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Une nouvelle présidente du Tribunal de Grande Instance (TGI) à Laval en Mayenne. Sabine Orsel arrive de Saint-Quentin, c’est dans l’Aisne. C’est la deuxième femme à diriger le TGI de Laval après le court épisode de cinq ans d’Élisabeth Linden entre 1985 et 1990. Sabine Orsel, 43 ans, entend dans sa fonction de Présidente jouer comme elle dit « dans le collectif, car on est plus intelligent à plusieurs. »

Par Thomas H.

« Faire impression, sans en faire trop ; séduire mais pas trop, et ne pas faire trop long […] l’exercice est complexe » a lancé en début de sa première prise de parole officielle la nouvelle magistrate. Intronisée par le procureur de la République Guirrec le Bras et Clotilde Ribet, sa consœur qui a assuré l’intérim pendant les trois mois de vacance. Trois années de Présidence, c’est « une fonction qui isole, a déclaré la nouvelle promue, et pourtant qui n’a de sens que dans le collectif, car une juridiction doit s’inscrire dans une communauté judiciaire [...] »

Une femme Présidente, s’est réjouit Clotilde Ribet qui a fait le job en attendant la nomination par le Conseil Supérieur de la Magistrature et l’arrivée de Sabine Orsel, une magistrate « déjà aguerrie par ses trois ans de Présidence, arrivant à Laval, une juridiction de taille moyenne, mais supérieure à celle de Saint-Quentin ». Voilà donc Sabine Orsel en Mayenne et installée dans « un département méconnu qui ne fait pas parler de lui […] même si nous avons l’entreprise qui a construit la Papamobile » a lancé avec un brin d’humour Clotilde Ribet devant le ban et l’arrière ban, le must juridico-politique réuni en audience solennelle dans la grande d’audience du Tribunal, au premier rang duquel se trouvait Olivier Richefou, le président du Département qui est resté impavide.

La province, un vrai choix

Juge d’instruction, puis juge des enfants, puis n°1 du Tribunal, Sabine Orsel est l’archétype de la magistrate qui a grimpé les échelons. « Travailler en province, c’est un vrai choix pour elle » a souligné Clotilde Ribet qui a rappelé au passage les 22 ans de règne, sans discontinuer du Président Jean-Patrice Douchy, inamovible magistrat du siège à la tête de la juridiction. « Le XIXe siècle, et le passage au début du XXIe... Avec lui nous n’avions plus de crayons, gageons qu’avec vous, Madame la Présidente, nous n’utiliserons plus de papier...  »

Sabine Orsel le jour de son installation, l’audience solennelle terminée, dans la salle d’audience vide - (c) Photo leglob-journal

Puis, symboliquement une magistrate chasse l’autre. Ce fut le moment de l’échange de fauteuil. Clotilde Ribet qui a redit qu’elle ne voulait pas de cette fonction a donc volontiers cédé sa place à Sabine Orsel au centre de l’espace réservé aux magistrats du siège. À elle d’évoquer par exemple la fusion entre le TGI et le Tribunal d’instance, consciente qu’elle est des difficultés présentes et à venir dans le monde feutré de la Justice qui hésite de moins en moins à faire part de ses états d’âme. Elle s’est exprimée de façon claire et franche face à l’assistance. Sans trop de circonvolution. Sur la dyarchie par exemple, cette obligation de diriger et d’organiser conjointement le travail du Tribunal avec le Parquet. S’adressant à tous aussi, elle a notamment déclaré que « L’efficacité de l’activité judiciaire passe par la confiance qu’elle inspire. Nos prises de décisions doivent être irréprochables. » Un message qui, on l’a bien compris, devra être reçu cinq sur cinq.

Elle a eu aussi des mots de soutien aux greffiers en sous-effectif chronique, qui font un travail énorme et sans qui la Justice ne tournerait pas. Évoquant la dématérialisation, la nouvelle présidente du TGI estime que « Les outils numériques ne sont que des outils et ne doivent pas nous asservir. C’est une chance si on apprend à les dompter, c’est pourquoi nous organiserons des formations communes à tous.  » Le collectif à nouveau, « comme au rugby » et comme remède peut-être à la gestion dans la crise.

Justice et indépendance

Sabine Orsel aime en tout cas s’exprimer, cela se voit. Et dans les média aussi, cela s’est lu. Pour pointer les dysfonctionnement de l’Institution. Alors présidente du TGI de Saint-Quentin, elle confie en novembre 2015 au Parisien : «  La seule façon de réguler mon activité, c’est de travailler le week-end […] Depuis janvier 2015, on a quasiment doublé le nombre d’audiences pour écluser les stocks de dossiers en attente. »

Au quotidien La Croix, elle expliquait déjà en 2011, alors en poste à Tours pour dénoncer la charge de travail et alors que l’attitude de Nicolas Sarkozy à l’égard des magistrats était dans la défiance : « À l’heure où je vous parle, le calendrier des audiences pénales est plein jusqu’en juin. Ainsi, un adolescent qui commet aujourd’hui une infraction ne peut bénéficier d’aucune mesure éducative avant juillet. À moins qu’il ne récidive ou qu’il se montre particulièrement violent. Dans ce cas, et seulement dans ce cas, je le ferai passer en priorité. » 

Sur l’indépendance de la Justice justement, Sabine Orsel, gravement, a rendu également un hommage appuyé aux fonctionnaires et ceux de justice « emprisonnés par millier » en Turquie depuis la tentative de coup d’État. Savourons notre chance, a-t-elle dit en substance, rappelant qu’il est possible en France de rendre un jugement touchant un proche du Pouvoir sans risque de se retrouver en prison.

Voilà Sabine Orsel, nouvelle présidente d’un TGI, installée en Mayenne. Un département qui selon Clotilde Ribet qui l’a dépeint ainsi à celle qui va être amenée à le découvrir « est presque une province, comme la Vendée. On est fier d’être mayennais comme on est fier d’être breton. La Bretagne, a-t-elle ajouté, a saccagé sa campagne, mais il lui reste la mer. La Mayenne, elle, a préservé sa campagne. Heureusement, car il n’y a pas la mer... »


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« Le collectif » en tête, pour la nouvelle présidente du TGI de Laval

Publié le: 17 avril 2018
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