Marc Bernier : «Wauquiez incarne une Nouvelle droite inédite jusque-là»

lettrembig2-6.jpgMarc Bernier, 74 ans, ancien député UMP et mandataire en Mayenne du candidat Fillon à la dernière présidentielle, est sur leglob-journal. Conseiller municipal à Laval en 1988 sous François d’Aubert, puis conseiller général en 94, maire de Vaiges pendant 20 ans, et député UMP en Mayenne pendant dix ans, Marc Bernier est à la retraite à présent. Il porte un jugement sur la politique nationale et locale. L’actualité, l’élection de Laurent Wauquiez à la tête de Les Républicains, ex-UMP, un parti qui a été celui de Marc Bernier qui s’exprime aussi sur la classe politique en Mayenne.

Entretien


leglob-journal : Vous avez toujours été fidèle à l’UMP, devenu LR. Défait à la présidentielle, le parti LR s’est doté d’un nouveau chef, que pensez-vous de la tâche qui attend Laurent Wauquiez ?

lettreguiillemetsfrancaisouverture.jpgMarc Bernier : Je n’ai jamais adhéré à LR. J’étais UMP, mais à partir du moment où le changement de nom a été opéré je n’ai pas souhaité prendre ma carte chez Les Républicains. L’UMP me convenait parfaitement mais la façon dont s’est passé le débat Copé-Fillon, et toute la clique, pour moi cela m’avait déjà déçu. Fillon était favori, mais il y avait tellement eu de truandage dans les procurations pour le vote! Depuis ce temps là, j’ai arrêté de croire aux LR. Je faisais parti à l’époque avec D’Aubert qui m’avait lancé là-dedans de Démocratie Libérale avec Madelin.

Et à partir du moment où les centristes, si on revient à l’époque actuelle, ont rejoint Macron, et bien bonne chance à Laurent Wauquiez parce qu’il ne peut exister que s’il pique des voix au Front National.

leglob-journal : Laurent Wauquiez justement vient d’être élu à la tête des LR, les observateurs politiques ont l’impression que c’est presque un clone du FN, c’est aussi votre sentiment ?

Ce n’est pas la même chose. C’est un type extrêmement intelligent. Ce qu’il fait là c’est très réfléchi. Il sait que si la Droite veut gagner, il n’a pas besoin de faire une alliance avec le FN ; en revanche les électeurs du Front National qui sont très déçus de Marine Le Pen, il y a certainement des possibilités. Dans deux ans, avec Marion Maréchal-Le Pen ou d’autres, il peut très bien y avoir une espèce d’alliance de droite avec un changement de politique. C’est sans doute ce que cherche Wauquiez. Mais draguer tous les UDI et les juppéistes qui sont passés du coté de Macron, il sait que ce n’est pas possible, et qu’ils ne reviendront pas. Car Macron est un concurrent qui est en train de réussir, d’ailleurs je suis en admiration de ce qu’il fait.

De gauche à droite sur la photo : Jean-Pierre Morteveille, le maire de Sainte Suzanne, Jean Arthuis, Marc Bernier et François Zocchetto
De gauche à droite sur la photo : Jean-Pierre Morteveille, le maire de Sainte Suzanne, Jean Arthuis, Marc Bernier et François Zocchetto. 26 juin 2009 – Inauguration à Sainte-Suzanne du Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine

leglob-journal : Vous qui êtes un amoureux de l’UMP, dans UMP, il y a populaire. Wauquiez se rapprochant du FN par stratégie, est-ce que ce n’est pas aller contre le populaire justement ?

Non, on ne peut pas dire ça. Le FN est en train de se chercher, leurs électeurs savent depuis le débat du second tour que Marine Le Pen ne sera plus jamais présidente de la République.

leglob-journal : Mais cela ne vous effraye pas ?

Moi, je suis un libéral-social ? Cela n’a rien à voir avec Laurent Wauquiez.

leglob-journal : Et cela n’a rien à voir avec le FN ?

Non, rien à voir! Raison de plus…

leglob-journal : Mais ce rapprochement, est-ce qu’il est idéologique de la part de Laurent Wauquiez ?

Ah, non, c’est purement stratégique. Il est loin d’être bête. Je l’ai connu en 2002, quand j’ai été élu député. Il était le suppléant de Jacques Barrot. Puis Barrot a été nommé à l’Europe, et la place était libre. Wauquiez est donc devenu député avec les idées de Jacques Barrot qui était un vrai centriste. Donc, vous voyez, depuis il a quand même bien changé, certains dirons qu’il a viré sa cutie, et ils auront raison… [Sourires] Mais, c’est vrai qu’en quinze ans on peut mûrir. Écoutez, on va bien voir ; de toute façon courir après le FN, on a bien vu avec ce que ce qui est arrivé a Sarkozy, cela ne lui a pas réussi… En tout cas, il faut avoir des idées claires. S’il s’affiche à droite avec les libéraux et les gaullistes pourquoi pas. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne plus appeler les centristes de droite, ils sont déjà tous avec Macron.

leglob-journal : Est-ce qu’il est en train de dessiner une Nouvelle droite ?

Oui! complètement ! Une Nouvelle droite, parce qu’il incarne une droite qui n’a jamais existé dans l’histoire récente. Inédite jusque-là. Et puis nouvelle, parce qu’il y a eu la déception de la déroute de Fillon. En Mayenne par exemple, il y a beaucoup de fillonistes…Maintenant, je les rencontre toujours, et ils sont un peu orphelins. Tout le monde reconnaît maintenant que le programme de Fillon était bon, d’ailleurs j’estime que Macron s’en est beaucoup inspiré. Les idées de Fillon sont encore d’actualité. Maintenant Wauquiez va-t-il capter cet électorat déçu ? Pourquoi pas…

leglob-journal : Et Sens Commun ?

Ça m’inspire pas trop ça… faut pas mélanger la politique avec des sujets de société, Sens Commun, c’est une mode… Vous savez ça n’a pas apporté grand chose à François Fillon, cela lui a presque nuit. Faut rester au dessus de la mêlée.

leglob-journal : Vous n’avez pas choisi de prendre votre carte à LR, mais vous avez sans doute un regard sur la politique menée à droite en Mayenne ?

Samia Soultani-Vigneron [La présidente des LR en Mayenne , NDLR], je n’ai jamais été très ami avec elle… Quant à Guillaume Chevrollier, c’est différent parce que c’était mon poulain, voilà. La première me reprochait de ne pas avoir pris ma carte ; elle a pas trop aimé. Moi, j’aime bien François Zocchetto [le maire de Laval encarté UDI ex-sénateur et président du groupe centriste au Sénat, NDLR] qui avait soutenu très tôt Fillon, ce qui n’était pas le cas de Philippe Henry [Le maire UDI de Château-Gontier] ou d’Olivier Richefou [Président de l’UDI en Mayenne et du Conseil départemental] qui lui était entre deux chaises, il ne savait pas trop. Favennec [ Député UDI de la Mayenne], il était à l’UMP lui aussi, comme moi au début, et puis il a viré UDI : c’était plus intéressant pour lui d’être dans le groupe centriste à l’Assemblée Nationale. Cela lui permet d’exister plus. Pour arriver à se faire distinguer parmi 320 députés comme à l’époque, il fallait se lever de bonne heure. Quand on est dans un petit groupe de 30, c’est plus facile. C’est l’opportunisme, c’est évident, d’ailleurs il n’a jamais été gaulliste.

leglob-journal : Est-ce que la classe politique en Mayenne est suffisamment ouverte selon vous?

Oui, mais ce qu’il faut dire surtout, c’est qu’il n’y a plus de leader national en Mayenne. On a eu deux, Jean Arthuis et François d’Aubert qui ont été ministre tous les deux. Et puis depuis leur départ, plus rien. Bon, François Zocchetto aurait pu monter ; il aurait pu avoir une belle carrière politique ministérielle. Mais le fait d’avoir abandonné le Sénat pour choisir la ville de Laval, c’est terminé. La Mayenne on ne va plus en entendre parler au niveau national.

leglob-journal : Et Guillaume Garot à Gauche ?

C’est quelqu’un que j’estime beaucoup. Pour le battre, ce ne sera pas facile. Je vois autour de moi, dans les Coëvrons par exemple beaucoup de sensibilité de gauche, chez les nouveaux maires et conseillers municipaux, ce n’est plus ce qu’on a connu il y a quinze ans.

leglob-journal : Plus de leaders politiques selon vous ?

Oui ! Si on fait le tour des parlementaires, si on prend les deux nouvelles élus ; Géraldine Bannier, la députée LREM n’est pas connue, même au sein de son groupe. Élisabeth Doineau sénatrice UDI, elle existe, certes dans le domaine social parce qu’elle a appris ça au Conseil général puis départemental ; elle est compétente dans ce domaine-là, mais je pense qu’elle ne peut pas émerger au niveau national. Quant à Guillaume Chevrollier, il est encore trop jeune mais il va être dans l’opposition… [soupirs] Vous n’existez lorsque vous êtes parlementaire que si vous êtes dans la majorité. Dans l’opposition, vous faites semblant d’exister, mais en fait vous n’avez aucun pouvoir.

leglob-journal : Guillaume Chevrollier, poste de substitution au Sénat pouvait-on lire sur les réseaux sociaux, parce qu’il s’était fait sortir de son poste de député par Géraldine Bannier, vous êtes d’accord avec ça ?

Non, c’est un concours de circonstances. L’effet Macron. Mais il a eu pour lui, il faut bien le dire beaucoup de chance. Parce que les centristes, excusez-moi, mais ils sont vraiment incorrigibles. À chaque fois, ils on mis deux candidats contre lui. Moi, j’en avais eu trois à l’époque. C’est certain que comme ça, ils sont sûrs de perdre. Et Arthuis jusqu’au dernier moment, il a essayé de faire retirer la candidature de Philippe Henry au Sénatoriales, mais il n’a pas pu. Henry se maintenant, Chevrollier était gagnant.

lettreguiillemetsfrancaisfermeture-2.jpg

leglob-journal : Comment voyez vous le présent immédiat en Mayenne ?

Là, les Mayennais sont dans l’attente de ce que va faire Macron. Déçus d’un coté, comme je vous l’ai dit, de la perte de Fillon, le voisin de la Sarthe qui avait jusqu’à la primaire à droite un visage de gaulliste social ; et puis de l’autre, admiratif du Président Macron qui va entrer en 2018 dans le dur à mon avis. Ça va être très compliqué pour lui, je pense.

Propos recueillis par Thomas H.

Laisser un commentaire