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a Présidentielle 2017. Avec ce Droit de suite leglob-journal. Saint-Léger-en-charnie, c’est le village en Mayenne qui a le plus voté pour le FN. 53,33 %, c’est un score important pour ce bourg rural avec 244 inscrits qui a connu par ailleurs un taux de vote blanc de près de 7 %. Avec le recul nécessaire, la distance et la volonté de comprendre, leglob-journal s’est rendu sur place pour tenter de cerner ce qui pousse des électeurs en milieu rural à se tourner aussi fortement vers un parti qui fait son lit sur la haine de l’autre, l’anti-Europe et le repli sur soi. Reportage.

Par Thomas H.

À Saint-Léger-en-charnie, 312 habitants, comme dans beaucoup de villages de la Mayenne, l’église qui existe depuis 1125 et qui a été entièrement remaniée au XVIe, est centrale dans le bourg. Mais ce n’est plus suffisant.

Une association pour la sauvegarde du patrimoine l’a joliment mise en valeur, mais ce n’est pas l’essentiel, et Véronique la présidente de l’association ne mâche pas ses mots sur le score du FN : « on l’a un peu en travers ! On ne peut vraiment pas être fiers de ça (…) ça crée la zizanie dans le village, car en fait ceux qui ont voté pour Le Pen, ils sont fiers d’eux !  »

Elle apparait pour la première fois en 1125 dans des registres et est remodelée à partir du XVIè siècle

Véronique m’explique que l’église s’est construite progressivement à travers les siècles avec des rajouts de chapelles. Progressivement comme la montée lente mais durable du Front National. Elle me déclare : « vous vous rendez compte, on est les seuls dans le département de la Mayenne à avoir voté aussi massivement pour Le Pen, pourtant ici il n’y a pas de chômeur, et pas d’étranger !  »

Alors pourquoi ? Pourquoi cette vague frontiste à Saint-Léger-en-charnie, mais aussi dans d’autres villages mayennais ? Le maire du village Jean-Luc Messagué (SOC) qui dirige l’équipe municipale depuis les élections de 2014 me reçoit sur le pas de la porte ; son chien de garde reste à l’intérieur.

La mairie, avec le drapeau de la France et celui de l'Europe, un peu caché

Avant, il me confie qu’il a décidé de s’installer dans le Gers et qu’il va laisser la Mayenne derrière lui après y avoir passé une bonne partie de sa vie travaillant pour Séché, qu’il donnera sa démission au Préfet le 31 décembre ; qu’il a déjà vendu sa maison, plutôt correctement. Le maire de Saint-Léger-en-charnie explique « on a des meneurs sur le bourg, notamment un gars qui sait faire ! » Puis il ajoute « je suis très déçu pour ma commune, mais j’accepte. Le vote est républicain. »

Jean-Luc Messagué me confie avec un peu d’amertume qu’ « ici ils ont un demi-siècle de retard, ils n’ont pas de portable par exemple ! », qu’ils disent « qu’il faut tout clore, tout fermer, les frontières ». Le maire me parle de « beuveries régulières » pour ceux qui ont voté Le Pen et qui travaillent, chez Bel ou Socopa, des usines agroalimentaires.

« La route des 4 grammes, c’est comme cela qu’on l’appelle » me dit-il en pointant du doigt la route plus bas. « Il faut savoir qu’ils boivent toute la journée quand ils sont au plan d’eau le week-end et d’ailleurs j’ai déjà demandé à la gendarmerie qu’elle intervienne, c’est trop dangereux quand ils rentrent avec leurs voitures ! » Dans son conseil municipal, Jean-Luc Messagué confie avoir « réussi, sur les onze qui siègent, à les limiter à cinq, ces gens là ! De toute façon, j’arrête à la fin de l’année ! »

L'épicerie de Saint-Léger, comme son nom l'indique, qui fait dépôt de pain et vente du journal local

Au premier tour de la Présidentielle, les Légéréens et les Légéréennes, c’est comme ça qu’on appelle les habitant(e)s de Saint-Léger-en-charnie, avaient voté à plus de 30 % pour Le Pen. Fillon était arrivé second à 21,15 %, Macron à 18,27 %. Mélenchon à presque 17 % ; Le Parti Socialiste, l’étiquette du maire, avec Hamon à 4,33 % était distancé par Dupont-Aignan (5,29%). Au second tour maintenant, « le village est coupé en deux. » Il y a « les progressistes et les frontistes ».

Déjà lors de la dernière élection, le FN avait fait 35 % à Saint-Léger. Une strate, « un terreau fertile », un très gros score commente le maire qui a fait deux mandats : « ceux qui ont voté Le Pen ce sont des gens simples, qui s’arrêtent et focalisent sur des sujets qui ne comptent pas », analyse l’élu. « Ils disent par exemple que “la 3C” [La communauté de communes des Coëvrons ; NDLR] "on en a rien à faire !" Franchement, ils sont archaïques... »

Le monument aux Morts à la croisée des routes...

Alors majoritairement archaïque Saint-Léger ? Le village est à 8 kms de « Sainte Suzanne qui a accueilli des migrants », et à 5 de Vaiges où la châtelaine en son château avait accueilli Marine Le Pen. Elle avait choisi d’annoncer sa candidature à la Présidentielle depuis la Mayenne et au cours d’une fête bleu blanc rouge. Le podium avait été installée dans le parc du château. La candidate frontiste avait prononcé son discours de candidature retransmis sur les chaines d’infos en continue. Lire l’article ici d’Aubin Laratte

Lire aussi : : FN, la tentation du passé

Saint-Léger, son monument aux Morts, son église et son épicerie. Et Gérard aussi, 66 ans. Il accepte bien volontiers de se faire prendre en photo. « Pas de problème ! » me dit-il. Curieux, il s’était mis à la fenêtre pour voir qui se garait pas très loin. Au bout d’un peu plus de trente secondes d’échange je sais qu’il est retraité et qu’il a voté Le Pen. « Marine Le Pen, parce que Macron, il est trop jeune ! Et il voulait mettre la retraite à 65 ans !...Pas possible, ma femme, elle a 51 ans, vous voyez ! et elle travaille encore ! Alors... » Gérard, le breton installé à Saint-Léger depuis des années maintenant, voit midi à sa porte. Il estime qu’ « elle a changé par rapport à son père ; non ! elle n’est pas raciste ! et puis un jeune de 39 ans... c’est facile de parler, maintenant on va bien voir !  »

Gérard parle sans complexe. « Je suis pas raciste ! j’ai des amis arabes et portugais ! Le Pen, elle a changé, c’est pas du pareil ! Et puis ce gamin qui vient au gouvernement ? vous savez, les jeunes, ils ont vu leur avenir, mais nous les vieux, qu’est-ce que ça va faire ?  »

Gérard, un breton de souche installé à Saint-Léger en Mayenne

Je laisse Gérard sur ce questionnement. Je le remercie d’avoir répondu, et il me sourit. Je me dirige vers la petite mairie, à deux pas, l’ancienne école de filles qui a été édifiée en 1857. Il y a les deux drapeaux en façade : le tricolore et l’européen. Michel, 32 ans, est chauffeur poids-lourds. Il est allé cherché ses 2 enfants à l’école, je l’interpelle quand je le vois passer, parce que la rue centrale est plutôt vide. « Oui, y en a marre de voir des marionnettes au gouvernement qui jouent avec un peu tout ». Il ajoute « l’U.E qui nous détruit plus qu’autre chose ! Le nombre d’agriculteurs a baissé, un peu partout, les quotas laitiers, bon, vous voyez, c’est tout un système européen qui gouverne la France. »

Michel parle bien, il est calme. « Le Pen veut contrôler chez nous, et Macron c’est l’extérieur qu’il veut contrôler. Il veut des interventions extérieures et un de ses quatre ça va nous tomber sur le dos, non ? ». Michel explique qu’ « on vit bien ici, mais je suis très déçu que Macron soit passé ! ça fait cinq ans qu’on se plaint de Hollande, et c’est pareil ! Nous on se bat pour nos enfants ! On gagne bien notre vie, j’me plains pas ! Mais c’est les charges ! tout ce qu’il faut payer ! »

Michel qui voit lui aussi midi à sa porte, me lance qu’il n’a pas voté Le Pen au premier tour, mais Dupont-Aignan. Il me confie que ce n’est pas la première fois qu’il vote FN. « Ça me gonfle de payer pour ce type qui est à Evron ! [Un islamiste algérien condamné à mort dans son pays et assigné à résidence, NDLR] C’est pas de notre faute si il y a la peine de mort dans son pays ! » La peur de l’autre. Et la haine. Michel me raconte « j’ai proposé à ma femme d’aller à Paris un week-end, je me souviens, elle n’a pas voulu, elle m’a dit qu’elle avait peur des attentats. »

Saint-Léger a voté à 53,33 % pour le FN, avec près de 7 % de vote blanc, « parce que c’qu’on me donnait au deuxième tour, ça n’allait pas ! » consent simplement à me dire un des seize habitants en âge de voter qui a mis un blanc dans l’urne et qui m’envoie gentiment bouler. Patrick, lui s’est abstenu. Il fait partie des 18,44 % d’abstentions. 44 autres personnes sur Saint-Léger on fait comme lui. À 64 ans, il se dit « déçu par le cirque de la campagne du second tour  » et de l’après, celle des législatives qui démarre.

L'entrée du villge de Saint-Léger-en-charnie

C’était logique de ne pas aller voter me dit Patrick. Il était plus du coté ouvrier, et de Mélenchon, il y avait pas l’offre alors « je me suis abstenu ». « Vous savez ça fait quatre ans que je suis à la retraite ; avant j’étais conducteur-offset chez Jouve, je bossais sur les rotatives, quoi, à imprimer des bouquins ; j’ai été placardisé, les dernières années... c’est une misère, faut pas vieillir !  »

Patrick s’essuie les mains avec un chiffon, en même temps qu’il me parle, « on s’occupe, je travaille dans la maison, y a toujours un truc faire, là je suis dans le garage ! » Un petit pavillon. Patrick est comme il le dit lui-même« une pièce rapportée à Saint-Léger  ». Il est en Mayenne depuis trente ans, mais au début « c’était pas coton ! », il arrivait de la région parisienne et « longtemps on m’a appelé Le Parisien, j’étais considéré comme un étranger à Saint-Léger et ça a bien duré quatre ou cinq ans  ». Patrick continue et raconte « une fois, je me souviens, j’ai dit au maire : t’en a pas marre d’être entouré de facho, c’était il y a longtemps et vous voyez, bon ! On en est là ! ».

En Mayenne sur les 276 communes, le FN a fait des scores conséquents dans d’autres villages comme Assé-le-Béranger (51,58%), mais aussi Saint-Cyr-en-Pail (51,74%) , et Vimarcé (51,89), mais la plupart du temps, c’est entre 30 et 40%. Il y a aussi des villages où le FN n’a pas dépassé la barre des 19 %. Ils sont rares, ces endroits où l’extrême-droite et ses idées rampantes n’ont pas réussi à prendre dans terreau du conservatisme ambiant. C’est le cas à Denazé, en campagne. Mais aussi dans le milieu rurbain, à Laval, la ville préfecture.


2 commentaires
  • Chers amis, Je ne pouvais ne pas réagir à cette journée que nous venons de vivre. Oui un homme un grand de ce monde vient de prendre les rennes de notre pays,adieu cette populasse inculte et inintelligente que l’on a poussé dehors .N’ayont pas peur ils seront peu nombreux à l’assemblée nationale pour comme d’habitude détourner de l’argent public,très certainement une petite dizaine ,ce parti est en train de s’éteindre.Merci pour avoir compris que ce parti était le pire des maux que la France aurait pu contracter. Évitons dès maintenant de côtoyer cette vermine inculte,nous les connaissons leur ignorance est le point sur lequel aucune erreur de classification n’est possible.Encore merci à vous.

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  • réponse de Philippe nous sommes d’un petit pays rural sans étranger et de voir cette montée de la famille Lepen nos concitoyens sont ignares et non réfléchis, et je crois deviner qu’ils cherchent à ce faire voir au niveau nationale c’est un vrai nid de guèpes attiré par la vache qui rit.

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Le FN monte en campagne, l’exemple de Saint-Léger avec ses 53,33%

Publié le: 12 mai 2017
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