La rupture inventée

Ci-dessus : citation sur un mur en ville de la phrase emblématique du Président français prononcée au Salon de l’Agriculture à l’encontre d’une personne refusant de lui serrer la main.


La rupture, comme moyen de distanciation. La rupture, c’est certain, est la conséquence de trois ans de «nouveau régime». Un régime encore démocratique, certes, mais bien plus autoritaire qu’il n’y paraît. Silvio Berlusconi récemment de passage à Paris a fait l’éloge du « présidentialisme à la française ». Diable ! La rupture est sournoise, de moins en moins acceptable et durable. Un peu plus de 30% seulement d’indice de satisfaction selon les sondages au crédit du N°1 français

La rue et les champs

La rue n’y croit plus. La rupture comme argument de dynamisme devait entraîner « des réformes nécessaires et remettre la France en marche« , l’électorat « populaire » sur lequel la victoire a été possible n’est plus dupe. La distanciation est perçue actuellement comme une rupture, mais une rupture de recul et même par les « vrais gens ».

Les « vrais gens » ce sont ceux qui sont loin de l’appareil politico-médiatique lui-même déconnecté de la réalité, parce que les élites vivent dans les villes-centres, en milieu urbanisé, sans trop de souci et loin de là où la rupture justement insidieusement s’est opérée. Alors on se raccroche à l’argument de la crise « contre laquelle on ne peut rien faire« .

L’abstention régulièrement aux rendez-vous citoyens du suffrage universel est le point culminant de cette rupture-là que le candidat élu était loin d’avoir imaginée le soir où il s’est réjouit tout de suite après sa désignation démocratique par les urnes,de sa prise de pouvoir au Fouquet’s. Avec ses « amis ».

Beaucoup de ceux qui se sont exprimés par les urnes ont le sentiment que leur vote a été inutile
Beaucoup de ceux qui se sont exprimés par les urnes ont le sentiment que leur vote a été inutile

Au nom de la pensée unifiée, de l’idéologie, (que de grands maux !) le fossé s’est creusé et pas seulement dans le camp politique opposé mais aussi dans la propre famille du Président. Le curseur du rassemblement n’a pas été poussé suffisamment. La chanson sonnait faux.

Et c’est l’électorat, ce grand corps malade qui a été affaibli. Les abstentionnistes sont légion. Dans des communes rurales par exemple du Sud Mayenne, il a été constaté « des taux avoisinant les 25% pour le Front National » confie un député mayennais.

C’est la rue qui ne croit plus et les champs non plus. L’électorat des agriculteurs tourne le dos à ses amours politiques de toujours, une droite conservatrice. Pour épouser des solutions plus extrêmes.

La rue ne peut plus se référer à la contestation démocratique comme moyen d’expression. « Désormais, quand il y a une grève, personne ne s’en aperçoit » en France. C’est comme cela que Nicolas Sarkozy se félicitait devant les télévisions, avec un énorme sourire aux lèvres, d’un des effets de ses réformes. C’était en Juillet 2008.

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Et souvenez-vous des étudiants qui n’ont pas souhaité les journalistes dans leurs assemblées générales au plus fort de leur mouvement de contestation contre la réforme des Universités en devenir, les « confinant » dans un périmètre tracé à la craie sur le bitume. Une grosse partie de la jeunesse est donc devenue de plus en plus méfiante. Empreinte de cynisme et déjà réticente alors qu’elle n’est pas vraiment encore entrée dans le monde du travail.

C’est tout dire. Cette rupture est définitivement consommée, avec les enseignants aussi, comparés aux gens d’église qui seraient plus capables de discernement. Ce fut aussi la rupture de ceux qui ont choisi la grève pour s’exprimer et qui en avaient assez que l’on dise à longueur de journaux télévisés qu’ils « prennent en otage les usagers ».

La prise d’otage est un crime qui est passible de la réclusion criminelle, pas la grève qui demeure encore un droit constitutionnel !

Cette rupture ce fut également celle des gens de « la France d’en bas ». Ceux confinés par la force des choses dans les quartiers appelés sensibles et déshérités, qui marchaient dans la rue pour protester contre la mort de 2 adolescents de Villiers-le-Bel en région parisienne. 2 mômes coursés par la police.

Ceux qui se trompaient de cible et empêchaient micros et caméras d’approcher, et s’en prenaient finalement aux journalistes devenus persona non grata. Des journalistes considérés comme complices et symboles d’un pouvoir politique rejeté. Rupture là aussi.

Société malmenée

Ces ruptures, ces fractures, ces cassures sont révélatrices de l’état de la société française, actuellement réticente. Réticente désormais à s’exprimer par peur sans doute que cela soit
« retenu » ou déformé ou même instrumentalisé.

La peur procède de la vraie rupture. Ce qui fait peur, il faut s’en éloigner. C’est une relation qui s’effiloche. La véritable rupture, c’est ce lien qui s’est distendu. Plus qu’un désamour, un indicible sentiment de crainte et de rejet qui s’est amplifié.

Car pour le reste, il s’agit de la même politique, celle de l’optimisation, et de la réforme par la suppression. Une politique identique à celles des décideurs précèdents, Chirac, Jospin, Raffarin, De Villepin mais avec une musique dont le volume et la tonalité ne sont allés qu’en s’accentuant. Et maintenant ?

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