| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

Des sourires, une écoute attentive, une poignée de main, ce n’est pas anodin dans le petit monde de la politique.

La poignée de main a valeur de symbole, comme celle que François Zocchetto, le maire de Laval a donné à Bachar Al-Assad en tant que sénateur et membre du groupe Franco-Syrien au Sénat. Car une poignée de main, et une rencontre comme celle-ci qui a créée une polémique en France, même si elle se voulait « secrète », ce n’est jamais sans risques ni conséquences.

- Par Thomas H.

Il y a celles qui ont manifestement tout changé comme la poignée de mains entre Nelson Mandela et Frederik de Klerk, et dans le même registre mais une moindre mesure celle d’Yitzhak Rabin et de Yasser Arafat. Toutes deux étant entrées dans l’Histoire, elles ont peut-être changé, ou contrarié la destinée de nations entières.

Car il s’agissait de poignée de mains de réconciliation. Réconciliation entre deux ennemis notoires. Synonymes de rapprochement, elles sont porteuses d’espoir. En est-il de même avec la visite secrète du maire de Laval à Bachar Al-Assad ? En tout cas elle ne s’est pas déroulée d’après ce que l’on sait, sur le même plan d’égalité.

L'image de Zocchetto s'en trouve brouillée...(Capture d'écran vidéo Reuters)

Bachar Al-Assad est un chef d’État, à la tête d’une nation. Zocchetto n’est qu’un parlementaire français, un représentant de la Nation. Un sénateur, « pas un diplomate », comme il l’a dit lui même, il n’a pas de mandat officiel, il n’est pas non plus un émissaire de la France et il a agit de façon «  privée ». La rencontre ne pouvait pas se faire sur le même pied d’égalité.

Image floue - « Faire de la réal-politique jusqu’au bout même avec des tyrans  » comme le remarquait un journaliste de la chaine parlementaire Public-Sénat qui interviewait le sénateur lavallois, c’est sans doute ce qu’ont choisi de faire le groupe des 4 parlementaires.

Et à cette question : « Bachar Al-Assad a beaucoup de sang sur les mains. Lui serrer la main ne vous a pas gêné ? », Zocchetto a répondu : j’invite ceux qui sont sur cette posture qui consiste à dire aucune relation, autrement dit à se laver les mains un peu vite de beaucoup de choses, à réfléchir. Cette posture met tout le monde dans une impasse.«  »

Il n’empêche - et même si comparaison n’est pas raison - , la tache de la rencontre avec un dictateur restera indélébile. Comme celles qui ont marquées l’Histoire et notamment celle de la France. On ne peut s’empêcher de se souvenir de ce 24 octobre 1940, où Philippe Pétain, chef de l’État français, a rencontré Hitler dans la gare de Montoire-sur-le-Loir. Un « rendez-vous », une rencontre, une poignée de main qui a noircit l’image de la France. On se souvient que c’est le pierre Laval qui en avait eu l’idée en apprenant qu’Hitler revenait en train d’Hendaye où il était allé rencontrer Franco, dictateur en Espagne.

Plus près de nous, Zocchetto se base peut-être sur la rencontre des présidents français et iranien, Une entrevue de « rapprochement » ce qui n’avait jamais été fait depuis 2005. François Hollande et Hassan Rohani se sont serrés la main officiellement devant les caméras en 2013 avant de discuter au siège des Nations unies du programme nucléaire iranien, mais aussi et justement de la Syrie et du Liban.

Même chose, la même année en 2013 avec ce qui a été qualifié par tous les observateurs de « poignée de main historique » entre Barack Obama et Raúl Castro. La première tentative de rapprochement public entre deux présidents, deux ennemis idéologiques jusque-là, l’un américain et l’autre cubain en conflit larvé depuis cinquante ans. Dans les 2 cas, il s’est agit d’un nouveau pas vers un possible « réchauffement  » entre les deux pays. Un peu ce qui a semblé guider nos 4 parlementaires en Syrie qui se sont dit pour se justifier « libres et responsables ».

Guillaume Garot l’ancien ministre et ex-maire socialiste de Laval a presqu’aussitôt réagit dans un communiqué titré « François Zocchetto avec Bachar El-Assad : une initiative irresponsable ». « Avec 3 autres parlementaires, écrivait-t-il, Francois Zocchetto s’est rendu en Syrie pour rencontrer le dictateur Bachar El-Assad. C’est d’abord une faute morale : Assad est le bourreau de son peuple, employant des armes chimiques contre des dizaines milliers de Syriens en 2011, décrypte l’ancien ministre lavallois. Ce sinistre sanguinaire cherche aujourd’hui à se rendre fréquentable : Francois Zocchetto est tombé dans le piège. » Mais en disant cela, c’est aller un peu vite en jugement et c’est oublier aussi que les parlementaires sont tout de même au fait de l’actualité internationale. Espérons-le !

« C’est une faute politique [qui] porte atteinte à la position de la France dans cette région du monde, ajoute Guillaume Garot. Ce déplacement à Damas est irresponsable : un parlementaire ne peut pas jouer avec la politique extérieure de la France. ». 

Alors, justement un parlementaire ou même un homme politique plus généralement peut-il s’amuser à « jouer les diplomates » sur la scène internationale ? La réponse est oui, si l’on s’intéresse par exemple à la visite en Tunisie que vient de faire cette fois très officiellement le Président de la Région Pays de la Loire.

Le Président de la Région Pays de la Loire récemment en visite en Tunisie (Image Blog Jacques Auxiette)

Bien-sur, les circonstances ne sont pas les mêmes et le pays en question ne s’est pas mis franchement en “porte-à-faux” avec la communauté internationale même si les droits de l‘Homme n’y ont pas toujours été respectés. Car il a fallut attendre début 2011, que le « gouvernement d’union nationale » issu de la Révolution tunisienne annonce la levée définitive de l’interdiction qui avait été décrétée de l’ensemble des activités de la Ligue de Droits de l’Homme tunisienne. Ce qui en dit long.

« Après une première mission exploratoire menée en mars 2012, puis une seconde en 2013 pour signer l’accord de coopération avec le gouvernorat de Gafsa, j’ai de nouveau conduit une délégation régionale en Tunisie, écrit Jacques Auxiette [...] Au programme, de nombreuses rencontres avec les acteurs économiques et associatifs ainsi que les autorités tunisiennes et françaises. Je retiens de cette mission poursuit le président de la Région Pays de la Loire l’engagement et la volonté des Tunisiens de faire avancer leur pays, notamment en matière de démocratie et de développement économique [...] ».

Cette visite en Syrie aura donc au moins eu le mérite de focaliser sur la nécessité ou pas de renouer le contact. Mais au delà de ça, était-ce à de simples parlementaires non mandatés de le faire ? Même à se réfugier derrière les groupes d’amitié Franco-Syrien des deux assemblées parlementaires ? La question reste posée et l’avenir pourrait en porté la réponse.


Réagir

La tache de la rencontre du maire de Laval avec un dictateur restera indélébile

Publié le: 3 mars 2015
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-mayenne
Laval Politique Droite Histoire
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Nous contacter : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2017 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS