pour se boucler en mars. Les propositions de créations, suppressions, transformations d’emplois à titre définitif ou provisoire sont soumises au Comité Technique Paritaire Départemental fin mars. Des ajustements peuvent encore intervenir durant mai et jusqu’au 30 juin.

Si des points restent à trancher, au moins sont-ils identifiés et les familles, invitées à poser leurs vœux connaissent les points de blocage. Or, dans le cas présent, le recteur a semble-t-il attendu la fin des vœux et le bouclage des conseils de classe pour imposer de nouvelles conditions dans l’établissement de la carte scolaire.

Et la catastrophe scolaire annoncée par le collectif est là, comme le décortique froidement le ministère de l’Éducation Nationale «  A ce jour, sur les 14 élèves concernés [Du lycée Victor Hugo, NDLR], deux ont accepté une affectation sur Laval. Les autres ont retravaillé leur projet d’orientation avec le chef d’établissement du lycée Victor Hugo et ont trouvé des solutions sur Château-Gontier en voie générale, voie professionnelle ou en redoublement. Un seul élève pour l’instant refuse toute solution.  »

Tous ces jeunes avaient été orientés en STMG parce que la filière générale risquait de les mettre en difficultés. Le recours aux faibles effectifs des classes envisagées permettait de soutenir ce "public fragile", comme le souligne le collectif du lycée Victor Hugo de Château-Gontier. «  Les regroupements induisent des classes à 35 qui nuisent, en pratique, à la réussite des élèves dont le niveau où la motivation sont incertains  » selon cet extrait de la motion du Conseil d’Administration (CA) du Lycée en date du 26 juin dernier. « Cette classe avec des profils d’élèves difficiles » extrait cette fois de la lettre de demande d’audience auprès du Recteur. Il y avait une solution pour les mener avec succès jusqu’au baccalauréat, la décision du rectorat compromet sans équivoque l’avenir de ces jeunes.

Des manifestants déterminés - photo leglob-journal

Des manifestants déterminés devant la Préfecture à Laval- © leglob-journal

Interrogé, le directeur de la communication du rectorat de Nantes, Stéphane Orhan, a expliqué au Glob-journal que « certaines formations trop peu demandées en terme d’effectifs doivent être ponctuellement organisées et répartie au mieux sur le territoire du département afin que le temps de trajet ne soit pas un obstacle insurmontable pour les élèves ».

Le discours sur la bienveillance a ensuite pris le relais. Mais quand il a fallu expliquer pourquoi en dépit d’un calendrier d’orientation sans information sur d’éventuelles difficultés, la décision de fermeture de classes avec création d’une unité supplémentaire sur Laval a été évoquée, la discussion a tourné court. L’embarras est tel que le Recteur d’Académie n’a pas souhaité répondre à nos questions. Ce même silence devient particulièrement regrettable lorsque les proviseurs des lycées concernés déclinent toute demande de notre part.

Les enseignants, eux, s’expriment mais admettent qu’ils sont presque aussi démunis que les familles et les jeunes. «  Les effectifs à trente-cinq élèves est une vraie exigence en filière générale et technologique », explique Stéphen Merrer, professeur de physique-Chimie au Lycée Victor Hugo.

«  Si dans les textes, cela s’applique aussi aux jeunes de STMG, nous avons toujours eu une certaine latitude pour alléger les classes pour mieux encadrer et soutenir les jeunes. Je n’ai jamais connu une telle exigence durant toute ma carrière » ajoute l’enseignant.

Raisons comptables en embuscade

Personne ne l’évoque ouvertement, mais pour la prochaine rentrée, il existe bien un "trou d’air" pour remplir deux classes complètes (70 élèves) de première STMG. Conscient de cette difficulté, le lycée Victor Hugo a tenté d’ouvrir une demi-section STI2D (Sciences et Technologies de l’Industrie et du Développement Durable) pour compléter la demi-section STMG. « l’établissement avait décidé en Conseil d’Administration de créer des groupes de 24 [et non de 35, taille maximale d’une division en pratique, NDLR] après le refus par le Rectorat de la proposition faite par l’établissement de remplacer une demi-division de STMG par une demi-division de STI2D » détaille la motion de protestation du CA du lycée. De sorte qu’il apparaît bien que le Rectorat soit conscient de la difficulté ; mais ne semble pas préparer le terrain auprès de la direction de l’établissement, ni auprès des familles ni des jeunes.

Plus « insupportable » pour le sens du service public et l’attention portée aux familles et aux élèves, le ministère de l’Éducation Nationale justifie sa décision ainsi : « La classe n’a pas été fermée mais transférée de Château-Gontier à Laval afin de tenir compte à la fois de la baisse des demandes de Première STMG émanant du secteur de Château-Gontier (-14 demandes par rapport à l’an passé) et de la hausse de ces demandes émanant du Lycée Lavoisier de Mayenne (+15 élèves). Le transfert sur la ville centre du département [Laval, NDLR], à égale distance des deux villes précédemment citées, vise donc à satisfaire l’ensemble des vœux des élèves du département ayant souhaité cette orientation, sachant que, à partir de Château-Gontier comme à partir de Mayenne, il existe un transport collectif quotidien pour se rendre à Laval. »

Et donc, tant pis si vous ne pouvez pas vous rendre facilement depuis votre domicile jusqu’à Mayenne ou Château-Gontier, comme l’a détaillé le parent d’élève au début de cet article.

L’élève au centre ?

Les membres du collectif déplorent également un manque de soutien de la part de Géraldine Bannier, député de leur circonscription (rappelons cependant que cette ancienne professeur de Latin en collège a pourtant sû défendre ses convictions et faire grève lors du projet de réforme de cet enseignement jugé élitiste par la ministre Najat Vallaud-Belkacem sous la présidence de François Hollande).

Contactée via sa permanence dans sa circonscription par le collectif du Lycée Victor Hugo, la député a décliné l’offre d’assister au dernier conseil d’administration. « Malheureusement, je ne pouvais pas m’y rendre du fait d’un autre rendez-vous dans mon agenda au même moment. » confirme-t-elle. Dommage qu’une autre forme de soutien n’ait pas été envisagée par l’élue auprès des familles alors qu’en même temps, c’est par son intermédiaire que leglob-journal a pu connaitre l’analyse du ministère de l’Éducation Nationale.

Décidément, le milieu scolaire souffre en Mayenne ! En se rappelant les diverses fermetures de classes qui obligent à des regroupements scolaires perturbant la vie des familles, remettant en cause l’attractivité des communes, la mobilisation des parents et des équipes du collège Fernand Puech à Laval, les menaces qui pèsent sur certaines spécialités du Lycée agricole, toujours à Laval, il va devenir compliqué de croire au discours bien rodé de la part de l’Académie sur la « bienveillance » et les choix pédagogiques plaçant « l’élève et sa famille au cœur du dispositif ». Les derniers arbitrages et exigences ministériels de réduire le nombre des fonctionnaires s’imposent visiblement aussi à l’Éducation Nationale, ce qui n’augure rien de bon pour nos enfants et la qualité de la société de demain.


1 commentaire
  • Plus attentive au dossier que ne le suggère l’article et bien que n’ayant pu rencontrer le collectif, j’ai bien relayé auprès du ministère l’inquiétude et la colère des familles concernées ; la réponse qui m’a été faite, argumentée, ne laissait pas de marge de manœuvre : le transfert a été justifié par des demandes en augmentation sur Mayenne et en diminution sur Château-Gontier, d’où le recentrage décidé ; on m’a indiqué aussi que 12 des 14 élèves avaient revu leur projet pour rester sur Château-Gontier et que l’effectif de 35 serait allégé par des dédoublements... Il serait évidemment souhaitable que le plus possible ce genre de décision soit travaillée en amont afin de perturber le moins possible les équipes enseignantes et les élèves dans leurs parcours. G Bannier

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La réorganisation départementale des classes STMG, « en dépit des élèves »

Publié le: 2 septembre 2018
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