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Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

Par Maël Rannou* -

Promis par les sondages à moins de 5%, les écologistes Ligériens ont - en quasi-autonomie : nous étions allié au Parti Pirate - obtenu le troisième meilleur score national. Tête de liste Europe Écologie Les Verts en Mayenne lors des dernières élections régionales, je n’ai pas été élu. À l’heure où le parti écologiste sort d’une longue crise s’achevant par la trahison de notre propre secrétaire nationale (NDLR : elle est entrée au gouvernement), retour sur ces bons scores (relatifs bien sûr, mais dans le contexte actuel, se situer autour de 8 % en est un). L’objectif, c’est de tenter de les comprendre et de constater que si la Mayenne n’a plus de représentant EELV au Conseil régional des Pays de la Loire, ses résultats vont à l’encontre de bien des clichés.

- Analyse

Le département de la Mayenne reste le troisième score des écologistes régionaux, devant la Sarthe et la Vendée, comme en 2010. Pour des raisons démographiques ces départements ont une représentation écologiste, mais il ne faut pas perdre de vue que la Mayenne a récolté 7,25 % de vote écologiste : pour comparaison l’Île-de-France, un fief, récoltait 8 % !

Pourtant, ne dit-on pas que les territoires ruraux rejettent les écologistes ? Ce que nos adversaires utilisent d’ailleurs régulièrement comme argument pour pointer une déconnexion avec les enjeux des campagnes. Si cela était le cas, la sociologie de la région ferait automatiquement de la Mayenne le pire département pour les écologistes, on en est loin. Mais plus intéressant encore, contrairement aux habitudes d’analyse, le vote EELV en Mayenne s’appuie bien plus sur les campagnes que sur les villes !

Grâce au travail de cartographie de Daniel Marchand, on voit que si des zones rurales rejettent le vote écologiste - souvent celles, d’ailleurs où le FN est fort - la majorité des territoires ruraux sont aux alentours, voire largement au dessus de la moyenne départementale. Deux clefs d’analyses l’illustrent bien.

Les écologistes dépassent les 10 % dans 36 communes. Parmi elles, une seule est une commune de plus de 1500 habitants, et il s’agit d’Andouillé, qui, avec ses 2245 habitants à la croisée de l’Ernée et des petites communes de Laval-Agglo, n’est pas à proprement parler une mégalopole. Bien-sûr le nombre de voix de ces petites communes n’est pas comparable à ceux obtenus à Laval ou dans l’Agglo, mais ces beaux scores sont intéressants pour dénoncer le faux clivage urbain-rural.

Plus notable encore, les grandes villes ne sont jamais largement au dessus de la moyenne. Ainsi Laval et Changé dépassent un peu les 8%, mais Mayenne dépasse à peine les 7 % quand à Château-Gontier, Ernée ou Évron, elles nous donnent même de franchement mauvais scores. Une seule chose peut ressortir de ces disparités : il n’y a pas de réelle plus-value citadine au vote écolo en Mayenne, il se crée donc ailleurs.

Bien sûr il existe des endroits, des villages ruraux où EELV est très bas, mais les bons scores se font dans ces territoires, et si Laval est bien évidemment pourvoyeur de voix, elle est loin de nous permettre de « rattraper la campagne ». Au-delà de ce pur comparatif statistique, on peut se demander ce qui explique cela. Outre des particularités liées à un « candidat local » ou à un tropisme spécifique (dans certains village, une famille votant pour un parti suffit à lui donner un score étonnant), ces résultats incarnent selon moi d’abord une écologie venue des campagnes et du terrain.

Nos meilleurs scores viennent de territoires où l’écologie quotidienne est particulièrement marquée par l’engagement des citoyens dans leur commune. Cela peut se faire via l’implantation d’alternatives citoyennes se réappropriant leur territoires (épiceries solidaires, bars associatifs, exploitations bios avec vente directe etc.) et permettant de faire revivre des bourgs, loin de l’image de désertification que l’on peut voir souvent accolée à la Mayenne.

Montflours est presque absurde avec ses 36 % de vote pour les écologistes, mais rayonne autour (Sacé et Andouillé sont limitrophes) et porte la réalité d’un territoire où les citoyens sont directement impliqués dans la politique communale, créent des partenariats entre les villes et expérimentent de manière concrète le discours écologiste (qu’il soit sur l’agriculture, les services citoyens ou la démocratie participative).

Ces réalités de l’écologie, qu’on voit se développer sur tout le territoire, sont des créateurs de liens qui éloignent les peurs et, surtout, rendent concrète l’idée d’une alternative possible quand les citoyens s’emparent des leviers d’actions. Loin des « y a qu’à, faut qu’on  », ce sont des vecteurs vivifiants qui illustrent l’aspect profondément concret de certains discours ; une utopie pouvant s’enraciner dans le terroir rappelant la maxime de Mark Twain «  ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait », une expérience prête à être diffusée plus largement, pour en faire profiter le plus grand nombre.

Autre facteur de bon score, les luttes écologistes. Force est de remarquer que dans des territoires où les citoyens sont directement impactés par un problème écologique, les résultats sont meilleurs. La conscientisation vient souvent de l’expérience directe et personnelle, mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, elle ne s’efface pas avec la fin du projet contesté.

Deux cas sont particulièrement éloquents. Ainsi du bassin de l’Ernée, fortement mobilisé voici un peu moins de dix ans par le combat contre la ligne à Très Haute Tension (THT). Cette lutte a mené à des discussions, de la sensibilisation, des manifestations étonnantes et la création d’associations défendant le renouvelable au local, etc. Malgré cela la THT a été construite, on pourrait donc imaginer que les riverains « impactés » auraient pu renoncer à l’écologie si c’était un vote purement lié à leur situation, or dans ce territoire nous obtenons des résultats intéressants, quasiment toujours au-dessus de 8 %. Si les habitants ont peut-être massivement pris conscience de certaines choses lors de cette mobilisation, ils n’ont pas cessé tout intérêt après un échec, de manière égoïste, l’importance de l’écologie a infusé, et reste ancrée dans ce territoire. Mais la commune-centre d’Ernée reste totalement imperméable aux discours de l’écologie rurale ! Le clivage ville-campagne existe bien mais n’est pas celui que l’on croit (ici, il s’agit d’ailleurs bien plus d’un clivage sud-nord, lié au tracé de la ligne).

Autre lutte majeure de l’écologie dans le département, celle contre la pollution de l’usine Aprochim. Si, pressés par les rapports scientifiques, l’État et le Département prennent enfin leurs responsabilités, les écologistes se battent sur ce territoire depuis des décennies, en étant minoritaires mais présents. Eva Joly s’y était déplacée, ainsi que notre tête de liste régionale cette année. Claude Gourvil a été poursuivi par Aprochim au tribunal - procès qu’il a gagné à 3 reprises ! EELV a montré qu’il était un des rares relais institutionnels du drame de nombreux riverains et agriculteurs dont la plupart avouaient très bien ne pas voter pour nous.

Il reste que cette présence, même insuffisante, même si les résultats sont difficiles à obtenir, est reconnue. Une candidate de Bouère peut fausser les résultats mais là encore, nous y dépassons les 10% et les atteignons presque à Grez-en-Bouère. Plus important encore, au delà du pourcentage, les écologistes y progressent en nombre de voix depuis les dernières élections. On notera d’ailleurs que cette progression réelle n’a lieu que dans des communes rurales (cartes 2), corroborant notre analyse. Malheureusement, dans ces deux villes le FN est très fort, résultat que l’on peut aussi lire comme une réaction face au total sentiment d’abandon subi par les habitants.

Bien sûr, il y a des contres-exemples. Saint-Calais-du-Désert fut un au lieu de lutte écologiste dans les années 90 (contre l’implantation d’un barrage) et nous offre un très mauvais score (1,79 % !). Mais si le projet a été définitivement enterré en 2014 (par la vente des terrains achetés par le Département) il avait été abandonné depuis des années et semble y avoir été oublié. La politique, y compris au sens non-électoral, est un éternel recommencement.

L’écologie s’affirme donc bien d’abord comme une réponse tout à fait crédible dans les campagnes, pour peu qu’il soit pris le temps de l’expliquer et qu’une sensibilisation ait lieu. En atteste d’ailleurs les résultats à Notre-Dame-des-Landes. Dans ce territoire très rural, les habitants - pourtant sans cesse pris en otage pour justifier leur projet insensé - ont placé les écologistes largement en tête, avec presque 30 % des voix... C’est à méditer.

*Secrétaire fédéral d’EELV 53, ex-tête de liste départementale aux régionales


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Maël Rannou (EELV 53) : « les territoires ruraux ne rejettent pas les écologistes ! »

Publié le: 2 mars 2016
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