«Lactalis : le climat actuel d’impunité doit voler en éclat» par foodwatch

lettreanew-18.jpgAffaire Lactalis : «Les parlementaires tirent des conclusions utiles mais la justice se fait encore attendre», s’inquiète foodwatch, l’ONG qui se revendique «100% indépendante, qui défend les consommateurs (…) » ; foodwatch estime qu’«il faut bien sûr renforcer les contrôles et la législation, mais il est surtout urgent que le climat actuel d’impunité vole en éclat. [Elle] réclame la nomination d’un juge d’instruction ». Leglob-journal publie in extenso sa position rendue publique à l’issue des conclusions de la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire du lait infantile Lactalis contaminé à la salmonelle.

Par foodwatch*

«La Commission d’enquête parlementaire sur l’Affaire Lactalis [Présidée par le député (Nouvelle Gauche) Christian Hutin, NDLR] [a] publi[é] aujourd’hui mercredi 18 juillet 2018 ses conclusions.

Ses propositions sont utiles, et certaines font écho à des recommandations de foodwatch, mais attention : elles ne sont qu’une petite pièce du puzzle pour éviter de nouveaux scandales alimentaires. Tant que la lumière n’est pas complètement faite sur cette affaire et que des sanctions dissuasives ne sont pas actées, les enseignements de la crise ne pourront être réellement tirés. S’arrêter aux recommandations politiques et laisser Lactalis commercialiser de nouveau des produits infantiles fabriqués dans l’usine de Craon [En Mayenne, NDLR] serait tout simplement inacceptable pour foodwatch, qui a porté plainte au mois de février [2018, NDLR].

La Commission d’enquête parlementaire sur l’Affaire Lactalis [a] publi[é] aujourd’hui ses conclusions et met le doigt, comme [nous] l’av[ions] fait dans [notre] rapport [datant de] février, sur les dysfonctionnements et les défaillances de tous les acteurs impliqués.

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La Commission a d’abord en ligne de mire les auto-contrôles des industriels et les laboratoires, pour renforcer le dispositif. Elle souligne aussi que les auto-contrôles ne sont pas suffisants et recommande une autorité unique pour la sécurité alimentaire et une taxe payée par les industriels pour renforcer les moyens des autorités de contrôle. Il est en effet nécessaire de renforcer les moyens et l’efficacité des autorités publiques, avec une plus forte coordination interministérielle, en rappelant que c’est bel et bien l’État qui in fine porte la responsabilité de la protection des consommateurs et de leur santé.

Les industriels ne doivent pas être déresponsabilisés, mais ils doivent être davantage contrôlés. Les parlementaires n’oublient pas les distributeurs, qui ont également failli à leurs obligations dans l’affaire Lactalis, et font des propositions pour améliorer les retraits et rappels, dont un site internet unique accessible à tous.

Par ailleurs, il est nécessaire de muscler davantage la législation sur l’alimentation. Le rapporteur de la Commission d’enquête parlementaire, Gregory Besson-Moreau, devrait présenter une proposition de Loi à l’automne.

Cela constituera une très bonne occasion pour adopter des mesures passées à travers les mailles du filet de la Loi Agriculture et Alimentation. [Nous] propos[ons] par exemple que tous les résultats de contrôles des services de l’Etat sur les produits alimentaires soient rendus publics.

La Commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Lactalis a donc réussi à mener sa mission à bien – en dépit des tentatives de torpillage par Emmanuel Besnier, le PDG de Lactalis. Mais foodwatch rappelle qu’il ne s’agit que d’une petite pièce du puzzle pour prévenir efficacement d’autres scandales alimentaires.

«Les conclusions de la Commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Lactalis sont utiles, par exemple pour renforcer les contrôles des industriels et des autorités publiques. Mais cela ne suffira pas à éviter d’autres crises », prévient Karine Jacquemart, directrice générale de foodwatch France.

« Il est urgent de faire voler en éclat le climat actuel d’impunité : c’est à la justice maintenant d’établir les responsabilités de tous les acteurs et des sanctions dissuasives. Or nous attendons depuis des mois la nomination d’un juge d’instruction pour donner suite à notre plainte et à celles des victimes. 

Tant que la lumière n’est pas complètement faite sur cette affaire et que des sanctions dissuasives ne sont pas actées, laisser Lactalis commercialiser de nouveau des produits infantiles fabriqués dans l’usine de Craon serait tout simplement inacceptable.»

 

*foodwatch est une ONG qui se dit «100% indépendante, qui défend les consommateurs face aux lobbies et place les politiques face à leurs responsabilités.» Association créée en France en 2013, foodwatch «milite pour le droit des consommateurs de se voir proposer des aliments de qualité, sans risques pour la santé et comportant un étiquetage fiable et transparent. Elle joue un rôle de lanceur d’alerte.»

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