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SANTÉ - Le Levothyrox en questions. Celles d’une femme en Mayenne soignée avec ce médicament et qui a traversé de douloureuses épreuves. Le Levothyrox où comment un médicament censé soigner peut amener à des idées de destruction et de mort. Geneviève Fredet n’est malheureusement pas un cas isolé ; un rapport récent de l’autorité de régulation du médicament en France met en lumière ce genre d’« effets indésirables ». Retour sur cette affaire du Lévothyrox avec les mots de l’une des nombreuses personnes qui ont porté plainte en Mayenne et qui a bien voulu s’exprimer sur leglob-journal. Elle nous dit toute la souffrance qu’elle a endurée. Sortir du silence et livrer son témoignage qui a valeur d’exemple, cela a été le choix de Geneviève Fredet.

Par leglob-journal

Témoignage

« Plusieurs » plaintes ont été déposées en Mayenne, selon le procureur de la République. En France, elles se montent à plusieurs centaines au pénal. Une action collective est aussi en cours pour demander une indemnisation rapide des malades de la thyroïde.

« En Mayenne, il est difficile de dire combien précisément, nous ne sommes en fait qu’une boite aux lettres pour le compte du Pôle Santé de Marseille qui centralise les plaintes. » Le procureur Guirec Le Bras en a « vu passer au moins cinq entre ses mains », se souvient-il simplement.

Le magistrat ajoute « d’autres personnes, comme les policiers et les gendarmes ont reçu des plaintes car ils sont habilités à le faire. À chaque fois, il faut que la personne donne des justificatifs comme quoi elle prend bien le médicament en questions » précise le représentant du ministère de la Justice en Mayenne.

Parmi elles en Mayenne, Geneviève Fredet. Elle a dû, pour nourrir sa plainte, envoyer un « historique de tous les relevés TSH * effectués depuis 5 ans  » à Toulouse à un cabinet d’avocats. Depuis, elle est revenue à l’ancienne formule de ce médicament qui régule la glande thyroïde, mais elle dit qu’elle « ne trouve pas toujours les bons dosages nécessaires en pharmacie » ; ainsi dernièrement, elle s’est contentée de « deux boites en 75 parce qu’il n’y en avait pas de dosé en 150 » alors que le médecin lui en avait prescrit.

« Jamais totalement moi-même »

Leglob-journal l’écoute raconter son histoire personnelle. « On m’a enlevé la thyroïde, il y a maintenant 30 ans et j’ai donc commencé à prendre de la thyroxine ( Levothyrox ). Globalement, tout s’est bien passé pendant toutes ces années. Bien que ce soit difficile d’admettre qu’on est tributaire d’un comprimé pour vivre et que malgré tout, j’avais l’impression de n’être jamais totalement moi-même et d’avoir un caractère fluctuant ainsi que des "coups" de fatigue. »

« Au printemps 2017, en mai pour être exacte, j’ai commencé à me sentir très fatiguée, à avoir mal dans les jambes. J’ai constaté une perte de l’équilibre, une perte de cheveux et une grande lassitude générale. Je me suis poussée, j’ai réagi en me plongeant encore plus dans mon travail, sans m’écouter et en m’occupant des autres.  »

« L’été est arrivé avec les vacances qui devaient me permettre de reprendre pied, mais non, le mal-être s’est installé insidieusement et je n’avais plus qu’une envie c’était que tout s’arrête... jamais plus je n’aurai le goût de vivre, je n’étais plus qu’un poids mort pour ma famille et je voulais les libérer de ma présence. »

Geneviève Fredet nous explique, vous l’avez compris qu’elle avait voulu mettre fin à ses jours. Comme poussée par des forces intérieures. Elle poursuit : «  Je me souviens d’un soir d’août où j’avais l’impression d’être prise dans un abîme et que la vie n’était plus rien pour moi. Il fallait que tout cesse. Heureusement, j’étais très entourée par l’homme qui partage ma vie qui, sans comprendre ce qui m’arrivait, m’a accompagnée, et écoutée. » C’est alors qu’elle décide d’aller consulter. De voir son médecin-traitant pour lui parler de son «  état d’âme... entre temps, j’avais repris mon travail. poursuit-elle. Côté administratif, car je suis directrice d’école. Mais j’avais l’impression d’être devenue une machine qui avait des tâches à accomplir, et j’agissais donc comme un robot travailleur...  »

« L’horreur »

Le témoignage de Geneviève est édifiant. Il est terrible si l’on pense aux conséquences qu’aurait pu avoir un moment d’inattention, parce que soustraite au regard de son entourage, et en raison de ses idées noires qui lui traversait l’esprit.

C’est « par hasard  » explique cette femme cultivée qu’elle apprend que d’autres ont pu ressentir ce qu’elle a vécu. « je suis "tombée" sur une information télévisée qui relatait les symptômes de patients depuis le changement de Levothyrox...et là, j’ai découvert que je n’étais pas la seule et que mon mal-être pouvait peut-être s ’expliquer. »

« Mon médecin m’a entendu, m’a ordonné une prise de sang pour un "dosage TSH" et a baissé mon dosage de thyroxine. J’étais, à ce moment là, en hypertension - je n’en n’avais jamais fait - et je devais retrouver mes élèves quelques jours après. Je ne me sentais plus capable d’enseigner, je n’y arriverais plus... L’horreur pour quelqu’un qui a son métier pour passion ! Dès le changement de dosage (infime), je me suis sentie moins mal mais j’ai commencé à avoir un eczéma des paupières... »

« Je voulais m’habituer à ce nouveau Levothyrox, mais j’ai dû baisser les bras, et reprendre l’ancien appelé L-Thyroxin Henning. Depuis nous continuons à contrôler le "dosage TSH" tous les mois.  »

Avec le recul Geneviere Fredet analyse froidement ce qui s’est produit à ses dépends, sans qu’elle n’ait pu avoir le moindre contrôle possible. Elle s’était retrouvée sous l’empire de ce médicament qui perturbait son métabolisme et aussi son psychisme. Tout simplement. « Je ne veux accuser personne mais j’ai vraiment l’impression que les patients n’ont pas été pris en compte et de toutes façons, pas pris au sérieux. Je n’ai pas mis fin à mes jours car j’ai la chance d’avoir beaucoup d’amour autour de moi. Mais que serait-il arrivé si j’avais été seule ? »

« Profondément choquée »

Viennent à présent les questions. Quand la raison a repris le dessus. « De quel droit un laboratoire peut-il mettre en péril l’équilibre de personnes sans les informer des risques ? Questionne-t-elle. Je suis profondément choquée de cet état de fait et je me suis associée à un groupe pour porter cette affaire devant la justice. »

Sa plainte a été prise en compte parmi les autres par le Pôle santé de Marseille qui centralise les dossiers. Elle ajoute sans animosité excessive : « Ce laboratoire nous a juste traité comme des souris et continue à nier que les changements d’excipients pourraient avoir un effet néfaste sur certains patients. »

En France plus généralement, selon le journal Le Monde, un rapport officiel de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) relate que parmi les « 17 310 signalements d’effets indésirables entrainés par le médicament, 2 694 cas graves ont été rapportés, dont 19 décès ». Sans compter les autres cas de personnes qui ne se sont pas manifestées. Toutefois, « aucun lien n’a été établi avec la nouvelle formule » selon la directrice générale adjointe de l’ANSM interrogée par le quotidien.

« Des cas de dépressions avec idées suicidaires et des suicides ont été signalés, sans être suffisamment documentés pour permettre de retenir ou d’exclure le Levothyrox dans la survenue de ces événements » selon l’ANSM. Celui de Geneviève Fredet est, sans nul doute, à porter au dossier...

* TSH pour (thyréostimuline), en anglais TSH (thyroid-stimulating hormone). La thyréostimuline est le nom d’une hormone sécrétée par l’hypophyse. Cette hormone est importante car elle stimule la glande thyroïde pour qu’elle produise et libère les hormones thyroïdiennes (la thyroxine ou T4 et la tri iodo thyronine ou T3), indispensables au bon fonctionnement de notre métabolisme.


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Levothyrox : Porter plainte et livrer son témoignage pour l’exemple

Publié le: 3 mars 2018
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