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Un scène nationale dans une ville d’un peu plus de 10 000 habitants, un Centre d’art contemporain dans un « drôle » d’endroit, loin de tout.

L’Art et la culture se sont installés en Mayenne là où finalement on les attendait le moins. Souvent comme partout ailleurs sous l’impulsion d’élus qui se sont décidés à favoriser les conditions nécessaires au financement et à l’installation d’outils de promotions culturels de haut niveau. Exemples emblématiques en Mayenne.

- Par Édouard L.

ontmain, lieu improbable. Pontmain, lieu « paumé » comme on peut l’entendre dire couramment en Mayenne. Situé au Nord-Ouest du département, il faut une bonne heure pour s’y rendre depuis la ville préfecture, comme on dit ici. Depuis Laval, vous roulez, vous roulez et puis d’un seul coup, surgit devant vous une gigantesque église. « Vous êtes arrivez » dit la voix du GPS. Vous voilà dans ce village qui n’aurait jamais été autant visité si on y avait pas construit un objet de déplacement, de convergence, un sacré lieu d’attrait.

Il a fallu « un miracle » rien que ça, du moins annoncé comme tel, et l’affaire était dans le sac. Une rencontre à trois. Un lieu où tout s’est joué pour deux enfants affamés, victimes d’une « apparition », celle de la Vierge au sortir de la guerre de 1870.

Détail d'une expo au CAC de Pontmain "Ecoutez-voir"

C’est là du coup qu’on y a construit à force de dons colossaux cette basilique monumentale et austère qui draine chaque année des milliers de pèlerins depuis 1871, année de la Commune de Paris. Le bâtiment prime sur tout et le denier du culte permet même de nos jours encore au diocèse la rénovation et l’entretien de la bâtisse.

A Pontmain, dans cette commune de 900 habitants, à coté donc de la concrétisation turgescente du « miracle », des pèlerins et des boutiques spécialisées qui vont avec et pas très loin non plus à vol d’oiseaux du Centre de traitement par incinération des ordures ménagères du département, se trouve donc un Centre d’Art contemporain. Un CAC qui a ouvert ses portes en 1999.

Un centre d’Art contemporain, là, dans cet endroit « improbable ». L’idée a été soutenue financièrement par la Communauté de Communes du coin celle « du Bocage Mayennais », par le Département bien-sûr, la Région également qui a l’époque n’était pas à gauche et le Ministère de la Culture et de la Communication par le biais de la DRAC des Pays de la Loire.

e site internet du CAC de Pontmain explique qu’« afin d’ancrer le Centre d’art au contexte culturel de Pontmain, lieu d’apparition marial et de pèlerinage [religieux] , le centre d’art est né sous l’appellation de “Centre d’art sacré contemporain de Pontmain” ». Les premières expositions déclinaient donc le thème du sacré, du religieux dans la création contemporaine.

Et puis un “glissement” a eu lieu, comme par miracle. En « 2004, le centre d’art se détache de cette thématique pour aborder la création contemporaine dans son ensemble. Il se nomme depuis Centre d’art contemporain de Pontmain peut-on encore découvrir sur le site internet. Et depuis les expositions envahissent le lieu. Et à la hauteur de ce qu’on peut attendre d’un endroit dédié à des œuvres d’art contemporain.

Mais toutefois, drôle d’idée que d’installer un Centre d’Art contemporain à la campagne ! Loin des centres urbains et des potentiels visiteurs, même si le CAC de Pontmain se trouve à quelque encablures de la ville de Fougères. Sans doute en raison de la force et de la volonté d’élus qui parfois tirent la couverture à eux, et souvent poursuivent leur “dada”. Des élus, et c’est fréquent, qui veulent laisser des traces de leur passage. Des traces concrètes de pouvoir. De ce point de vue là, l’équipement culturel le plus emblématique a été installé en Mayenne à Château-Gontier, même si le CAC de Pontmain est plutôt symptomatique.

Un « sur-équipement » avait-on critiqué à l’époque ; piloté par un ancien maire de la ville qui s’étant fait élire comme Conseiller général, et comme il siégeait donc au Département, en était devenu par la suite le Président. Ça aide !

Du culte à la culture. On peut d’ailleurs remarquer que des lieux désacralisés en Mayenne deviennent des espaces d’expositions, et de rencontres de la culture contemporaine. Comme la Chapelle du Genêteil à Chateau-Gontier fréquentée par des artistes et des performeurs qui occupent l’espace ou bien encore la Chapelle des Calvairiennes à Mayenne dans le nord du département qui expose des œuvres contemporaines à l’Art volontairement « frondeur ».

à aussi, il s’agit d’un “glissement”. Précurseur et installé dans les Ursulines, c’est le nom de l’ancien couvent désaffecté, ce « sur-équipement » allait être appelé à devenir, à l’aide des millions fléchés sur sa rénovation et sa transformation, un concentré de culture accueillant un espace théâtral, mais pas que. Le tout labellisé plus tard Scène nationale. Fortiche !

Un « super-équipement » poussé par Jean Arthuis. Un sacré «  animal politique » que celui-là, déjà reconnu comme tel à l’époque. Il allait devenir « jeune maire à 26 ans, jeune conseiller général à 32, très jeune sénateur à 39, et encore secrétaire d’État à 41, et ministre des Finances pour son demi-siècle » écrivait à son propos en 1995 le quotidien Libération quand Jean Arthuis entrait au gouvernement sous Chirac-Juppé et allait s’occuper des Finances, lui l’expert-comptable du coin.

Libération, sous la plume de Jacqueline Coignard, poursuivait en expliquant que c’est « depuis 1990, [que Jean Arthuis] s’est lancé dans la rénovation du couvent des Ursulines racheté par ses soins. Construit entre le XVe et le XVIIe siècle, il abritera un centre culturel, une école de danse et une école de musique, et le théâtre régional des Pays de Loire ( NDLR : aujourd’hui le locataire est Le Carré Scène nationale). »

Pour beaucoup, et dès le début le projet est carrément surdimensionné au regard du District, la collectivité qui doit s’en emparer. « Les travaux ont déjà coûté 30 millions de francs (NDLR : c’était bien avant l’Euro), et la construction du nouveau théâtre devrait porter la facture totale à quelque 63 millions. Admiratifs quand même, les Castrogontériens ( NDLR : c’est comme çà qu’on appelle les habitants de la ville) soulignent que Jean Arthuis a réussi à engranger quelque 50 millions de francs de subventions diverses. (…)  ». On est vite fier en Mayenne !

Le Centre Hospitalier du Haut-Anjou sur les bords de la rivière la Mayenne à Château-Gontier

epuis, un hôpital flambant neuf a été inauguré il y a quelques années dont certains disent qu’il est lui aussi « surdimensionné ». Mais on s’empresse d’expliquer aussitôt qu’il draine sur Château-Gontier une clientèle, des patients en provenance du bassin de Segré, tout proche.

Du temps de Jean Arthuis, déjà, il avait été choisi de faire appel à la mutualisation pour l’espace culturel des Ursulines, en « lorgnant » sur les communes voisines, comme Azé, Saint-Fort ou Bazouges et en les fédérant, pour pouvoir se développer dans un district que le « roi Jean » - comme on continue de l’appeler même s’il a migré à Bruxelles où il s’est fait élire Député européen - avait choisi de présider.

Sénateur à 39ans, il aura aimé la fonction, les relations avec les grands électeurs, le lustre, l’apparat du rôle et du Palais du Luxembourg où il fit une très grosse partie de sa carrière politique depuis 1983 quand il y entra pour la première fois. Il aima aussi bien évidemment le poste de président de la Commission des finances au Sénat qui lui permettra de flécher des subventions sur le département en raison de sa très conséquente Réserve parlementaire dont il pouvait disposer à son gré. C’est d’ailleurs comme cela que la ville de Chateau-Gontier a pu s’octroyer des infrastructures dignes d’une ville de plus de 70 000 habitants.

Actuellement dans la ville qui flirte avec une jauge d’environ 12 000 habitants, le maire actuel s’apprête à faire sortir de terre une salle polyvalente de 900 places. Pour y héberger notamment des congrès en Mayenne. Et comme à chaque fois des voix s’élèvent timidement pour dire que, oui, l’outil est peut-être...euh ! comment dire ? oui, c’est ça ! « sur-dimensionné ». En tous cas, c’est sûr, l’histoire dans le pays de Chateau-Gontier a - comment pourrait-on dire ? Oui c’est ça ! - un petit coté de déjà vu !


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Publié le: 1er février 2015
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