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Qu’est-ce qui se cache derrière la volte-face des agriculteurs ? Le rond-point du Zoom occupé et l’espace routier qui avait été depuis lundi dernier soustrait à la libre circulation ont été déserté pendant la nuit de vendredi à samedi après l’échec des négociations avec Lactalis qui se sont déroulées jusqu’à tard dans la nuit. Les agriculteurs qui avaient mis le géant agro-alimentaire dans leur ligne de mire l’accusant de ne pas les rémunérer à la juste valeur de leur travail ont levé le camp. Mais promettent d’étendre la mobilisation à tous les sites du groupe. Chronique d’un échec.

- Par leglob-journal

Le barnum s’est volatilisé, avec d’autres, il était un des symboles du bras de fer engagé entre Lactalis et la FNSEA. Le barnum a été démonté au pied du Zoom aussi appelé « camembert » ; les panneaux où il était possible de lire « Lactalis voleur », ou bien « Président, le camembert qui coule les producteurs », enlevées eux aussi.

Le tas de pneus, prêt à être enflammé et qui avait été sagement positionné sur une des pelouses adjacentes disparu également. Il n’aura pas servi ; sur place il ne reste que quelques stigmates de l’occupation. Mais la « guerre du lait » ne semble pas terminée à entendre les discours de chacun.

Ils sont partis après que le tribunal ait demandé dans la soirée de vendredi de rendre la libre circulation aux véhicules et aux camions. Les juges statuaient en référé après que Lactalis ait porté plainte, estimant que l’occupation du rond-point par des agriculteurs venus de toute la région Grand-Ouest gênait son activité.

Depuis lundi, selon un agent de l’usine du géant multinational Lactalis qui produit sur le site de Laval essentiellement des yaourts, «  l’activité tourne plus qu’au ralenti, plus de palettes ne sortent et le climat est tendu dans l’usine depuis que le rond-point est occupé ».

Lactalis qui négociait avec les représentants de la profession laitière, sur place à Laval mais aussi à Paris, à la Maison de Lait, déposait dans le même temps un recours devant la justice. Une position duale et qui n’avait jamais été observée jusque-là ce que ne manqua pas de souligner la numéro deux de la FNSEA Christiane Lambert qui s’en étonnait.

La veille sur une chaîne télé d’informations, le président de la FDSEA en Mayenne Philippe Jéhan redisait sa détermination à poursuivre le mouvement ; tant que « les agriculteurs qui veulent vivre de leur travail » n’auront pas gain de cause. Il rappelait aussi en toute fin d’interview à propos du référé en justice déposé par Lactalis que c’était la préfecture de la Mayenne qui avait décidé d’interrompre la circulation pour des meures de sécurité, et que le syndicat n’y était pour rien. Pas de quoi donc en faire tout un fromage !

En fait ce changement d’attitude, cette différence entre les paroles et les actes, cela ne ressemble pas à ce que nous ont habitué les leaders de la FDSEA en Mayenne. Et notamment son premier représentant qui surfe constamment entre détermination et paroles lourdes ; n’a-t-il pas mis en garde « Lactalis paiera très cher son manque de considération ».

À cet échec des négociations qualifié d’« énorme, vraiment très triste  » par Philippe Jéhan qui veut croire à présent en la faculté de « rebondir  », il faut ajouté la décision du tribunal de Laval. Son jugement en référé était assorti d’une menace pécuniaire – apparemment dissuasive - de 5000 euros par jour de blocage supplémentaire en cas de refus de respecter la décision judiciaire.

Alors le pouvoir de l’argent a-t-il joué dans cette démarche de retrait soudain du conflit ? Le syndicat ne voulait-il pas ou ne pouvait-il pas se permettre de risquer de faire marcher la calculette pour un refus d’obtempérer ? Est-ce la fatigue et la fermeté de Lactalis dans les échanges ou bien au delà, est-ce la pression politique de Lactalis qui a joué ?

Les agriculteurs en Mayenne savent en fait qu’à présent les manifestations ne sont plus aussi faciles à mener que par le passé. Ils s’en doutaient, mais cette épisode le leur a confirmé. Le bras de fer pour pouvoir se faire entendre est aussi - et c’est nouveau - à mener avec d’autres interlocuteurs qui ne font que passer dans le département et qui n’ont presque rien à perdre, sauf leur crédibilité.

Car aux injonctions de l’administration et de l’autorité préfectorale qui ont sous la conduite de l’ancien préfet permis des échanges à fleuret mouchetés, se sont adjointes les décisions de justice, plus nombreuses que par le passé ; une justice en apparence moins clémente qu’auparavant. À cela, il faut ajouter une opinion publique qui semble elle aussi évoluer dans un sens moins permissif, même si selon le président de la FDSEA « de nombreux témoignages sont venus vers nous en guise de solidarité ».

- Thomas H.


1 commentaire
  • Imaginons que le Secrétaire général de la CGT soit un patron d’une entreprise du CAC 40 !

    C’est pourtant le cas à la FNSEA où Xavier Beulin, céréalier dans le Loiret en est le Président et aussi Président du Groupe AVRIL, No 1 français de l’huile de table et de l’alimentation animale. Voir : http://www.groupeavril.com/fr

    Christiane Lambert, éleveuse de porc dans le Maine-et-Loire, Vice-Présidente de la FNSEA, déclarait sur France 5 le 28/01/2016 : « On veut des fermes de 250 vaches qui sont plus rentables que des fermes de 80 vaches » Voir : https://www.youtube.com/watch?v=x6b...

    Voilà comment la FNSEA défend les producteurs de lait ! Donc à eux d’ouvrir les yeux.

    Comme pour l’industrie, l’Union Européenne a mis en concurrence les agricultures du continent après avoir mis fin à toutes les régulations, et l’élevage de notre région vit peut-être ce qu’a connu la sidérurgie lorraine.

    Enfin n’est-il pas temps pour tous ceux et celles qui réfléchissent à une autre alternative, de réfléchir à l’utilité des organisations agricoles, notamment les Chambres d’agriculture qui servent à asseoir la mainmise de la FNSEA sur la profession et empêche celle-ci d’évoluer vers la demande sociétale : la bio, les AOP, les labels, les circuits courts qui ne sont pas en crise ? Sinon, vu la vitesse à laquelle l’élevage disparaît dans notre département, dans quelques années, la campagne mayennaise ressemblera à la Beauce.

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Le bras de fer avec Lactalis, chronique d’un échec

Publié le: 27 août 2016
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