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Un thème ambitieux, pour la 69 ème assemblée des maires de la Mayenne qui s’est tenue à Craon : Penser le maire de demain. Dire qu’il s’est dégagé de grandes orientations sur la question serait mentir. Mais il est un nerf sur lequel a surfé cette réunion des maires et adjoints de la Mayenne, c’était bien évidemment celui de la guerre ; l’argent bien sûr, et les finances ont sous-tendu les échanges.

Par Thomas H.

Taxe d’habitation supprimée, qui représente entre 30 et 35 % des recettes des communes mayennaises et baisse de la DGF (Dotation Globale des Financements) qui s’est accentuée depuis des années : les pommes de discordes au pays du cidre mayennais sont nombreuses. Ce qu’a résumé simplement en fin de discours le maire de Renazé et président de la communauté de communes du Pays de Craon Patrick Gaultier : «  Les contraintes financières vont aller en se resserrant de plus en plus  ».

Mais militer pour « une ruralité vivante  et ne pas faire la place au découragement », c’est ce qu’a exhorté le président de l’AMF 53. « Attention aux communes obèses a dit Alain Dilis, qui vont faire leur marché chez le voisin, en faisant une "commune nouvelle" à la carotte ».

À sens unique

Officiellement, la parole est distillée depuis la tribune. Discours de grands élus. Peu d’échanges avec la salle ; seul Christian Briand s’est levé « on ne tient pas compte de la démographie et du vieillissement de la population en Mayenne..

Pourtant en coulisse, autour d’un café, des élus se confient. Pour Christine Dubois, la maire de Louvigné par exemple, ces restrictions budgétaires, « on les vit comme on peut ces baisses et il va falloir être imaginatif pour faire au mieux avec moins. Nous, nous avons perdu 12 000 euros pour une commune de 1100 habitants, c’est important. On n’a pas de baguette magique. Si quelqu’un en a une, on est preneur ! On a déjà mutualisé sur la Petite Enfance avec les communes alentours, Soulgé-sur-Ouette, Argentré, et ça passe bien. Mais on veut pas être contraint. Le problème, c’est qu’il ne faut pas que le gouvernement qui essaye de faire ce qu’il peut, applique le même modèle pour toutes les communes et que tout le monde soit obligé de rentrer dans le moule. En milieu rural, on a besoin de particularités. ».

Pascal Perrineau, le politologue invité, a fait un tabac. Il a mis en garde l’exécutif, « il ne faut pas s’attaquer de façon trop vigoureuse à ce qui marche  ». Allusion aux réformes annoncées en six mois par le gouvernement et qui passent mal depuis l’élection d’Emmanuel Macron.

Avant d’être très applaudi, il a ajouté« attention aux intercommunalités subies et non-choisies  ». Allusion à la fusion entre Laval Agglo et la communauté de communes de Loiron qui se dessine ?...

À Laubrières, 330 habitants, la maire s’appelle Colette Bréhin. Quand on la questionne sur les finances peau de chagrin, elle parle de « freins à l’investissement ; on gère notre budget comme un bon père de famille avec peu de marge et on repousse les dépenses d’investissement ; par exemple on a un aménagement de bourg commencé, et bien on fera ça en plusieurs tranches, sur une dizaine d’années ou même vingt ans ! Car c’est bien joli d’emprunter mais faut pouvoir rembourser les emprunts. » Sur la taxe d’habitation, elle espère une « compensation ».

Paradoxe. Ce « moins d’État » réclamé à corps et à cris pendant des années par des élus et de façon idéologique, y compris en Mayenne s’est finalement transformé en « moins de dotation » et passe par un retrait de l’État qui aide et soutient de moins en moins. « Le moins d’État » se retourne contre ceux qui le revendiquaient. Mais beaucoup de maires estiment que l’exécutif est actuellement « déconnecté de la réalité ; qu’il voit ça sur le papier, mais quand on est sur le terrain, c’est complément différent... » Certains ajoutent que le «  candidat Macron a un peu endormi les gens et qu’il fait actuellement surtout une politique de droite  ». « Beaucoup de gens en reviennent et ne savent plus en qui ils doivent avoir confiance  » estime ce maire d’une autre commune rurale qui a souhaité garder l’anonymat.

Pour Dominique Richard le premier magistrat de Voutré, l’incertitude sur la taxe d’habitation pèse, même si il sait que cette « taxe va être compensée sur 2016.  » Baisse des dotations : «  30 000 euros par an depuis plusieurs années sur une commune de 900 habitants. Chez nous la taxe d’habitation représente 60 000 euros, si elle est compensée, ce qui n’est pas certain, est-ce que cela durera dans le temps ?  » 

Dominique Richard fait ses comptes, « avec un budget de 5 à 600 000 euros, on ne peut pas se permettre d’en perdre 10 %, donc il faudra bien que cela soit compensé...  »

« L’homme qui est présent 24 heures sur 24, c’est le maire dans sa commune et le maire de demain devra être celui-ci » a martelé le président de l’Association des Maires 53. Quand la Ministre en charge des collectivités territoriales, Jacqueline Gourault, qui s’est voulu rassurante, dans un discours carré, en confirmant l’absence de baisse de la DGF, a rappelé que le Président Macron a parlé de « maire entrepreneur ». La collectivité comme une petite entreprise ? L’inquiétude planait donc sur l’AG des maires à Craon, ce samedi avec un moral un peu en berne. Comment dans ses conditions penser l’avenir ? Car « les communes nouvelles apparemment n’apportent rien » selon le maire de Voutré et « si on agrandit les structures, on crée d’autres compétences et financièrement on s’aperçoit qu’il n’y a pas d’économie réalisée ! Et puis l’intercommunalité, c’est la fin des comités des fêtes et donc moins de vie dans les petites communes »

L’absence de clivage droite-gauche ? beaucoup d’élus estime que cela ne va pas durer très longtemps cette idée : « il y a un moment, il va bien falloir que le Président Macron se positionne ; la fin du clivage, c’est un leurre ! ».

Trois comédiennes, trois paysannes au parler franc et s’exprimant à l’ancienne, en patois mayennais, ont dit tout haut sur la scène ce que beaucoup d’élus n’ont pas osé dire. Et avec humour. «  Le téléphone qui marche là, mais pas deux mètres plus loin » apportant de l’eau au moulin de Bruno Retailleau le président du conseil départemental de Vendée qui, depuis Nantes milite contre les zones blanches en Pays de la Loire.

« Les maires qui peuvent être mis en examen : mais après tout c’est normal, il sont payés pour ça  », ou bien la désertification médicale et la difficulté de trouver un médecin en Mayenne : « Ben normal, le Petit Macron, y fait des ordonnances à tout bout de champs...Dame oui ! »

Penser le maire de demain. Histoire de confiance. Car c’est encore l’élu de proximité à l’échelon communal qui détient l’indice de confiance qui fait le plus rêver selon le politologue qui scrute depuis des années la chose politique. 63 % en moyenne d’indice de satisfaction. Avec des scores à plus de « 70 % chez les mélenchonistes, ou les lepeniste, les "sachants" de la ville ou les ruraux, les ouvriers ou bien les agriculteurs  » égraine Pascal Perrineau. Mieux, « deux citoyens jeunes sur trois en France selon une récente étude ont un attachement fort à la commune » ajoute le patron de Sciences Po, citant Erik Orsenna : finalement « qu’est-ce qu’un maire ? Si ce n’est celui qui répare les vivants  ».

(c) Photos leglob-journal


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Le maire demain, dernier élément stable dans le paysage politique ?

Publié le: 8 octobre 2017
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