Le médecin généraliste et ancien maire de Renazé, convoqué à la barre

lettreanew-14.jpgA Renazé, l’interrogation est sur toutes les lèvres : comment le « bon médecin généraliste  » et ancien maire a-t-il pu « tourner de la sorte » ? A 71 ans, Richard Flament comparait jeudi 14 juin devant le TGI de Laval. Avec au-dessus de lui, trois chefs de mise en examen qui impressionnent, sur place : « escroquerie du 1er Janvier 2012 au 30 juin 2014, faux avec altération frauduleuse de la vérité dans un écrit, et usage de faux en écriture ». Le tout aux dépens de plusieurs organismes d’assurance maladie situés en Ille-et-Vilaine, dans le Maine-et-Loire, en Mayenne et en Sarthe. Des faits, selon la justice, étalés sur 18 mois.

Par Thomas H.

barreintertitre.jpgDernière minute : Richard Flament est condamné ce jeudi 14 juin 2018 à deux ans de prison avec sursis et deux années de mise à l’épreuve, passant par l’obligation expresse de rembourser les parties civiles. Son appartement à Paris lui est confisqué. Cette peine est assortie d’une interdiction des droits civiles et civiques pendant cinq ans : Richard Flament, ancien maire de Renazé, se voit donc interdit de vote. Un ancien élu se doit à la probité la plus totale a déclaré en substance le procureur de la République au cours du procès, en demandant initialement trois ans de prison avec sursis.


L’ex-maire RPR de Renazé (deux mandats successifs, de 1995 à 2008) comparaît libre à la barre. Son avocat, Maître Bernard Bouliou estime que« Dans ce dossier, avec plusieurs centaines de pièces, une information judiciaire aurait été nécessaire!»

«J’ai encore la faiblesse de croire qu’avec la nomination d’un juge d’instruction et l’ouverture d’une information judiciaire, le magistrat aurait pu instruire cette affaire à charge et à décharge. » développe le conseil de Richard Flament. Son client explique-t-il « plaide coupable  », et selon le défenseur du médecin, l’enquête a été instruite « exclusivement à charge… et c’est agaçant. » souligne-t-il, avant de poursuivre : « Mon client est à la retraite depuis juillet 2014. Il a selon la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM), facturé des actes qu’il n’a pas réalisé en tant que médecin.» On sent que l’avocat ne souhaite pas en dire plus sur le procédé.

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Contactée, la Mutualité sociale agricole (MSA) du Maine-et-Loire explique, pour sa part, explique avoir « déposé plainte le 2 mars 2015 auprès du Procureur de la Mayenne » et s’être « constituée partie civile  » dans cette affaire. La MSA du Maine-et-Loire poursuit : « À l’origine, c’est un signalement du Conseil de l’ordre des médecins de la Mayenne qui a déclenché le dépôt de plainte de la CPAM, auquel s’est associée la MSA du Maine-et-Loire.»

«Dans le cadre de la lutte contre la fraude, un travail d’investigation a été mené, en étroit partenariat avec la CPAM de la Mayenne. Deux familles, [des] ressortissantes agricoles du Maine-et-Loire, sont concernées par un usage abusif de leur carte vitale [par le médecin]. Le préjudice pour la MSA du Maine-et-Loire est estimé à plus de 2 700 euros. » Mais au total, et après calculs, il est question de 147 321 euros, quand on cumule les actes fictifs de tous les organismes de sécurité sociale qui sont «victimes» et parti civiles, dans cette affaire.

«Facturations d’actes fictifs»

Concrètement, il s’est agi de« facturations d’actes fictifs auprès de l’Assurance maladie, à l’insu des assurés» par le biais de leur carte vitale. Avec par exemple, en Maine-et-Loire, «des consultations à répétition» notamment. A Renazé, les langues se délient depuis qu’en février 2018, le procès a été renvoyé pour indisponibilité d’avocats au 14 juin. La presse locale en avait parlé,, alors depuis on se lache ; comme cet homme par exemple qui avance – sans que cela puisse être vérifié – que « le docteur allait chez ses bons clients et à l’improviste ; et ensuite, il prenait leur tension pour se faire payer ». Ou cette autre femme qui déclare au Glob-journal :« je suis tombée des nues en apprenant ça ! C’était un homme si charmant…».

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La plaque du Docteur sur la maison qui abritait son cabinet à Renazé – © leglob-journal

Mais la plupart des Renazéens ne sont pas surpris quand on les questionne. « Ce n’est pas rien ce qu’on lui reproche, dit cet homme d’une soixantaine d’années et qui sort, sous la pluie, d’un des bars de Renazé : usage de faux et escroquerie ! Pour un docteur et un gars qui a été maire pendant 14 ans, ça la fout mal, non?… » Un peu plus loin, cette femme qui le voyait assez régulièrement dans son commerce nous déclare : « Ça fait peur, on ne sait pas à qui on à faire en somme! Maire et docteur, cela veut dire que tout le monde finalement peut être un escroc ? »

Richard Flament, lors de son procès le jeudi 14 juin 2018
Richard Flament, lors de son procès le jeudi 14 juin 2018

 

«Prévenu» et enrôlé pour passer devant le tribunal correctionnel de Laval, « cela ne veut pas dire qu’il soit coupable » rappelle à juste titre le patron du bar. C’est vrai, avait tenu à rappeler l’avocat de Richard Flament : « La présomption d’innocence, ça existe… vous me demandez ce qu’il risque ? Peut-être de la prison avec sursis… ».

Dans l’entourage de la municipalité actuelle, on est formel, « il s’agit d’affaires médicales en lien exclusif avec l’exercice de la médecine… » La fonction de médecin et celle de maire qu’il a exercé de 1995 à 2002 et de 2002 à 2008 sont bien identifiées comme étanches. « On a découvert ça en même temps que les Renazéens …  » répète-t-on.

Présomption d’innocence

« J’ai travaillé pendant près de dix ans avec lui, et j’ai été licencié pendant mon congés maternité » raconte cette femme au téléphone. « Il n’était pas très honnête, dit-elle simplement, je dois bien le dire et pour ce qui me concerne ; il m’a dit à mon retour, quand j’ai voulu reprendre mon travail : « qui va à la chasse perd sa place ! » ».

Au Pôle Santé pluridisciplinaire, situé près de l’hôpital local, qui a vu la visite en Juin 2017 d’Agnès Busyn, la ministre de la Santé venue à Renazé saluer les moyens mis en œuvre pour que les professionnels de santé puissent coordonner et coopérer ensemble, c’est motus et bouche cousus. Pas de commentaire. « Allez voir le Conseil de l’ordre… » lance un médecin qui a bien voulu, néanmoins, nous recevoir.

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A bien y regarder, coté politique, Richard Flament a presque surfé sur la vague de la cohabitation de 1995, Mitterand-Chirac. Il fallait bien ça, pour faire basculer Renazé de gauche à droite et être élu dans cette ville où le socialisme avait toujours été là.

«Un ancien fief de la gauche, que Renazé en Mayenne» commente un habitant avec un sourire. « Vous savez après trois mandats consécutifs, un maire comme Houdin qui ne se représente pas, c’est une fragilité et ça favorise l’alternance. Flament avec son étiquette RPR en a sans doute bénéficié et peut-être qu’il y a aussi eu une envie de changement de la part des Renazéens… » raconte cet autre qui l’a bien connu.

Richard Flament a été élu dans l’opposition en 1989 au conseil municipal. Il était face au maire PS qui a dirigé Renazé sans discontinuer de Mars 1977 à Juin 1995. Le premier magistrat de la ville était directeur d’une école publique ; il s’appelait à ce moment de l’histoire de Renazé, Daniel Houdin. On doit notamment au médecin généraliste devenu le maire de droite, sous l’étiquette RPR en lieu et place du socialiste Daniel Houdin, le Centre social Douanier Rousseau, et le Complexe 2000 à Renazé : des « réalisations utiles aux Renazéens » raconte un observateur local.

A présent, Richard Flament, après quarante ans d’exercice, attend dans sa «grande maison» située en centre-ville et où il avait ré-implanté son cabinet médical en 2011, l’épilogue possible de cette histoire qualifiée par la Justice d’«escroquerie». En début d’année 2018, il a commencé par faire une croix sur la politique locale. C’est, comme il se doit et selon les formes requises, par une lettre manuscrite en date du 2 janvier 2018, et reçu en mairie le 9, soit un mois avant qu’il ne soit appelé à comparaître en février dernier, que Richard Flament annoncera sa démission de son poste de conseiller municipal. En « raison de mon état de santé » écrira-t-il, simplement pour justifier son retrait. Sans plus. Comme si une page se tournait. Contacté à plusieurs reprises, le médecin généraliste à la retraite n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations.

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