Mariage homo : le « droit de retrait »

hollandeelu1-7.jpg

En Mayenne, des maires sont prêts à faire jouer « un droit de retrait ». Prêts à se retirer et à aller à la pêche, plutôt que de remplir leurs obligations et marier des personnes de même sexe. Autrement dit, des élus de la République seraient prêts à se mettre en infraction avec la législation si la loi est votée, en ne mariant pas deux hommes ou deux femmes si l’occasion se présente dans leurs communes. Par choix. Par conviction.

Question de conscience ? Attitude rétrograde ? Les deux peut-être. La France, et donc la Mayenne, est en retard sur la question, très en retard, alors que notre pays se targue toujours d’être en pointe sur les Droits de l’Homme et qu’elle donne souvent des leçons.

lettrepbig.jpglus tard que prévu. Pas avant la fin janvier 2013. L’ouverture du mariage aux couples homosexuels ne sera pas examinée à l’Assemblée avant cette date.

Le groupe socialiste veut prendre le « temps » du débat. Une majorité de députés PS semblent disposés à y ajouter la procréation médicalement assistée pour les lesbiennes, mais tous ne sont pas convaincus. Sans compter ceux que ce texte gêne ou laisse indifférents. A gauche comme à droite.Le « temps » du débat. En Espagne cela fait 7 ans que ce mariage est autorisé, 11 aux Pays Bas. Pour ne prendre que ces 2 exemples européens.

Ce qu’on appelle en Mayenne « le mariage pour tous » fonctionne en Espagne, dans une terre en apparence conservatrice et religieuse, et cela ne semble pas avoir provoqué de problèmes.

Patrick est Français. Il vit à Madrid depuis plusieurs années avec Luis qui lui est espagnol. Patrick et Luis se sont mariés en Espagne après s’être pacsés en France et portent à présent un regard lucide sur le débat français autour du mariage homosexuel. Un regard non complaisant et distancié.

Marier des semblables

Témoignages de Patrick et Luis, en Espagne

Quand le mariage homosexuel est passé dans la législation espagnole, le chef du gouvernement socialiste Zapatero a dit quelque chose de juste à l’époque qui ressemblait un peu à cela : « ahora España es un pais mas decente » ce qui voulait dire « Maintenant l’Espagne est un pays plus décent ». Et c’est là qu’est bien le nœud du problème (ce qui, entre parenthèses, veut aussi dire que les pays où le mariage homo n’est pas légalisé, ces pays sont moins décents).

En fait, un peu comme l’abolition de la peine de mort en France, cela a été une décision du gouvernement prise aussi grâce au travail des associations.

leglob-journal.fr : il y a 7 ans les mentalités étaient-elles prêtes ? 

Patrick et Luis : Oui et c’était aussi un moment où la conjoncture économique était favorable. En fait, il n’y a pas eu une nouvelle loi. Le gouvernement socialiste de l’époque a simplement modifié les termes utilisés dans le code civil. Évidemment, les partis conservateurs et l’Eglise s’y sont fortement opposés (il y a eu des manifestations, etc.) or le mariage civil et religieux sont deux choses différentes, même si, et là c’est un autre gros problème, la distinction entre le religieux et le laïc n’est pas toujours très clair en Espagne; sincèrement, la majorité des gens n’y voyait pas d’inconvénients…

leglob-journal.fr : qu’est-ce que cela a changé pour vous ?

Patrick et Luis :

Résultat personnel : nous pouvons, tous les 2, simplement nous sentir des citoyens à part entière ce que devrait garantir en fait toute démocratie digne de ce nom.

Par ailleurs, ça a changé les choses du quotidien et ce n’est pas rien : nous pouvons nous promener par exemple tranquillement dans la rue à Madrid et partout en Espagne et être comme n’importe qui, ce qui change le regard de certains sur le long terme. En fait, il n’y a plus de regard porté !

leglob-journal.fr : avez-vous le sentiment que profondément ça a changé la société ? )]

Patrick et Luis : Cela semble bien avoir été le cas. Et ça a changé les choses en profondeur car le nouveau gouvernement n’est pas prêt à s’attaquer à cela, à revenir sur cette avancée même si, peu après l’adoption du mariage homosexuel, il y a eu un recours constitutionnel, mais là, nous ne savons pas quel en a été le résultat…

Par ailleurs, il ne s’agit pas, pour Luis et moi, de savoir si le mariage est un truc pour hétéro et que les homos ne sont pas concernés par ça, un machin un peu ringard.

Nous ne disons pas non plus que les homos doivent avoir des modèles différents – discours que l’on entend souvent – mais simplement pour nous, le mariage homosexuel, c’est la possibilité de jouir d’un droit tout bonnement comme tout un chacun.

leglob-journal.fr : quel regard portez-vous sur la France qui traine des pieds pour légaliser le mariage homosexuel ? 

Patrick et Luis : Pour ce qui est de la France, eh bien, pour nous c’en est fini de cette image à laquelle les Français tiennent tant comme l’héritage révolutionnaire, la notion de patrie des droits de l’Homme etc. puisqu’on peut parler de retard par rapport à des pays que les Français considèrent souvent comme ancrés dans une tradition catholique qui pèse sur leurs pratiques sociales.

Il faut que la France revoie sa copie : l’Espagne est l’un des pays où la pratique religieuse a le plus baissé.

Pour moi, en France quand j’ai dû faire mon Pacs il y a quelques années – simplement pour les impôts – c’était le vide complet, et j’ai eu tous un tas de problèmes et cela m’a blessé.

J’espère seulement que le gouvernement français aura le courage de ne pas proposer une loi sur le mariage homosexuel qui soit au rabais –comme c’est le cas dans certains pays – car on retomberait alors dans les mêmes problèmes et rien ne sera réglé.

Propos recueillis par Thomas H.

Laisser un commentaire