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Enfant sage, les bras croisés « Un devoir de réussite collective » ou « Chronique d’un ratage annoncé ». Voilà 2 façons de voir après le démarrage de l’expérience de l’E.R.S. de Craon qui a tourné très vite à l’aigre.

Au départ, un Etablissement de Réinsertion Scolaire, une intention qui se veut louable sans doute pour aider et tenter de réinsérer et puis à l’arrivée tout autre chose.

L’Agence France Presse (AFP) a relaté cette information reprise par tous les médias « cinq élèves ont été renvoyés en Seine-Saint-Denis (93) d’où ils venaient parce qu’ils s’étaient rendus responsables de violences dans le collège où ils étaient hébergés. Les élèves en réinsertion avaient molesté des collégiens, alors qu’en principe ils n’étaient pas censés les croiser. La quarantaine d’enseignants du collège Volney ont observé aussitôt leur droit de retrait, exigeant la fermeture de l’E.R.S., créé dans l’internat désaffecté du collège ». Suite aux incidents, des parents ont retiré leurs enfants du Collège, un établissement de 350 élèves en milieu rural.

Symptomatique - Voila pour le factuel. Mais c’est plus l’aspect global qui doit retenir l’attention. D’ailleurs dans un communiqué le président du Conseil Général de la Mayenne cherche à prendre de la hauteur « l’exclusion et l’échec ne sont pas des fatalités  ». écrit-il ajoutant qu’il fallait voir derrière cette apparence « un devoir de réussite collective  ». Des mots loin de la réalité du terrain.

Coté réussite, le sénateur avait appris en mai dernier par la bouche d’un ancien Inspecteur d’Académie de la Mayenne nommé depuis dans le 93 que Craon et donc le collège Volney avait été choisi pour être le théâtre d’une expérimentation d’E.R.S. Information qu’il ne laissa circuler qu’au mois de juillet d’après. Négligence ? Volonté de ne pas dévoiler un projet supposé embarrassant ?

Le Sgen-cfdt pourtant plus consensuel d’habitude est critique : « l’implantation d’un E.R.S. au collège de Craon imposée d’en haut sans aucune concertation ni avec les personnels ni avec les parents suscitait de vives inquiétudes depuis qu’elle avait été annoncée. Les craintes, au delà du principe même de l’E.R.S., portaient sur l’encadrement très insuffisant de ces élèves, et aussi sur la "greffe" qui semblait problématique dans un petit établissement rural. » .

Stop au nom de l'Education ?

Pour le syndicat enseignant qui n’accepte pas pour autant les violences commises par les jeunes du 93 il faut « des solutions éducatives de proximité  » Il interroge : « ne pouvait-on pas prévoir la hargne de ces jeunes relégués à 300 kms de leur famille dans un lieu annoncé comme fermé ? ».

Pas n’importe quel moyen ! - Enseignants et parents d’élèves ne disent pas autre chose quand ils parlent d’une expérimentation «  précipitée et bâclée ». Ils avaient d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme et s’étaient entendus répondre par les autorités qui se voulaient rassurantes que « tout allait bien se passer ».

Mais la prédiction n’a donc engagé que ceux qui l’ont faite. Et un parent d’élève cité par l’AFP d’analyser : « on a pris les caïds de 14 établissements qui ne se connaissaient pas […] et on les a débarqués à Craon, avec les inévitables surenchères entre eux pour savoir qui serait le chef  ». Réalité ou extrapolation ?

« On sent malgré tout une indicible teinture de rejet et d’exclusion  » commente cet enseignant. Un principal d’un collège en milieu urbain porte un regard sévère sur ce qui s’est passé à Craon et explique « ne pas trop comprendre l’attitude de l’équipe enseignante  ».

Le Président du Département qui finance le fonctionnement et l’entretien des bâtiments qui accueillent les collégiens ressent aussi ce malaise à moins qu’il ne cherche à trouver une parade bouc émissaire : « j’avoue mon étonnement face à certaines attitudes intolérantes ou, pour le moins incompréhensives. Dans quel monde vivons-nous ? Avons-nous peur de l’autre ? Sommes-nous à ce point engoncés dans notre petit confort que nous ne puissions accepter la présence de jeunes au profil différent de celui de nos enfants ? […] et pourtant nous nous proclamons patrie des droits de l’Homme ! » écrit Jean Arthuis.

« Une vraie éducation » - D’un coté les grands principes louables et sur lesquels il faut sans doute s’en cesse s’appuyer. De l’autre une approche qui fait aussi se poser des questions au Sgen-cfdt à propos de ces jeunes du 93 et des quartiers sensibles « envoyés loin de chez eux pour créer une rupture avec le milieu d’origine ». Une pratique étrange que de vouloir tout délocaliser. Sans méconnaître les difficultés de cette jeunesse oubliée, le syndicat s’est ému d’une « décision qui rappelle trop les maisons de redressement », écrit-il.

« Est-ce en concentrant les difficultés dans un endroit qu’on favorise le vivre ensemble ? Est-ce en séparant des enfants de leur famille qu’on construit une vraie éducation ? »


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Publié le: 14 novembre 2010
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