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COURRIER - Leglob-journal publie ce texte qu’un lecteur nous a fait parvenir. Il traite avec un regard incisif, assidu et attentif de l’affaire du lait contaminé à la salmonelle qui place depuis la fin de l’année 2017 la multinationale Lactalis dans la tourmente. Ce qui aurait pu être un simple incident parce que le risque zéro n’existe pas, s’est transformé en un « scandale sanitaire » comme la grosse majorité des médias l’ont écrit. Réactions

- Par Gérard Ret

Cela fait déjà plusieurs semaines que l’entreprise Lactalis est citée dans l’actualité quotidienne. De ce qui, au départ, pouvait paraître n’être qu’un simple dysfonctionnement interne à l’entreprise, le public a découvert l’ampleur de plusieurs fautes.

Tout d’abord, nous savons de manière certaine à ce jour que Lactalis avait connaissance depuis plusieurs mois qu’une partie de sa production contenait des salmonelles et que des lots atteints avaient été mis en vente. Ensuite, nous savons aussi que la préfecture de la Mayenne a refusé de communiquer sur ce dossier puisque la demande recommandée d’un avocat a été nécessaire pour obtenir la publication de l’arrêté de fermeture partielle. La communication de ce document à un simple quidam avait été refusée la veille par le Préfet. (Leglob-journal du 08 janvier 2018). Tout cela sans parler du délai de 20 jours entre l’écriture de l’arrêté préfectoral et la publication.

Nous avons appris de plus que les agents de l’État chargés de contrôler l’usine n’avaient pas pour mission de vérifier la tour de séchage n° 1 selon les dires du préfet de la Mayenne. Le Canard Enchaîné réplique cependant en disant que, si, cette procédure était prévue. Qui croire ?

Chaque jour, nous apprenons que des grandes surfaces (Leclerc, Intermarché, U, et les autres), des pharmacies, des grossistes ont laissé des lots possiblement atteints de salmonelles en vente auprès du public. Lactalis avait demandé bien tardivement le retour des lots incriminés puis l’État a été obligé d’intervenir pour affermir cette demande. Enfin, on nous a informé que des lots défectueux ont été envoyés à l’étranger. Quelle nouvelle information désastreuse recevrons-nous demain ?

Pour Quentin Guillemain, le président de l’Association des familles victimes du lait contaminé à la salmonelle : il n’y a pas une trentaine d’enfants touchés par ces produits mais on se rapprocherait d’environ 200. Le numéro vert mis en place par l’entreprise a reçu 58 000 appels. Des demandes d’information certes, mais aussi des réponses à une logique de peur pour ses enfants. Il n’y a certainement pas 58 000 familles touchées par ce lait contaminé mais probablement bien plus que 200. Le chiffre de 1000 enfants atteints circule actuellement.

Le siège historique de Lactalis à Laval

Michel Nalet, directeur de la communication chez Lactalis, pressé de questions par les journalistes au siège parisien de Lactalis, déclare le 12 janvier 2018 : « Nous ne nous excuserons jamais assez auprès des familles ».

J’aurais préféré que M. Nalet présente les excuses du groupe Lactalis (« Excusez-nous, nous vous présentons nos excuses, etc.) plutôt que de s’excuser lui-même. Question de sémantique mais aussi de prises de responsabilités. M. Nalet déclare le même jour : «  Nous n’avons pas cessé de travailler en collaboration avec l’État, d’accompagner les parents et nos clients. »  Quelle est la valeur d’une telle parole alors que Lactalis, sciemment hors la loi, ne publie pas ses comptes annuels ?

Enfin, comble du cynisme, de la mésinformation et de la politique au rabais, le communiqué d’Elisabeth Doineau reprit dans le journal Ouest-France du 7 janvier 2018. Elle écrit : «  N’oublions pas non plus que le groupe Lactalis a pris toutes les mesures nécessaires pour retirer la totalité de sa production de poudre de lait d’une part, et pour désinfecter le site d’autre part. » . Faux !.

Mais madame Doineau insiste : « N’oublions pas que plus de 550 salariés sont concernés sur le site de Craon, qu’ils sont passés d’une situation où ils étaient fiers de participer au développement d’un grand groupe français, leader dans la fabrication de poudre de lait, à un état de doute sur leur avenir. N’oublions pas également, tout le mal que cela cause à la filière laitière en général, déjà bien mal en point !  » Elle termine par : « Oui à l’information, Non à la désinformation...  »

Oui, il y a eu désinformation, mais de Lactalis, du Préfet, et de vous Mme Doineau qui vous inquiètez de la situation à venir des salariés de Lactalis. Inquiétude compréhensible.

Étonnamment, la sénatrice que vous êtes ne parle jamais des enfants malades. Oserait-elle mettre en balance les emplois de Lactalis à Craon avec la santé de 30, 200 ou 1 000 enfants – c’est selon - ? Chacun appréciera… Et puis Lactalis n’a jamais parlé de licenciement dans son usine de Craon. M. Nallet indique également qu’il n’y aura pas d’impact pour les producteurs laitiers. Alors où est la désinformation ?

Le président du conseil départemental de la Mayenne, quant à lui, reste égal à lui-même. C’est-à-dire qu’il fait appel selon moi à du verbiage qui n’apporte rien : « Lactalis est un des principaux employeurs de la Mayenne. Je renouvelle toute ma confiance aux éleveurs qui ne doivent pas être mis au banc des accusés. Une enquête judiciaire est en cours. …  » Du soutien, de la compassion, de la colère ? que nenni ! du passe partout.

Depuis quelques jours, ce même président se montre plus caustique et en vient à se plaindre sur Twitter du mal que la presse fait à une entreprise de son département : « Très franchement ce lactalisbashing est insupportable ! Encourageons nos entreprises françaises qui sont des leaders sur le marché mondial. Le département de la Mayenne est fier d’accueillir Lactalis, ce qui n’empêche pas la vigilance ! ». Prise de position courageuse de M. Richefou. Nul doute que Lactalis appréciera.

Le logo du groupe Lactalis

ais, le journal Marianne du 17/01/2018 révèle que François Richefou, «  vraisemblablement fils de Olivier Richefou » occupe un poste de Sales manager chez Lactalis selon la propre fiche linkedln de François Richefou. Naïvement, je pensais que l’intérêt général d’une commune, d’un département passait avant l’intérêt propre d’un élu.

Je cherche vainement dans la presse régionale, locale un mot, une pensée de M. Richefou pour les enfants malades et leurs familles. Rien, le désert. Ne dit-on pas que "charité bien ordonnée commence par soi-même" ? Cela se vérifie encore une fois.

M. Garot, ancien ministre délégué à l’Agroalimentaire est un peu plus virulent dans le même journal : « l’enchaînement de défaillance et d’insuffisances est consternant. Il est urgent de renforcer les contrôles…le droit à l’information du consommateur devra être renforcé. » Enfin, le député M. Favennec ne pouvait pas laisser passer cette occasion de s’exprimer : « il faut faire confiance à tous ceux qui travaillent… pour l’intérêt général, notamment le préfet et les services de l’État. ». Bon, si on veut...

Que pouvons-nous penser, que devons-nous penser de cette société – soit disant évoluée – dans laquelle nous vivons ? Une multinationale fabrique des produits défectueux, dangereux pour la santé de nourrissons particulièrement vulnérables. Plutôt que de les rappeler dès qu’elle s’en aperçoit, elle continue les ventes. Au niveau inférieur, la vente aux particuliers ne s’arrête pas non plus. Cynisme, appât du gain, sentiment d’impunité ?

Le résultat actuel de cette affaire est un accroissement certain de la méfiance des consommateurs et des citoyens. Méfiance des consommateurs parce qu’une usine située en France, qui pourrait être située dans ma commune, n’a pas des pratiques saines. Cette usine où n’importe lequel d’entre nous serait susceptible de travailler met en vente des produits malsains et là, je me dis que si je ne peux plus faire confiance à un employeur local, fût-il un grand groupe, vers qui vais-je me tourner ?

Méfiance des citoyens parce qu’un Préfet se voit contredit par un journal, que les hommes et femmes politiques du coin n’osent pas dire tout haut ce qu’ils devraient dire : « cette affaire n’est pas consternante, elle est inadmissible et honteuse. ». Élections à venir obligent, il faut ménager la chèvre et le chou. Peut-être qu’un jour en aurons-nous marre d’être pris pour des chèvres ou des choux ?


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Lactalis : le lait, la chèvre et le chou

Publié le: 23 janvier 2018
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