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Façade du magasin La Ménagère avec sa verrière désormais arrière du TGI de Laval - (c) Photo leglob-journal

À l’occasion de la toute prochaine inauguration à Laval des Bains-douches magnifiquement décorés par Odorico, rénovés et transformés en Salle d’expo, leglob-journal a voulu faire un rapide recensement des bâtiments reconvertis, réhabilités, modestes ou remarquables, de la cité. Voici donc un rapide et non exhaustif tour d’horizon, sorte d’état des lieux révélateur de l’évolution des modes de vie, usages et détentions des immeubles à usage économique ou patrimonial*.

- Par Marrie de Laval

Parce que l’usage des choses change, il faut parfois faire place nette. Cependant bien des bâtiments ont retrouvé une seconde jeunesse, sauvé leurs briques ou leurs moellons, sans modifier l’alignement du bâti, sans remodeler l’esthétisme de la rue grâce à la réhabilitation. Aucun immeuble, quel que soit son propriétaire, construit pour un certain usage, voit sa destination immuable.

Le plus facile est d’évoquer les lieux de pouvoirs. Ainsi, les châteaux de Laval ont connus des destinations différentes selon l’évolution des institutions politiques. Après avoir abrité l’administration seigneuriale et être lieu d’habitation comtale, les bâtiments se sont vus transformés en siège de la justice républicaine avec, le château neuf converti et agrandi en tribunal civil et pénal et le château vieux et ses annexes, devenu prison pour hommes et femmes.

Malheureusement, les lieux ne s’y prêtent décidément pas, tant dans la distribution des pièces que dans leur incapacité à faire face à l’évolution de la population carcérale ou à la complexification de la vie juridictionnelle. Cependant, le plus dommageable est le manque criant de moyens alloués à la bonne administration de la justice et des justiciables. Il faut tout de même rappeler que les magistrats se sont vus relogés dans un tribunal tout neuf, place Saint-Tugal, à la suite de la chute d’une cloison alors qu’ils signalaient les délabrements depuis des années...

a négligence du bâti de services publics est plus prégnante depuis les années 90. Le tribunal de commerce n’y a pas échappé. Ce n’est qu’en 2013 que le personnel a évacué ces lieux vétustes et trop étroits. Le tribunal a bien failli être rasé, trop délabré, sans véritable valeur historique (car trop récent, pensez donc, un truc du XIX, ayant servi auparavant dit-on, d’école …). Mais finalement, le voilà rénové de fond en comble devenu une brasserie.

Dans un autre aspect de la présence étatique, nous pouvons encore citer des bureaux de la Poste (Angle des rues de la Paix et Ambroise Paré) devenu pour l’un, une agence du Crédit Lyonnais, pour l’autre, des services municipaux heureux d’être plus au large et regroupés, place du onze Novembre. De même, une recette annexe des impôts, au 28 de la rue saint-Mathurin, abritant par la suite, pour un temps, un Centre de Documentation et d’Orientation (CIO) relevant du ministère de l’Éducation nationale.

Tous ces derniers exemples marquent le reflux des services de proximité de l’État au motif que les particuliers ne les fréquentent plus ou qu’ils sont inappropriés au bon fonctionnement du service.

Passé le domaine de l’État, les établissements financiers, toutes enseignes confondues, subissent aussi des vicissitudes. Les grandes maisons financières aussi changent leur manière d’être, de s’afficher et de gérer leur patrimoine immobilier.

La première d’entr’elles à avoir renoncé à la pompe et aux dorures fut la Caisse d’Épargne. Située à l’angle du quai Gambetta et de l’allée de Cambrai, œuvre de l’architecte Eugène Ridel et décorée par Ludovic Alléaume, cette vénérable institution s’est recentrée dans une structure moins clinquante, sans conteste plus fonctionnelle, allée de Cambrais. La Région est propriétaire des lieux depuis 2007.

Ce déménagement s’explique aussi par les changements et la recomposition du capital, de l’actionnariat du secteur bancaire en proie à la consolidation et aux fusions. S’il était important d’afficher sa réussite dans les affaires, sa notabilité sous les précédentes Républiques, cela n’a plus cours partout. Toute ville préfectorale qu’elle soit, Laval ne mérite sans doute plus que lui soit consacrée une présence affichée et ronflante. Ne dit-on pas de notre ville qu’il s’agit d’une « belle endormie » ?

Ce retrait des murs et des décors pompeux touche tout autant ce qui fut une ancienne agence du Crédit Agricole au numéro 7 du boulevard Félix Grat - (c) Photo leglob-journal

Les richesses produites fluctuent tout autant. L’installation de « grands magasins  » comme à Paris est favorisée par des secteurs marqueurs de progrès, tel l’essor des filatures ou la production des engrais agricoles qui permettent l’augmentation de la population ouvrière mais aussi l’émergence d’une petite bourgeoisie avec ses contremaitres et ses ingénieurs et donc de la clientèle.

ans la rue des déportés, l’étonnante façade en verrière éclairant désormais les escaliers de services et des bureaux de magistrats, rappelle la présence du magasin La ménagère. De la même manière, l’immeuble rue du général de Gaulle portant encore des faïences bleues, un encorbellement sur une sorte de console, suivi d’un autre bâtiment emblématique surplombé en fronton d’un caducée et d’une plaque « bazar », non loin de « Chézot » ou des Nouvelles-Galeries enseignes aujourd’hui toutes disparues, témoignent d’une offre commerciale généraliste ou spécialisée de centre-ville, quand les déplacements étaient piétonniers et que les courses relevaient de l’exclusif domaine de compétence de la bonne ménagère. Faute de capacité à conserver au frais les denrées périssables, les halles couvertes devenaient dans un souci d’hygiène alimentaire, un lieu incontournable sur la place du onze Novembre, jusque dans les années 1990.

Également, les boulangeries fournissaient autrefois la base du repas des habitants des quartiers. Puisque tel n’est plus le cas, alors que la plupart sont repoussées en périphérie dans les supermarchés, les anciennes devantures subsistent, comme au 71 de la rue Bernard Lepecq avec enseigne et corniche surplombant l’ancienne vitrine transformée en habitation.

De même, des activités de grossistes ont déserté la ville ou n’ont plus cours. Toujours dans la rue Le Pecq, au 22, à l’angle de la ruelle des cornetteries, une graineterie fournissait de gros sacs de grains de blé, par exemple, tandis que du charbon et du fer étaient disponibles à l’entrée de la vieille ville, au bas de la rue Rennaise, contigu au passage Anna Politkovskaïa.

S’agissant de gros secteurs d’industrie, si les filatures, la chaux ou le secteur aéronautique ont porté l’économie de la ville, ces activités ont perdu de leur importance ou ont disparu.

Le siège actuel des cabinets d’avocats Richefou et Zocchetto abritait avant les Filatures Masseron - (c) Photo leglob-journal

De sorte qu’il ne reste des filatures Masseron que les murs du site de production sur le quai d’Avesnières (désormais un immeuble d’habitation), dans le prolongement de l’hôtel particulier qui logeait le propriétaire de l’usine, hébergeant désormais les cabinets d’avocats Zocchetto et Richefou. Les bâtiments de la rue Hydouze ont laissés la place à une copropriété de standing.

Quant au remplacement de la noblesse ou de la très haute bourgeoisie, il s’illustre très bien avec l’hôtel particulier Farcy de Ponfarcy, rue du Douanier Rousseau. Après avoir abrité la famille Farcy de Ponfarcy puis celle d’Alain Gerbault, grande fortune dans la production de chaux, la bâtisse, devenue propriété du département, servit de pensionnat dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance. Vendu depuis peu, un propriétaire privé a repris la main.

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Feu la clinique Sainte-Elisabeth - (c) Photo leglob-journal

Pour finir, le monde sanitaire n’échappe pas cette recomposition. L’hospice Saint-Julien prend l’eau tandis que la clinique Sainte-Elisabeth, victime de la politique de regroupement forcé des établissements hospitaliers avec la loi de 1991 (gouvernement Juppé), a laissé la place à une résidence où, curieusement, de nombreux kinésithérapeutes ont trouvé à exercer.

Voilà ce qu’est aussi notre ville : un témoignage de son temps pour qui sait lire les façades et connaît les remaniements urbains. Sa transformation est un signe de bonne santé sociétale. Une cité qui se sent à l’étroit connaît une augmentation de population. Une ville qui accueille des services publics peut être rassurée quant à la puissance de l’État et de l’intérêt commun. La ville est un marqueur de civilisation ; reste à savoir pour quel idéal nous œuvrons.

*leglob-journal remercie le service du patrimoine de la ville de Laval pour ses précieuses précisions


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Laval insolite - ou comment lire l’histoire de la ville sur ses façades

Publié le: 5 septembre 2017
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