| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

Humiliation  », « scandaleux », les mots n’étaient pas assez fort pour qualifier la colère qu’a exprimée Jean Arthuis à propos des atermoiements au niveau des investitures En Marche !. Il l’a fait à la fois sur Twitter, dans le journal Ouest France ou dans Paris-Match. Georges D. revient sur cet épisode symptomatique qui a précédé les dépôts des candidatures d’En Marche ! 53 ; une période très éclairante de la politique où le flottement pour ne pas dire l’imprécision a été particulièrement évident. Récit d’une situation de « tripatouillages électoraux » comme le dit Georges D. sur leglob-journal.

Par Georges D.

Comme nous vous l’avions déjà annoncé en avant première dans notre dernier article, c’est bien Géraldine Bannier qui est investie, contre toute attente, dans la deuxième circonscription de la Mayenne (celle de Château-Gontier) ; et ce, à la suite de l’accord entre Emmanuel Macron et le nouveau ministre de la Justice, patron du MoDem François Bayrou. On pensait que l’amateurisme avait guidé la Commission nationale d’investiture le 11 mai, mais ce à quoi on a pu assister cette semaine fut assez rocambolesque.

Le lundi 15 mai La République en marche ! annonce sur son site internet les deux dernières investitures pour les législatives en Mayenne. On connaît déjà celle de Josselyn Chouzy dans la troisième. Sur la première circonscription, c’est finalement Béatrice Mottier et sur la 2e circonscription, Valérie Hayer est annoncée.

Mais surprise le mercredi 17 mai vers 17h 15, sur le site de la République en marche !, dans la liste des candidats aux législatives, pour la 2e circonscription, on pouvait lire : « Mayenne 2e circonscription : Géraldine Bayer  » On pense à une erreur de frappe, mais dans la soirée le nom est rectifié et c’est Géraldine Bannier qui semble être investie. Elle est enseignante, maire de Courbeveille, et encartée au MoDem.

Cette décision que certains avaient vu venir a fait sortir Jean Arthuis de ses gonds. Après sa déconvenue lors de l’annonce du gouvernement le 15 mai, - rappelons qu’il se disait qu’il aurait une place dans le gouvernement -, Arthuis se fait en plus "doublé" sur son terrain. L’uppercut, dans ce combat d’un autre temps, vient de son ancien allié François Bayrou.

Ce fort agacement s’est traduit, sans économie, par une série de tweet de la part de l’ancien ministre de l’Économie et des Finances de 1995 à 1997 raillant les exigences du nouveau ministre d’État à la Justice en matière d’investitures dans les départements.

Dans un entretien à Ouest France, il affirme qu’il « a montré ses muscles » pour défendre l’investiture de sa collaboratrice attachée parlementaire à l’U.E., Valérie Hayer. Il nous apprend qu’il a également téléphoné au président du MoDem. Mais malgré « une discussion rude » celui-ci n’a pas cédé. « Je pensais que Jean-Paul Delevoye avait autorité à la commission nationale d’investiture. La candidature de Valérie Hayer avait été annoncée mais voilà que sous la pression du MoDem, tout change, sous prétexte que la circonscription lui [François Bayrou, NDLR] appartenait » dit-il à Ouest France.

Des investissements sans retour

Jean Arthuis a fait le maximum et il a « mouillé sa chemise » pour sa jeune collaboratrice. Que ce soit sur le terrain médiatique ou politique. Jusqu’au bout, il a tenté de trouver une parade pour que son attachée parlementaire à l’Europe puisse être investie.

Selon certaines sources, il organisa une réunion de soutien pour Valérie Hayer et son suppléant Christophe Langouët, le jeudi 18 mai en fin d’après-midi à Château-Gontier. Apparemment, le but de cette rencontre était de soutenir, et d’apporter un peu de réconfort à une Valérie Hayer désemparée, déconfite, qui ne comprenait pas ce coup de massue, et surtout cet affront.

Durant cette réunion, Jean Arthuis n’a eu de cesse de fustiger l’attitude de François Bayrou et la « lâcheté » de la commission d’investiture. Jean Arthuis a tenté de rassurer les militants un peu déboussolés ; il explique qu’il va mettre tout son poids pour que Paris change de décision. Il a également joué sur la difficulté de Géraldine Bannier à trouver un suppléant après le refus de Richard Chamaret, mais aussi de Christophe Langouët. D’autres militants mayennais de La République en marche ! ont aussi refusé sous la pression amicale de Jean Arthuis espérant que Géraldine Bannier finisse, dans ce combat, par jeter l’éponge.

La question d’une candidature indépendante en dehors du mouvement est même venue sur le tapis, mais la pression de Paris et le désappointement de Valérie Hayer vont achever de mener ce projet à l’eau. Géraldine Bannier finira par trouver une suppléante en la personne de Josiane Derouet, une élue lavalloise et encartée MoDem elle aussi.

Ce faisant, la réunion de Château-Gontier a permis de montrer les vrais enjeux de ces élections législatives en Mayenne et la volonté de main mise de l’UDI (Alliance centriste) sur le mouvement En Marche ! dans le département de la Mayenne. Car cette deuxième circonscription se trouve être stratégique pour Jean Arthuis.

D’abord c’est son ancien bastion, mais surtout elle est, selon lui, la plus « gagnable » des trois circonscriptions du département. Les chances de victoire de Béatrice Mottier (dans la première circonscription) et de Josselin Chouzy (dans la troisième) sont minimes et ce sont surtout des candidatures de témoignages ou plutôt de collecte d’euros, car l’argent est aussi un des enjeux de la campagne de législatives.

1,42 euro en moyenne chaque année, pendant 5 ans

Le MoDem qui n avait eu que deux députés aux précédentes élections législatives, cherche avant tout à gonfler sa trésorerie. Jean Arthuis le comprend bien et fait le même calcul. Rappelons simplement qu’une voix pour un parti politique aux élections législatives rapporte en théorie 1,42 euro en moyenne chaque année, pendant 5 ans, même si le candidat n’est pas élu.

Au delà de la perte de l’investiture, c’est bien ces sommes qui vont atterrir chez le MoDem qui pose problème à Jean Arthuis qui a expliqué « avoir besoin de cet argent » pour pouvoir construire efficacement le mouvement en Mayenne. Ce «  jeu de dupes  » est surtout un jeu de pouvoir.

Celui qui espérait garder sa domination, son influence sur le jeu politique de la Mayenne avec sa collaboratrice, se trouve désavoué. C’est donc un camouflet extrêmement violent que viennent d’essuyer à la fois Valérie Hayer et l’ancien président du Conseil Général de la Mayenne.

Pour Jean Arthuis cela apparaît comme une défaite personnelle face à son meilleur ennemi qui le qualifie de « maquignon ». Et malgré sa débauche d’énergie de ces derniers jours, il a dû se rendre à l’évidence, cet ancien ami, François Bayrou, a plus de poids que lui sur La République en marche !, que ce soit au niveau national ou même sur ses propres terres. Pourtant Jean Arthuis s’est démené depuis l’été 2016 en faveur du nouveau Président dans le Grand-Ouest.

Des tripatouillages électoraux

De son coté Géraldine Bannier semble se satisfaire de cette victoire. Toute à l’idée de cette investiture, c’est elle, la quasi inconnue, qui a su terrasser « le vieux lion ». Elle a fait le choix, malgré elle d’une suppléante issue également du Modem, comme si elle voulait enfoncer le clou. Mais comment va-t-elle faire campagne ? Avec qui ? De nombreux Marcheurs 53 ne savent pas quel chemin prendre. Celui de la fidélité envers la « méritante  » Valérie Hayer, que chacun apprécie et qui s’est beaucoup dépensée pour l’organisation des élections présidentielles en Mayenne ? Ou celui de la loyauté envers la Majorité Présidentielle ? Une véritable scission semble se former ces derniers jours.

Comment militer pour « une inconnue » que beaucoup ont rencontré pour la première fois samedi 20 mai pour l’inauguration de la permanence de Josselin Chouzy ? Les Marcheurs qui sont très nombreux à être des primo-militants en politique sont encore purs et ils ont du mal à digérer ce qu’ils qualifient de couac, cette « trahison » de la part de la commission nationale d’investitures. Ils se rendent compte, finalement, que la politique est cruelle et pour certains que la mue de La République en Marche ! annoncée à grand renfort de communication ne s’est pas vraiment affranchie des tripatouillages électoraux.

La réunion de lancement de campagne lundi 22 mai devrait nous donner des indications sur la suite de la mobilisation des Marcheurs pour la deuxième circonscription de la Mayenne notamment et sur l’investissement, et la mobilisation des transfuges de l’UDI.


Réagir

Législatives, l’important revers d’un vieux Marcheur de la politique

Publié le: 22 mai 2017
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-mayenne
Politique Législatives2017 En Marche !
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
A lire également sur votre Journal en ligne
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Nous contacter : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2017 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS