Lactalis : «des bébés ayant consommé du lait contaminé depuis 2005, on ne peut pas l’exclure»

lettreverbatim-9.jpg «J’ai pris la décision de fermer définitivement la tour de séchage numéro 1. C’est une décision difficile mais indispensable. […] On ne peut donc pas exclure que des bébés aient consommé du lait contaminé sur [la] période.[2005-2017]» vient de déclarer dans un interview « exclusif » au Journal Les Échos, Emmanuel Besnier, le PDG de Lactalis, qui n’a jamais autant parlé depuis que son entreprise est sur la sellette. L’institut Pasteur confirme ce Jeudi 1er Février, en comptabilisant 25 nourrissons contaminés avec la même salmonelle entre 2006 et 2016. Voici en face à face le N°1 de Lactalis et le président de l’Association des victimes du lait contaminé à la salmonelle qui revendique 600 adhérents à ce jour.


VERBATIM


lactalisbesnierretaille.jpg

Par Emmanuel Besnier*


Je m’étais engagé à faire la lumière sur ce qui s’est passé auprès des parents, des consommateurs, de nos collaborateurs et des autorités dès qu’on aurait trouvé l’origine de la contamination aux salmonelles du lait infantile. On sait aujourd’hui que nous avons libéré des salmonelles Agona en réalisant des travaux sur les sols et les cloisons de la tour de séchage numéro 1.»

«J’ai pris la décision de fermer définitivement la tour de séchage numéro un. C’est une décision difficile mais indispensable. La fermeture va nous permettre de repartir sur des bases saines avec la deuxième tour toute récente.»

La même bactérie

«Ce plan a été présenté mercredi soir [31 janvier 2018, NDLR] aux représentants du personnel, en leur assurant de notre volonté qu’il n’y ait aucune suppression de poste. Nous nous engageons à offrir un programme de mobilité aux salariés concernés par la fermeture de la tour numéro 1. Nous avons la chance d’avoir sept sites dans un rayon de 50 kilomètres de l’usine de Craon.»

Les Échos : Est-ce la bactérie qui a rendu malades 140 bébés en 2005 ?

«C’est l’autre élément que nous venons de découvrir. La bactérie responsable des problèmes est la même que celle de 2005, époque à laquelle nous n’étions pas propriétaire du site. Elle était confinée dans les infrastructures de la tour numéro 1. Avant le 1er décembre nous n’avions pas les éléments nous permettant de dire cela. Pas de problème non plus. Les analyses sur les produits finis étaient conformes aux exigences sanitaires.»

lactalislesechosbesniercitation.jpgLes Échos : Avez-vous trouvé des salmonelles entre 2005 et 2017 ?

«Oui dans l’environnement. On ne peut donc pas exclure que des bébés aient consommé du lait contaminé sur cette période.»

Les Échos : Allez-vous changer de laboratoire ?

«Nous allons fortement renforcer nos programmes de contrôle sur le lait infantile. Les tests seront sécurisés par un deuxième laboratoire.»

Plusieurs centaines de millions d’euros

Les Échos : Quels enseignements tirez-vous de cette affaire ?

«Nous nous posons beaucoup de questions sur la sensibilité des analyses faites par ce laboratoire. Nous avons beaucoup de mal à comprendre comment 16.000 analyses réalisées en 2017 ont pu ne rien révéler. Nous avons des doutes sur la sensibilité des tests. Ce n’est pas possible qu’il y ait eu zéro test positif.»

Les Échos : À combien estimez-vous le coût de la crise pour Lactalis ?

«On ne peut pas le dire de façon définitive mais ce sera très lourd. Plusieurs centaines de millions d’euros. Cette affaire peut aussi nous coûter l’agrément à l’exportation sur une période qu’on ne peut pas estimer.

C’est la plus grande crise que j’ai eue à affronter dans ma vie de manager. Notre première responsabilité est de mettre sur le marché des produits sûrs à 100%. La qualité sanitaire mobilise 600 salariés en France. C’est le contrat de base de notre métier.»

* Emmanuel Besnier, PDG du groupe Lactalis

lactalisguillemainreactionbesnierretalliee.jpg
Quentin Guillemain au cours d’un point presse – Photo AFVLCS

lettreguiillemetsfrancaisouverture-4.jpg


Par Quentin Guillemain*


Les familles découvrent avec sidération et effroi, deux mois après les premiers retraits de lots, les propos de M. Besnier dans l’édition du quotidien Les Echos du 1er février 2018.

M. Besnier confirme dans son interview les suppositions que nous faisions depuis des semaines : l’usine est contaminée aux salmonelles depuis au moins 2005 par la même Les produits fabriqués par cette usine depuis cette date pourraient avoir contaminé de très nombreux enfants sur plus d’une dizaine d’années. Il s’agit ici de plusieurs centaines de millions de boites concernées et de plusieurs centaines de milliers de tonnes de produits envoyés dans plus de 80 pays. C’est un scandale sanitaire d’une ampleur inédite.

«Des victimes qui pourraient avoir été bien plus nombreuses»

Au titre de l’association que nous avons créée, nous appelons toutes les familles avec des enfants ayant déclenchés une salmonellose depuis 2005 et qui consommaient des laits Lactalis à se faire connaitre.

Maitre Jade Dousselin, avocate de l’Association souligne que «bien évidemment ces déclarations sont lourdes de conséquences. Elles confirment tout d’abord l’intuition de nombreuses familles reçues à [s]on cabinet et qui dénonçaient des symptômes similaires à ceux évoqués aujourd’hui à la suite de la consommation par leurs nourrissons de lait Lactalis, et ce bien avant 2017». Des propos confirmés également par les nombreux témoignages reçus par l’Association.

Me Jade Dousselin a également indiqué «ces éléments impliquent que le Procureur de la République actuellement saisi de ce dossier devra investiguer sur des faits bien antérieurs à ceux évoqués jusqu’alors.

lactalislesechoguillemaincitation.jpgLa conséquence directe de ces révélations, si elles devaient être confirmées, est un allongement de la période de prévention retenue à l’encontre de Lactalis et donc, bien évidemment, une augmentation significative du nombre de victimes.

Si nous tenons compte de la prescription applicable aux délits et de sa récente réforme, cela signifie concrètement que des faits remontants à l’année 2012 pourront faire l’objet d’une plainte à l’encontre de Lactalis devant Monsieur le Procureur de la République.»

«De nombreuses questions»

L’AFVLCS prend acte de la décision de Lactalis de fermer la tour de séchage n°1 de l’usine. Cependant qu’en est-il de la tour de séchage N°2, évoquée par Madame la directrice de la DGCCRF lors de son audition au Sénat, dont des salmonelles auraient également été retrouvées dans son environnement et qui aurait été la cause des retraits de lots supplémentaires du 21 décembre ? Sera-t-elle également fermée ? Car il est légitime de penser que la situation est la même que dans l’autre tour.

De nombreuses autres questions restent sans réponses : quels sont les produits réellement contaminés ? Combien et quand y a-t-il eu des contrôles positifs dans l’environnement ? Tous les autocontrôles depuis 2005 ont ils pu être communiqués à l’État ? Combien de pays sont concernés ? Y a-t-il d’autre produits fabriqués à Craon qui pourraient également être concernés autres que les produits infantiles ?

M. Besnier fait mine de s’étonner de la qualité des analyses menées par le laboratoire qui travaille pour son entreprise. S’agit il d’une manœuvre pour s’affranchir des responsabilité qui lui incombe ?

Rappelons ici qu’il relève de la seule responsabilité de l’entreprise de tout mettre en œuvre pour que les produits qu’elle fabrique soient sûrs à 100%. Dans le cas présent, Lactalis pourrait avoir empoisonné des nourrissons pendant plus de 10 ans en toute impunité ? N’importe quel chef d’entreprise responsable démissionnerait immédiatement après un tel scandale.

Enfin, […] les problèmes de retrait comme des erreurs humaines. Il semble pourtant, d’après les éléments en notre possession, que les erreurs étaient généralisées. Dans ce cas peut-on parler ici d’erreurs humaines ? M. Besnier cherche-t-il à se disculper là aussi d’une éventuelle responsabilité de son groupe en la matière ?

«Prendre ses responsabilités»

Nous attendons désormais de l’État la transparence à laquelle ils font tant référence dans leurs propos pour qu’enfin les pharmaciens épinglés puissent également être sanctionnés comme il se doit par l’Ordre de leur profession.

L’AFVLCS a une nouvelle fois l’impression que Lactalis cherche à repousser ses responsabilités sur d’autres acteurs. Les centaines de millions d’euros perdus évoqués par le PDG ne semblent pas avoir été de nature à enfin faire prendre conscience à cette entreprise les responsabilités qui sont les siennes dans cette histoire.

L’association rappelle qu’elle demande depuis plusieurs semaines à être reçue pour entendre les excuses et explications du groupe Lactalis. Nous estimons qu »il s’agit de la moindre des choses vis-à-vis des consommateurs qu’ils ont floués et des enfants qu’ils ont empoisonnés. Lactalis ne répond à cette demande de rendez vous que par le mépris. Cela montre une nouvelle fois l’attention qu’elle porte aux victimes de leurs propres agissements.

*Quentin Guillemain, président de l’Association des victimes du lait contaminé à la salmonelle.

 

Laisser un commentaire