Le jeune Kosovar de Changé, un « sans-papier » avec «tant de courage»

lettreinew-3.jpgIl a tout du héros, Florim Shehu. Il a sauvé le samedi 9 juin 2018 pas moins de six personnes alors que l’eau montait brusquement, à Changé, en raison des orages. Florim a trente-trois ans, et demandeur d’asile. Avec sa femme Djellza , ses deux enfants en bas âge il attend des nouvelles de ses papiers depuis février 2018, mais « la préfecture tarde un peu ». Il aimerait bien pouvoir travailler en Mayenne, en France dans son nouveau pays. Il est loin du Kosovo qu’il définit comme « une pièce des Balkans ». Son pays de naissance, il l’a quitté en 2015. Florim, comme tous ceux qu’on appelle « migrant » et qui attendent beaucoup de la France, c’est un Homme avec des droits et des devoirs, avec un passé, une culture. Rencontre.

Par leglob-journal


Florim, ce musulman devenu un héros… Jusqu’à l’Évêque de Laval Thierry Scherrer qui salue officiellement « cet homme qui sauvé six personnes avec tant de courage […] actes de bravoure, gestes de solidarité, moments d’attention pour les plus fragilisés […] » dit le religieux catholique. Florim, lui simplement, explique qu’il n’a « pas réfléchi, il fallait y aller…  » pour sauver ces gens.

Dans le logement que la municipalité lui a mis à disposition dès son arrivée à Changé, en septembre 2017, après un passage à Château-Gontier et Mayenne, Florim Shehu raconte à l’aide de photos son histoire, des flashs sur son passé, sur sa vie, dans un français nouvellement appris.

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Avec le père, Hamdi et l’épouse, Djellzablanc_long-50.jpgkosovarflorimguerresmall.jpgkosovarflorimmeilleuramismall.jpg

Avec le bon copain Blerim…
A gauche, sous la neige, sa ville natale, Feerizaj, située au nord du Kosovo, et que l’on devine en arrière fond.

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Sa mère est restée au Kosovo explique-t-il, son père, (La photo d’accueil de son téléphone portable) comme elle, était de nationalité américaine : il s’appelait «Hamdi et était professeur d’histoire et de kosovar». Florim retient ses mots et parle plus doucement. « Il m’a tout appris, il est mort d’un arrêt cardiaque ». Le grand regret qui rend Florim sombre tout d’un coup : ne pas avoir pu lui dire adieu. C’est d’ailleurs la première évocation, le décès de son père : « je n’ai pas pu me rendre au Kosovo pour le mettre en terre… […] je venais juste d’arriver en Mayenne, et le même jour, ma femme Djellza accouchait de mon premier enfant […] Une situation compliquée, non?… presque comme dans un film d’Hollywood…Ça a été dur à vivre ».

Flori, cela signifie « hors » en Kosovar

Son dernier job au Kosovo? Florim était chanteur dans un groupe de musiciens. Connu sous le nom de Flori, le diminutif de son prénom ; Flori, cela signifie « hors » en Kosovar, raconte-t-il. Il explique avoir beaucoup vécu à l’occidental dans son pays et ajoute : « Au kosovo, il y a beaucoup de problèmes intérieurs, beaucoup de corruption, c’est énorme! il faut beaucoup d’argent…Non, je n’ai pas été victime de la corruption directement, mais ma femme oui ! Elle est venue en France six mois avant moi. Un de ses cousins vit à Laval…C’est pour ça qu’on est ici, en Mayenne.»

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Florim Shehu, à Changé dans le logement mis à sa disposition par la municipalité – © leglob-journal

blanc_long-50.jpgComment on vit ? Florim est demandeur d’asile. « On a 250 euros », de l’Aide Sociale à l’Enfance, pas de RSA. Mais il aimerait surtout bien travailler. Il en a eu la possibilité récemment avec un CDI qui lui a été proposé pour ramasser des volailles dans une entreprise de Lassay-les-Châteaux, « une usine de poulets » comme il dit. « Mais sans papiers c’est pas possible… oui, je sais que c’est dangereux mais je dois travailler…»

florimchangecitation.jpgLe danger, Florim ne semble pas le craindre. La guerre au Kosovo, Florim s’en souvient hélas comme si c’était hier. Il avait 11 ans, alors bien évidemment ça marque. Il nous montre cette photo où on le voit sur la montagne enneigée avec en fond la petite ville où il a vécu toute son enfance. « C’est Feerizaj, dit-il, située au nord du Kosovo » à une vingtaine de kilomètres de la frontière de la Macédoine. « Une ville grande un peu comme Changé, complètement détruite par l’armée de Slobodan Milosevitch… Tout brûlé sur son passage… On s’est réfugié sur la montagne, je m’en souviens très bien. On est sorti rapidement de la maison, pris de la nourriture, on est allé sur la montagne, on a dormi dans le froid, pendant plusieurs jours… ».

Florim raconte encore : « Je me souviens, il pleut beaucoup, beaucoup ! On n’a rien pour se protéger. Pas de bâche. Rien. 3000 à 4000 personnes sont là, plein, plein, plein. Et nous avons bougé de ville en ville pour survivre et éviter l’armée de Milosevitch»

Survivre à Milosevitch

Quand Florim revient à Feerizaj, sa ville natale, tout est détruit. « C’est le choc, la maison : cassée, complètement. Perdus les photos, la bibliothèque, les livres, tout. Je pleure beaucoup…avons tout perdu. Maintenant, je suis toujours très ému. Tous ces morts… ma tête est pleine de ces histoires de morts. Je n’oublie pas. Depuis 1000 ans, le Kosovo a toujours vécu avec des dictatures : bulgare, turque, serbe… mais par chance notre culture a duré. »

La vie ici, loin de ses amis, comme Blerim son meilleur copain (ici sur la photo, assis par terre a sa gauche), loin de sa famille restée au Kosovo, de ses racines, de sa culture, ça lui pèse bien évidemment, mais « je dis souvent comme ça : j’ai perdu une petite famille là-bas, mais j’ai gardé une grande famille ici… Je connais beaucoup de personnes très gentilles, ici, qui m’ont donné une énergie positive en me disant : « allez Florim continue ! »… Et ça c’est bien… Je suis vraiment content !»

Florim dit parler cinq langues : le français maintenant, l’anglais, l’allemand, le kosovar, l’albanais et ajoute-t-il «un peu de serbe». Il pense à la nationalité française, bien-sûr . « Oui, j’habite ici maintenant, je ne retournerais pas au kosovo ; avec ma femme et mes enfants, la France c’est mon pays». Et puis, dit-il simplement avec un sourire : « j’aime regarder droit devant…toujours ! »

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