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Fait unique depuis que l’enseigne Carrefour existe sur le quartier de Grenoux, à Laval nous assistons depuis le 13 mai, chaque samedi, à une animation Les boucles du cœur, en galerie marchande et en caisse, dont les bénéfices sont exclusivement reversés à l’association vitréenne Loisirs pluriel. La cause est remarquable et trop peu développée : l’accueil en centre de loisirs d’enfants handicapés en compagnie de petits camarades valides. Rencontre avec une maman bénévole au comité de soutien de la structure et avec la directrice de l’hypermarché.

- Par Marrie de Laval

Cela a commencé avec une vente de gâteaux « faits maison  » par des personnels de l’enseigne. Des tables gourmandes installées en galerie marchande proposent la part pour 1€. Parents d’enfants handicapés et salariés de l’hypermarché se côtoient, organisant des roulements pour tenir les stands. Des panneaux expliquent la démarche et le but de l’opération solidaire : « récolter des fonds pour que vive la structure Loisirs pluriel de Vitré. »

Il s’agit pour cette association de type loi 1901 de faire vivre un centre de loisirs mixte, regroupant tout à la fois des enfants handicapés (physiques, mentaux ou psychique) et d’autres, valides. Pour que chaque enfant soit d’abord un enfant, avec ou sans handicap !

Une différence discriminante

Tous les parents dont l’enfant ne rentre pas « dans les cases » le savent : la différence est discriminante et ce, malgré les lois de 1975 et 2005 sur l’accueil des handicapés dans la cité, à l’école ou dans le monde du travail. Cela commence dès la crèche et toute la scolarité, avec le sentiment de double peine sans avoir été coupable de rien car le handicap n’est ni une faute, ni une malédiction divine ! Un centre de loisirs « normal » dans une structure originale ! C’est pourquoi, depuis 1992, Loisirs Pluriel  œuvre principalement dans le quart nord-ouest de la France à promouvoir l’accueil de tous les enfants sur le temps extra-scolaire et durant les vacances.

Chaque centre fonctionne sous forme associative avec du personnel spécialisé, formé et rémunéré, en plus de la présence de bénévoles afin de mieux encadrer certaines sorties ou activités. Un comité de soutien, composé de parents bénévoles et particulièrement dynamiques, organise des animations pour récolter des fonds supplémentaires toujours nécessaires.

A Vitré, le centre existe depuis l’an 2000. Il fonctionne avec des subventions de la CAF et de la ville pour tout ce qui touche au fonctionnement du centre en plus de la facturation aux familles, comme un centre de loisirs OR-DI-NAIRE.

Avec le comité de soutien, sont également mises en place des opérations visant à recueillir du financement telle que l’animation actuelle au centre commercial Carrefour de Laval-Grenoux. Ainsi, à Vitré, la tarification est callée sur les tarifs d’un centre traditionnel avec la prise en compte du quotient familial. Là réside le tour de force ! Il s’agit de ne pas pénaliser les familles par une surfacturation décourageante.

Avec Loisirs pluriel, les enfants sont accueillis de 3 à 13 ans, après l’école et durant les vacances scolaires. Pour les plus âgés, il existe aussi Cap Ado pour les 14-18 ans permettant des sorties accompagnées « entre copains » les mercredis et samedis. Malheureusement, le site de Vitré n’en bénéficie pas. Il faudrait disposer de 100 000 € pour monter une telle structure. Enfin, pour que les familles puissent partir en vacances et être accueillies dans des villages-vacances adaptées, il existe les séjours réseaux Passerelles, des lieux de vacances où valides et handicapés se retrouvent ou bien s’éparpillent au gré des activités offertes avec du personnels de soins et d’animations. C’est une autre façon de trouver le temps, pour les familles, de se retrouver et se ressourcer.

Le droit à une vie « ordinaire »

«  Tous différents, tous ensembles  » tel est le slogan de l’associa- tion. Et ça marche ! Vitréenne, la maman de Louis, autiste, expli- que : « dès le 1er jour, mon fils a trouvé sa place dans la structu- re. Personne ne m’a dit "c’est compliqué d’accueillir votre enfant, nous ne sommes pas équipés ou formés pour le recevoir dans de bonnes conditions ... ", façon hypocrite et inélégante de m’inviter à ne pas revenir ! Louis va au centre avec enthousiasme et nous sentons la bienveillance de l’équipe éducative. Mon fils s’épanoui, c’est un vrai bonheur que de le voir évoluer et faire des activités que nous n’imaginions même pas possibles pour lui. Il y a même, depuis le 20 mai dernier et tous les deux mois, des séances de cinéma adaptées (Cinéma différence) où le son et les lumières sont réglés différemment pour apaiser les personnes impressionnables et celles qui risquent d’avoir une crise d’épilepsie à cause de l’effet stroboscopique des lumières. »

Cet accueil en « milieu ouvert » est une chance car le « tout spécialisé  » reste stigmatisant et cher pour les familles et la collectivité. Selon le rapport annuel 2014 de la fédération, une journée en centre de Loisirs pluriel est plafonnée en moyenne à 1,5 € de participation pour les familles. Pour la structure Cap Ado, le coût horaire revient à 4 € alors que la présence d’un(e) AV (Auxiliaire de Vie) se situe entre 21 et 24 €. Pour les séjours en villages de vacances spécialisés, les familles paient l’hébergement et déboursent au maximum 250 € pour la partie spécialisée.

Entre recherche de fonds et quête de solidarité. Le 13 mai dernier, il s’agissait de vendre des gâteaux réalisés par les personnels du magasin, puis l’organisation d’une sorte de loterie, avec des lots à tirer et dotées par l’enseigne, avant d’enchainer sur la vente de crêpes. Il y aura ensuite une animation barbecue le 10 juin juste avant l’organisation d’un cours de Zumba ouvert au public le 17, avec la salle de sport changéenne Willfit Center.

Le volontariat des salariés

Cette organisation a été possible grâce à l’implication de la nouvelle directrice du centre commercial. Originaire du Nord de la France, elle participait déjà aux Boucles du cœurs. Il s’agit, depuis 1990, d’une opération annuelle à vocation caritative de la part du groupe au niveau national. Les magasins participants peuvent soit adhérer à l’action d’une association référencée par le siège (association Grégory Lemarchal pour 2017), soit appuyer la candidature d’une association locale auprès de l’enseigne. Les critères de sélection sont sa proximité sur le territoire, sa relation à l’enfance et à la maladie ou le handicap.

En plus des animations du samedi, une tirelire, sur le modèle des opérations Pièces jaunes est positionnée à chaque caisse pour continuer à engranger de la monnaie en semaine. Fortement encouragée par le dynamisme et l’engagement personnel de sa directrice, l’équipe encadrante a suivi le mouvement, toute étonnée par cette démarche nouvelle.

Le responsable de la sécurité du magasin régulièrement sollicité par diverses associations a proposé Loisirs pluriel qui tentait depuis trois ans d’obtenir le droit de se faire connaître auprès du public fréquentant le magasin et sa galerie. Avec ce partenariat solidaire, la démarche sera démultipliée.

Les 180 salariés, sensibilisés prennent sur leur temps de travail un moment pour participer aux animations. « Et faire cela un samedi, ce n’est pas une mince affaire ! Mais la cause en vaut la peine. En participant aux boucles du cœur, nous insistons sur nos valeurs sociale, humaine et solidaire. Nous voulons montrer que nous ne sommes pas que des marchands » insiste fièrement la directrice, madame Quennesson.

Le financement de nouvelles activités. Contactée, la directrice du centre de Loisirs pluriel détaille quant à elle l’usage des fonds ainsi récoltés : « Nous avons le projet d’ouvrir un atelier de thérapie assistée par l’animal (zoothérapie), et peut-être même des séances d’équithérapie, selon les montants reversés. Ce serait formidable si cela pouvait aboutir ! Avec les fonds de la CAF et de la municipalité de Vitré nous assurons toute l’intendance de la structure. Rien que la formation spécialisée d’un encadrant coûte 6 000 €. Avec ce type d’animation, nous améliorons grandement l’ordinaire au bénéfice des enfants.  »

La formule de ce centre atypique a particulièrement intéressé des professionnels des secteurs de l’accueil des enfants et du handicap. C’est aussi cela, l’intérêt d’une telle manifestation ! Formulons le vœu qu’une telle structure puisse un jour s’établir également sur l’agglomération lavalloise.


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« Loisirs pluriel », quand ta différence m’enrichit

Publié le: 9 juin 2017
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