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Ce désert-là n’est pas climatique mais médical ! Après une année d’existence, le samedi 28 octobre 2017 l’ACCDM, Association de citoyens contre les déserts médicaux, organisait à la suite de son Assemblée générale, une réunion publique d’informations pour faire un point sur son action. Dans le public, mais aussi dans les invités, plutôt âgés, tous étaient concernés par le défaut de couverture médicale du territoire. Des CSP-plus mais aussi des ruraux. L’occasion de dresser un état des lieux, entre drames et innovations.

- Par Marrie de Laval

La sérénité faisait parfois défaut dans les débats tant des rancœurs, des frustrations, et de grandes inquiétudes compréhensibles au demeurant et des réflexions maladroites, se télescopaient. Comment oser dire le contraire quand des patients et des médecins expliquent que pour un « simple renouvellement de médicaments » pour une pathologie stabilisée au long cours (de type diabète ou hypertension), il faut appeler le SAMU ou se rendre aux urgences ?

Quand François Zocchetto, maire de Laval et président de l’agglomération lavalloise, explique : « le sujet est de première importance puisqu’il est impossible d’accéder aux soins. Qui aurait pu croire ça, il y a quelques années ! », dans la salle, le public s’indigne et lui oppose que «  la démographie médicale appelait à l’anticipation dès les années 90 ». Parce qu’il faut 10 ans pour former un médecin. « Et gouverner, c’est prévoir », comme disait Émile de Girardin.

Depuis les années 70, il y a eu convergence entre l’aveuglement politique et le conservatisme de certains médecins soutenus par des syndicats de la profession médicale. À cela s’ajoute, l’idée selon laquelle l’absence de docteurs limiterait les prescriptions médicamenteuses, comblerait le trou de la Sécu, empêcherait le déficit. Tout cela mis bout à bout a eu raison du système de soins dont nous étions si fiers en France.

La crise sanitaire est déjà là : il y a non-assistance à personnes en danger

De nombreux exemples le prouvent. Des malades, exclus du circuit pour cause de docteurs saturés de patients, en sont réduits à consulter aux urgences ou appeler le SAMU. En ophtalmologie, des mayennais renoncent depuis des années au suivi et aux soins, souvent parce qu’incapables de se déplacer dans une localité plus éloignée. Certains se regroupent par famille pour faire « voyage commun » en voitures sur Rennes ou Angers par exemple, mais les médecins rechignent car s’ils sont en retard ou empêchés, « c’est une demi-journée de travail de perdu » disent les toubibs, un manque à gagner, et des patients qui auront perdu une chance de consultation.

Sur la seule agglomération lavalloise, près de 10 000 personnes ne disposent pas de médecins référents. Et cela ne va pas s’arranger puisque la moyenne d’âge des praticiens est de 56 ans. La municipalité de Laval, tout en martelant que le système de soins est de la seule compétence de l’État et de la Sécurité sociale, entreprend l’expérimentation d’une Maison de santé en coordination avec le conseil départemental avec la première installation sur le quartier de Hilard en faisant appel à des médecins à la retraite et à des internes.

Un monde médical en pleine mutation

Par la diversité des intervenants (des élus locaux comme Christian Briand, Élisabeth Doineau, Guillaume Garot, ou François Zocchetto - des associations de patients de Vendée et de Mayenne, Audace53, association pour les hôpitaux et maternités de proximité, des praticiens comme les docteurs Jouan et Rafaud), les prétentions de chacun et les limites des solutions présentées ont permis de poser les choses.

Depuis 1948, les constitutions des IVe et Ve République disposent du droit à être soigné. Les patients veulent des médecins à proximité, et de toutes spécialités confondues dans une large plage horaire pour tenir compte de l’évolution des modes de vie et de travail.

Or, les médecins (qui sont aussi à 75 % des étudiantes depuis plus de 10 ans dans les facultés) n’acceptent plus de travailler 70h/semaine comme dans les années 70 et les conséquences familiales et sociales que cela entraine sur leur vie. Cette profession a un des plus fort taux de divorce. Et les conjoints doivent tout autant pouvoir trouver à travailler à proximité. L’image du médecin avec l’épouse au secrétariat est révolue.

Zone blanche et désert médical

Le débauchage de médecins étrangers pose tout autant des difficultés relatives à la formation, la barrière linguistique, l’acclimatation à un nouveau mode de vie tout en étant éthiquement préjudiciable aux populations dépossédées de leurs médecins. Quant aux divers plans gouvernementaux de sauvetage du système, trop souvent cosmétiques, ils se heurtent aux réalités du terrain : en effet, comment procéder à de la télémédecine en l’absence de médecins pour poser le diagnostic en bout de ligne, si tant est que la ligne avec fibre pour l’internet à haut débit, primordial pour l’imagerie médicale, existe ? Parce qu’à la zone blanche téléphonique se superpose celle du désert médical.

Outre les difficultés à attirer de nouveaux praticiens, le compte de jeunes en formation n’y est pas. Avec 8588 étudiants admis en 1972 en première année de médecine, 3750 en 1992 et 7500 en 2012, nous auront encore des phénomènes de désertification ! Si nous sommes remontés à 8124 étudiants en 2017, nous n’avons toujours pas comblé le niveau de 1972, d’autant plus que la population en France est passée de plus de 50 millions à presque 65 millions aujourd’hui. Que les politiques ne viennent pas nous dire qu’on forme trop de médecins !

Alors, face à tout ce désordre et cette pénurie, à défaut de médecins, la Mayenne innove. Christian Briand l’ex-maire de L’huisserie a expliqué que « sa municipalité a décidé de salarier des médecins et que ça fonctionne : deux sont déjà en poste dans la Maison communale de santé de la ville et un troisième va arriver ». Toutefois, ce qui équivaut à l’abandon du statut libéral ne va pas sans poser de problèmes pour la profession qui rechigne, voit cela d’un mauvais œil et a été un temps vent debout pour fustiger l’initiative unique en Mayenne.

Élisabeth Doineau a présenté la Maison médicale du pays de Craon. Selon l’élue, « rien n’est jamais perdu ! ». La sénatrice a expliqué que pour y regrouper 70 professionnels du secteur médical, il a fallu des mois, pour ne pas dire des années, de discussion entre tous les intervenants (professionnels, patients, collectivités) pour aboutir à une solution pérenne mais toujours en évolution pour coller au plus près des besoins. Rien selon elle, ni ne peut ni ne doit rester figé. « Le service médical de proximité est l’avenir poursuit-elle, et les stages auprès de généralistes durant le cursus universitaire favorisent les installations ».

Le docteur Jouan, praticien dans la Maison médicale de Montsûrs, du Conseil de l’ordre des médecins de la Mayenne et membre de la faculté de médecine d’Angers renchérit, dans l’expression des vœux à la suite des classements de sortie pour les jeunes diplômés : « le département redevient attractif devant celui de la Sarthe et du Maine et Loire ». En sa qualité d’initiateur du regroupement en 2009 sous la forme d’une SISA (Société interprofessionnelle de soins ambulatoires), de ce qui est maintenant la maison médicale de Montsûrs, il favorise l’installation toute en souplesse de professionnels. Cette solution semble séduire les plus jeunes en recherche d’un mode de vie équilibré permettant de panacher une pratique tant en milieu libéral que public.

La diversité des situations d’installation sans les contraintes administratives ne les éloigne plus de leur vocation, au moment où seul 20 % des nouveaux diplômés s’installent à leur compte.


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Le désert médical avance, des solutions aussi !

Publié le: 7 novembre 2017
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