Laval : baisse des impôts de 10%, la ville confrontée aux dures réalités de la réal-politique

Trouver la juste ligne d’équilibre et faire en sorte de ne pas décevoir. C’est l’équation à plusieurs inconnues qui trotte dans la tête de tout bon politique qui se respecte. Comment concilier promesse électorale et réal-politique ! La difficulté principale, c’est que lorsqu’on s’engage, on doit être en mesure de dire ce que l’on fait et prouver ce que l’on dit. La politique qu’elle soit dans la sphère internationale, ou un cran plus bas, ou bien même menée localement, se doit de se plier à ce genre de précepte immuable, qui si l’acteur politique n’y prend pas garde le ferait aller dans le mur. À Laval, la nouvelle équipe est bien confrontée à la réal-politique.

Par Thomas H.


Réal-politique, le concept consiste à faire de l’économie politique en tenant compte des variables réelles situées dans l’environnement où le politique désire agir. Ce concept qui s’est construit principalement en Allemagne oblige à intervenir sur le champs politique, prudemment sans commencer à décevoir, sans prêter le flan aux critiques trop acerbes.

L’équipe lavalloise menée par son n°1 doit s’y plier. La précédente – c’est le jeu et les bienfaits de l’alternance – aura permis en principe à l’actuelle de tirer les enseignements des erreurs commises. Et François Zocchetto n’a plus le choix. Montrer qu’il « est à la hauteur ?  » comme on a pu le lire sur les affiches d’un magazine national placardées sur les devantures des marchands de journaux de la ville.

Réussira-t-il à faire ce qu’il a dit ? La marotte rhétorique de la baisse de la pression fiscale a joué à plein et donc ; il a été question de la réduction de 10 % des impôts, une promesse de campagne à coté du « Réveiller Laval» qui se situe dans la droite ligne idéologique et historique de la Droite. Réduire la facture d’imposition, et « caresser dans le sens du poil » des lavallois qui pensent porte-monnaies et pas forcément à son corollaire l’affaiblissement des services publics au service de tous.
CQFD, c’était parler, promettre sans tenir compte de la réal-politique.

L’opposition de gauche et notamment celle du PCF, qui s’était fait plus discrète sous la précédente majorité, analyse en écrivant dernièrement : « Toute la politique de la nouvelle municipalité ne tourne qu’autour d’un seul objectif : réduire de 10 % les impôts. Mais concrètement gagner 40 euros par an pour quoi ? (…) ».

A la municipalité de Laval la « promesse des moins 10% » est prégnante. Aussi avance un élu, il faudra bien passer par des suppressions d’emplois dans les années à venir. «Seul ajustement possible» ajoute-t-il. Il faudra en quelque sorte « dégraisser le mammouth » – expression historique d’un ministre qui avait fait florès et qui lui a couté sa tête – et donc réduire la masse salariale qui aurait enflée à hauteur de 44,6 millions d’euros alors que les recettes (notamment impôts et cantines) se montent à près de 70 millions d’euros.

La Une du bulletin municipal
La Une du bulletin municipal

C’est là aussi l’équation à plusieurs chiffres que François Zocchetto et la municipalité vont sans doute devoir résoudre. Par le non-renouvellement de postes de ceux qui partiront à la retraite. Mis ils seront « peu jusqu’en 2016 mais plus de 30 à partir de 2017 » qui ne seront pas remplacer bien-sûr. Un aubaine alors pour l’équipe en place qui voit l’éclairci pour 2018.

Il sera aussi question d’économie d’échelle et – classique – de transferts de compétences à Laval Agglomération, histoire d’alléger la charge financière de la ville. Laval Agglo est présidée par François Zocchetto. Le même homme, et plusieurs manettes à actionner. Pratique!

«Fini le gouvernement à vue et le manque d’instruments de pilotage» (…)

Il est aussi à l’ordre du jour de réduire plutôt que de développer, c’est somme toutes plus facile quand on est gestionnaire. La ville examine de près les pratiques et le fonctionnement général des services pour réaliser – le concept à le vent en poupe en Mayenne – des «mutualisations ». Elles seront nécessaires insiste-t-on au nom d’une gestion qualifiée d’«orthodoxe ». La « fonction achat » par exemple sera examinée à la loupe pour réaliser 10 % d’économies soit 2 millions sur les 20 millions que représente ce poste sur le budget global de la ville. «Fini», explique-t-on, «le gouvernement à vue et le manque d’instrument de pilotage » à la ville de Laval!

La remarque en direction de l’équipe Garot-Boyer est aussi cinglante que l’accusation est forte. Les mots sont chargés. On sent bien que le « différent » est aussi idéologique que politique ; il ne s’agit pas seulement d’un sentiment de revanche à assouvir, lié au phénomène d’alternance et au retour au pouvoir de la droite, mais d’une autre façon de concevoir l’agencement et la structuration politique de l’organisation de l' »entreprise municipale ».

Reste à savoir si les paroles sont un moyen de préparer l’opinion, et notamment à d’autres, concernant d’autres décisions plus fortes encore. Possible! Et si elles seront suivies d’effets. Alors question : sera-t-il aussi facile d’honorer la promesse de campagne, qu’il a été aisé de la prononcer? Pour l’heure seule l’avenir connait bien évidemment la réponse.

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