Laval Agglo : le choix entre la réalité et plus tard, la réalité augmentée

LAVAL AGGLO – Question : où sont les priorités de la communauté d’agglomération de Laval (CAL) qui devrait voir son périmètre d’actions augmenté ? Pour avoir assisté aux débats de la dernière séance publique de 2017, lundi 11 décembre, il est légitime de se poser cette question et d’autres. D’autant que la fusion avec la communauté de communes du pays de Loiron (CCPL) est à l’ordre du jour et se pointe en embuscade. Réalité ou réalité augmentée.

Par Thomas H.


barreintertitre.jpgDe fusion, il n’en a pas été question ce lundi, mais plutôt de « gros sous  » puisqu’il s’agissait du budget 2018 de la CAL appelée communément Laval Agglo ; un budget de 177 905 785 euros adopté malgré le vote contre des élus de l’opposition. Un «budget sans souffle» selon des commentaires entendus après la séance. Il n’a pas été question de fusion, mais rappelons que ce projet de « mariage forcé  » comme certains élus le présente, avait déjà fait l’objet d’une inscription au schéma départemental de coopération intercommunale de la Mayenne (SDCI) et d’un examen en 2011. Soumis à la consultation des collectivités concernées, cette proposition de fusion n’avait pas recueilli la majorité nécessaire et le représentant de l’État n’avait pas souhaité passer outre l’avis négatif, comme il est possible de le faire…Six ans plus tard, la fusion refait surface. Les mentalités auraient-elles évoluées ?

La grande table

Cela dit, si la fusion est actée, c’est-à-dire si elle est consacrée entre la CAL et la CCPL, la table des « négociations » sera considérablement augmentée. « L’organe délibérant », la nouvelle agglo de Laval verra 75 personnes, au mieux de la participation aux débats ; et si tout le monde, en mesure de siéger, fait acte de présence, il y aura pléthore dans la salle du conseil municipal de l’hôtel de ville de Laval. Les textes prévoient 33 sièges rien que pour Laval la ville centre, quatre pour Saint-Berthevin, trois pour Bonchamp-lès-Laval, et Changé ; deux pour L’Huisserie et Louverné et un seul siège pour les autres communes. Cette fusion, rappelons-le, est mise sur les rails en Mayenne pour « éviter un risque de marginalisation, à court terme de la communauté de communes du pays de Loiron  » et parce que « les infrastructures de transports partagées renforcent les liens entre la CAL et la CCPL  » ; comme l’autoroute A81 et la LGV en service depuis le 2 juillet 2017. Et puis, la création d’une communauté d’agglomération de Laval renforcée avec 34 communes et 117 000 habitants permettrait à la Mayenne de « jouer un rôle efficace d’inter-face entre la métropole rennaise au développement constant et les départements de la région parisienne » disent les services de la Préfecture en Mayenne.

« Élargie », plus « forte », «profitable»,« renforcé », ce sont quelques-uns des qualificatifs entendus, ici et là par les tenants du projet de rapprochement. Notons tout de même pour donner de l’eau au moulin de ceux qui ne sont pas d’accord avec ce « mariage » que dans renforcé, il y a « forcé ». Et que la force en général ne permet pas à tout le moins de choisir sereinement ; « la démocratie participative » et la Démocratie tout court ne sortiraient pas grandie de cette affaire, disent à juste titre les détracteurs du projet .

Compétences, patrimoine, biens, droits et obligations entre autres seront transférés au nouvel établissement public de coopération intercommunale (EPCI) ainsi créé. Quant à la gestion du personnel des deux EPCI fusionnés, il est «réputé relever» de la nouvelle CAL. Les agents devraient donc « conserver s’ils y ont intérêt, les bénéfices du régime qui leur était applicable à titre individuel et les avantages acquis ».

75 représentants autour du président de la nouvelle communauté d’agglomération de Laval permettront-ils de mettre de la valeur ajoutée aux débats ? Les débats en seront-ils plus nourris pour autant? L’arithmétique fait-il la richesse des échanges ? Ou bien, si vous préférez, la valeur des interventions attend-elle le nombre des participants ? Pas certain.

Pas automatique. Si on se réfère à ce qui nous a été donné à voir et entendre lors de la dernière réunion Laval Agglo, le lundi 11 décembre 2017. Rien de choquant, ni de dramatiques, parfois des allures de conseil municipal de Laval. Une majorité et une minorité qui s’exprime. Simplement, les grands axes de dévelop-pement qui devraient caractériser le cap de Laval Agglo pour les années à venir n’ont pas été franchement saillants, ni mis en valeur.

Déjà, les grandes orientations en terme de masses budgétaires avaient été absentes lors du débat d’orientation budgétaires (DOB), il y a quelques semai-nes à l’arrière ; d’où les difficultés de saisir concrètement qu’elles sont les priorités affichées de la collectivité .

Lundi, on a bien eu des masses budgétaires, sous la forme d’un camembert coloré, mais il a manqué les commentaires qui vont avec. Si elles sont données, ces grands masses, en revanche rien ne se dégage particulièrement dans la bouche du rapporteur du budget. Nous avons appris tout de même qu’ « il n’y pas de remise en cause de la stratégie budgétaire » selon François Zocchetto. Que l’investissement va peser 32,6 millions d’euros en 2018 « pour regarder résolument vers l’avenir  » a ajouté le Président de Laval Agglo.

À regarder le camembert, on voit bien que les Espaces verts et la voirie sont le premier budget, devant celui consacré au Développement de l’emploi et de l’économie, cher au Vice-président Borde. Viennent ensuite la Solidarité, la Culture et l’Enseignement supérieur pour ne citer que les principaux. Et François Zocchetto d’ajouter que « la santé financière de la collectivité s’améliore et qu’il s’agit d’un budget qui prépare l’avenir…». Moins convaincue, bien évidemment l’opposition essentiellement lavalloise. Mais ou va-t-on, quel est le cap ? a demandé en substance Claude Gourvil, le représentant écolo à ville de Laval. Dans ses interventions, on sentait bien qu’il ne possédait pas, lui non plus, les réponses. On a bien vu aussi un tout petit peu de lassitude poindre, en lui par moment à vouloir s’ingénier à faire marcher l’opposition démocratique dans l’assemblée, face à une majorité qui donne, il faut bien le dire, le sentiment de se répéter.

On le sait, ce sont dans les commissions et les réunions de travail, en amont, que se prend le plus souvent la parole et que les débats se nourrissent. Il semble difficile de redire publiquement ce qui a été dit une première fois. Mais on note tout de même le silence de la très grosse majorité des représentants des communes de Laval Agglo. A part deux interventions. Quitte à laisser comprendre que «Qui ne dit mot consent».

Dans la nouvelle communauté d’agglomération de Laval élargie, si elle voit le jour, en sera-t-il de même? Assisterons-nous au même « spectacle » dans un contexte politique différent certes, en raison de la présence de communes qui se sont prononcées contre la fusion – et si elles siègent ? Localement et parce que Laval, la ville centre de la futur EPCI a pour effet d’entraîner et de motiver des vocations, politiques, économiques, environnementales, sociétales et culturelles, le nouvel EPCI permettra-t-il de relever ce défi ? Le mot défi n’est pas trop fort, car il s’agit bien, en fait, d’un véritable enjeu de démocratie locale.

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