Maël Rannou EELV : pourquoi «Je quitte le conseil municipal de Laval»

lettrelnew-13.jpg«L’information bruissait depuis quelques semaines, à raison : je quitte le conseil municipal de Laval où je ne suis pourtant élu que depuis septembre [2017].» C’est comme cela que Maël Rannou a averti la presse locale. Une démission qui n’a rien de théâtrale, «ni de politique», mais qui est liée à des impératifs professionnels. Il sera « remplacé » par Isabelle Eymon, une professeure de lettres au Lycée Ambroise Paré à Laval. Maël Rannou fidèle à votre journal en ligne a réservé à leglob-journal ses « premières déclarations ». Maël Rannou : où comment en réintégrant le corps de la Fonction Publique Territoriale, on devient inéligible et l’on se voit obligé de quitter le groupe d’opposition au conseil municipal de Laval.

Par Maël Rannou


Quelques mois après mon arrivée-surprise au conseil municipal de Laval – cela était censé être impossible car j’étais devenu agent de la ville, mais j’étais en disponibilité, ce qui l’autorise – j’en avais tiré un premier bilan, un rapport d’étonnement, sur leglob-journal.

Au début l’année, conformément à ce que j’avais annoncé, je me réinstallais sur Laval, alors que j’avais déménagé sur Nantes en juillet, n’imaginant pas cette élection ; mais une fois élu je voulais évidemment vivre sur place.

Il faut croire que tout me ramène à Laval puisque c’est au moins mon troisième faux-départ ! Mais c’est une autre histoire. Mais le sort est ironique, voilà que je vais quitter le conseil municipal. Une démission de plus diront certains, et je les comprends, mais celle-ci s’analyse simplement : ma « dispo » arrive à sa fin et bien qu’ayant dégagé assez de revenu pour vivre décemment de droits d’auteurs, ce qui était une bonne nouvelle, le lien avec le public, le conseil, l’acquisition, bref mon métier de bibliothécaire me manque.

rannoudemissioncitation.jpgJ’ai donc souhaité rejoindre mon corps d’origine, la lecture publique de Laval, ma réintégration a été acceptée au premier juin et je deviendrai donc automatiquement inéligible [Maël Rannou veut en fait parler d’incompatibilité entre le statut d’agent de la Fonction publique territoriale et celui d’élu, NDLR]. Cela mettra par ailleurs fin à une situation parfois délicate faisant que je ne votais pas sur les débats liés aux agents ou me sentait en conflit d’intérêt quand arrivait la lecture publique.

Contrairement à d’autres, il n’y a pas de déception, ni de problème politique ; si ce n’est que cela ait été si bref et tombant à un moment où je ne peux pas vraiment exercer la fonction.

Pour tout dire, j’ai même été surpris de la manière dont le groupe a pu travailler en intelligence, en alliant des personnes aux tendances très variées, en acceptant la diversité de vote dans quelques cas. Nos réunions permettaient réellement de se mettre au courant des autres commissions et de s’expliquer auprès des autres, sans prendre personne en traître. Vu la vision parfois un peu désespéré que l’on peut avoir de la politique, j’en ai été positivement surpris.

Isabelle Eymon, suivante sur la liste et candidate présentée par les écologistes [non-encartée EELV, NDLR], entrera au conseil et devrait reprendre mes commissions, les équilibres politiques ne changeront donc pas !

Nous l’aurions voulu, on ne l’aurai pas réussi. Du coté de l’agglo, le remplacement se faisant de manière paritaire, c’est Jean-François Germerie (PS) qui montera.
Je m’en vais mais j’avais promis dans mon premier texte sur leglob-journal [A propos de l’entrée au conseil municipal, NDLR] de reparler des « avantages » du conseiller municipal ? Je n’imaginais pas quitter aussi vite ce mandat, mais enfin, une promesse est une promesse, alors allons-y ! Rappelons toutefois qu’outre la brièveté du mandat, j’étais dans l’opposition, donc nos avantages représentent le minimum possible dans la ville de Laval.

L’Indemnité

On le sait, une indemnité mensuelle de 27€ par mois est touchée par chaque conseiller municipal. C’est la somme de base, dans la majorité tous ont une délégation et touchent donc plus. Rien d’anormal en soi, c’était déjà le cas avant et dans beaucoup de communes l’opposition n’est d’ailleurs pas indemnisée.

Le but de cette indemnité est de défrayer l’essence ou le parking pour aller en commission si on y va en voiture, le sandwich quand les réunions ont lieu en soirée, etc. Il y a des mois sans conseil ou commission (l’été notamment) ou l’indemnité est touchée. Elle l’est également que l’on siège ou non, ainsi M. Gruau qui passe son temps à protester contre les dépenses inutiles de la ville a bien indiqué qu’il était hors de question qu’il rende l’argent touché indument durant les sept mois passés sans siéger.

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Fiche de paie, preuve de l’indemnité de base perçue par Maël Rannou – (c) Photo leglob-journal

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Bon, 27 € ce n’est pas grand-chose, mais ce n’est pas rien non plus, je n’irai pas dire comme d’autres que c’est grotesque. Si l’on siège une année complète, cela fait près de 300 €. Bien évidemment, si l’on gagne bien sa vie, c’est peu, mais pour ma part cette somme supplémentaire était sensible chaque mois.

rannoudemissioncitation3.jpg Notons cependant qu’en tant que candidat des écologistes, j’avais pris des engagements, notamment d’adhérer à la FEVE (le réseau des élu.e.s écologistes, 20 €), au CeDpa (collectif des élu.e.s contre l’aéroport de NDDL, 20 €) et le reversement mensuel de 10 % de mon indemnité, soit 2,7 € mais comme on dit les petits ruisseaux… Ne plus apporter ce modeste mais régulier financement à EELV m’ennuyait mais ma suivante de liste ayant pris le même engagement de reversement, ce sera indolore !

Cela pour dire qu’on ne s’enrichit pas dans l’opposition ; qu’il y a une somme existante malgré tout, et que cela m’avait fait bizarre de recevoir une fiche d’indemnité sur le même format que les fiches de paies de Laval (ou pour le coup, ça créait une étonnante apparence de chute de salaire d’un mois à l’autre). Une copie est jointe ci-dessus pour les amateurs de calculs voulant observer le brut.

Les « cadeaux » d’entrée

Bon vous risquez d’être un peu déçus, plusieurs choses m’ont été données durant mon bref mandat : une carte de conseiller municipal, fort jolie dans son imitation cuir et son liseré bleu-blanc-rouge ; objet qui me semble un peu ridicule et pour lequel il fallait impérativement donner une photo. Quand, m’étant exécuté, j’ai demandé à quoi elle servait on m’a expliqué « Ha! mais à rien ». Elle n’est même pas valide pour aller voter par exemple. Une drôle de dépense d’apparat du coup.

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La «carte de conseiller municipal, fort jolie dans son imitation cuir et son liseré bleu-blanc-rouge» – (c) Photo leglob-journal

Une tablette samsung, car les délibérations et actes du conseil (qui peuvent représenter parfois des centaines de pages) sont chargés sur une application fournie avec. Ce serait un vrai cadeau dépensier pour le coup mais je vous rassure, les conseillers doivent les rendre à la fin de leur mandat, et c’est parfaitement normal. Il reste qu’on en a l’usage par ailleurs, ce qui m’a notamment permis de prendre des photos de temps en temps, moi qui n’ai pas de smartphone.

Un ensemble de cartes postales réalisés par un artiste photographe en résidence à Laval, édité par la mairie et déposé sur la table de chaque conseiller lors de ma première séance.

Deux agendas, au nouvel an, siglés du logo de Laval avec une préface du maire. Je n’en avais qu’un usage très limité mais j’ai trouvé des gens qui avaient besoin d’un agenda. Je le recevais aussi antérieurement comme agent, j’ai à ce sujet remarqué avec surprise que mes ex (et futurs) collègues avaient eu aussi un agenda mais de format plus petit.

rannoudemissioncitation2.jpgUn sac de sport siglé Laval la ville, bleu, pas un sac à dos mais un genre de petit sac à bandoulière pour mettre les basket et une bouteille d’eau. C’est le cadeau de fin d’année des agents qui, comme l’agenda, est apparemment aussi donné aux élu.e.s. Bizarrement, il a été livré non pas au siège de l’opposition mais à la bibliothèque, prouvant que mon statut d’élu-fonctionnaire en « dispo » de la ville nécessitait une clarification même pour les services! À titre personnel je n’avais aucun usage de ce sac que j’ai laissé à une collègue qui en souhaitait un. Voilà donc ce qu’offre la ville directement.

Là aussi, être dans l’opposition n’est pas être dans la majorité ; on est nécessairement beaucoup moins invité que quelqu’un qui a du pouvoir, mais cela fait clairement partie des avantages des élu.e.s, car dès que la ville est partenaire d’un événement, le conseil a généralement une invitation de droit pour chacun de ses membres.

Les avantages liés à la fonction

C’est assez normal, la ville finance, le conseil est l’endroit de contrôle… Je ne prise pas follement les inaugurations mais ai pu ainsi obtenir deux places pour Laval Virtual, ce qui nous a beaucoup surpris puisque la personne m’accompagnant avait payé sa place à l’avance et ne prétendait pas se la faire offrir. Nous avons tous reçu récemment une invitation pour deux personnes à voir une opérette au théâtre et je sais qu’il y aura sans doute des possibilités pour les trois éléphants.

Mais dans ces deux cas, même si je n’aurai pas encore repris mon poste et serait donc encore techniquement élu, ayant annoncé mon départ, je n’y irai évidemment pas à ce titre (par contre j’irai volontiers aux Trois éléphants comme tout spectateur). Ici, pour casser les fantasmes, je tiens à indiquer que nous sommes loin d’un guichet ouvert où les places couleraient à flot. Il y a eu apparemment une époque ou des places étaient d’offices imprimées pour les conseillers, souvent pour rien, ce qui est un gâchis total. J’ai pu constater que les services ont installé une rationalisation de tout ça, avec inscription à l’avance si l’on veut assister à un événement, etc. C’est une bonne chose.

Voilà déjà la fin de ce débrief sur les « avantages du conseiller municipal d’opposition ». Il est certain qu’il y aurait eu quelques autres surprises, ici où là, si ce mandat avait duré plus longtemps, mais pas non plus une liste à la Prévert. En attendant, j’espère qu’il servira au moins à faire comprendre qu’avant une course aux avantages, les élu.e.s sont bien souvent là, avant tout, pour tenter de porter des idées et défendre leurs visions de l’intérêt général.

2 thoughts on “Maël Rannou EELV : pourquoi «Je quitte le conseil municipal de Laval»”

  1. Maël Rannou EELV : pourquoi «Je quitte le conseil municipal de Laval»
    Puisqu’il s’agit d’un article sur le pourquoi de la démission et les « avantages » induit par la fonction, cela semble logique.

    Ce d’autant qu’un article a été signé il y a quatre mois sur le fonctionnement et aussi la difficulté de réellement porter des projets dans l’opposition, il y déployait cependant plusieurs questions, dont une question orale sur un sujet précis et parlant notamment des circuits courts à la cantine http://www.leglob-journal.fr/Quatre-mois-d-opposition-a-Laval

  2. Maël Rannou EELV : pourquoi «Je quitte le conseil municipal de Laval»
    Sacré Maël. Toujours l’art de faire de lui-même un événement. « L’information bruissait depuis plusieurs semaines ». Peut être que des paparazzi étaient dépêchés à Laval. Paris Match était il sur le coup ?
    Maël explique sa démission et il nous parle d’un sac de sports, d’un agenda, d’un billet d’entrée aux 3 éléphants, de ses droits d’auteurs qui se portent bien…

    Du coup on en sait beaucoup plus sur le rôle d’une opposition municipale, sur ses propositions, ses priorités.

    Déclin du Centre ville ? Avenir du jardin Saint Julien ? Développement des circuits courts à la cantine ? Place du vélo dans la ville ?…
    Pffff… Agenda vous dis-je ! Sac de sport ! droits d’auteurs !

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