Michel Sorin : « Le PS n’est plus socialiste depuis longtemps […] »

Créateur d’un mouvement national citoyen et républicain, ancien n°1 du Parti socialiste en Mayenne, et maire d’une commune de la première couronne de Laval qui faisait déjà figure d’exception à l’époque car ancrée à gauche, Michel Sorin, adhérent du MRC (Mouvement Républicain et Citoyen), est sur leglob-journal.fr. Position dominante en Mayenne du centre droit allié à l’UMP avec «risques d’affaiblissement de la démocratie» et inévitable «refondation» nationale du « PS qui n’est plus socialiste depuis longtemps», Michel Sorin porte un regard acéré et lucide sur l’état de la politique en Mayenne et en France.

Entretien leglob-journal.fr


leglob-journal.fr – Vous avez créé et animé Réseau CiViQ en Mayenne, où en êtes vous actuellement ?

lettreguillemetsbig-6.jpg Réseau CiViQ est né en Mayenne, à Saint-Berthevin, en décembre 2002, des suites du traumatisme électoral du 21 avril au 1er tour de l’élection présidentielle. Nous sommes partis de l’idée que les citoyens sont le fondement de la République et avons proposé un retour aux principes de base de la démocratie républicaine, comme moyen de reconstruire le lien entre la politique et le peuple français.
Réseau CiViQ a été redéployé au niveau national, en janvier 2014, avec des adhérents de la région parisienne et de divers départements, en plus de Mayenne et des départements de la région. Ce n’est pas une organisation politique, c’est un réseau de citoyens – qui peuvent adhérer à un parti politique, par ailleurs.

leglob-journal.fr – Comment vous positionnez-vous sur l’échiquier politique?

Pour ma part, je suis au Mouvement Républicain et Citoyen depuis 2004 mais n’exerce plus de responsabilité exécutive depuis 2012 (j’étais à la direction nationale et responsable régional).
Je continue de représenter les adhérents MRC des Pays de la Loire au Conseil national de ce mouvement. Le MRC se positionne parmi la gauche républicaine. Ses trois députés, dont son président, Jean-Luc Laurent, ont été élus dans le cadre d’une alliance avec le PS.

leglob-journal.fr – Quel regard portez-vous sur le repositionnement à droite du département de la Mayenne depuis les dernières élections municipales?

Le département de la Mayenne avait enregistré un glissement à gauche depuis une dizaine d’années, tout en restant dominé par le centre droit. La perte de Laval et d’autres municipalités ramène la gauche à la situation que j’ai bien connue quand j’étais maire de Saint-Berthevin et seul maire de gauche avec celui de Mayenne.

leglob-journal.fr – Êtes-vous d’accord avec Guillaume Garot qui sur leglob-journal.fr parle de « mainmise d’un seul parti qui affaiblit le département »?

Ce qui pénalise la gauche en Mayenne, comme ailleurs, c’est d’abord la politique économique gouvernementale. Ensuite, c’est le fait que le centre a pris nettement le dessus sur la droite. Il n’y a pas mainmise d’un seul parti mais il est vrai que l’UDI détient parmi les élus une position centrale, qui est devenue dominante, par son alliance avec l’UMP.

leglob-journal.fr – Comment selon vous se manifeste-t-elle?

La position de force de cette alliance a été évidente lors des élections sénatoriales. A partir du Sénat et du Conseil général d’une part, de l’agglomération lavalloise d’autre part, l’alliance centriste contrôle tous les postes de commande. Il s’y ajoute le fait que les deux dirigeants principaux du département sont, non seulement du même parti, mais aussi associés dans la vie professionnelle. Je n’en déduis pas que cela va affaiblir le département. Il y a tout de même un risque d’affaiblissement de la démocratie.

leglob-journal.fr – Vous avez été premier secrétaire fédéral du PS, à votre avis faut-il comme le préconise Manuel Valls changer le nom du Parti socialiste et par la même occasion de logiciel?

Le premier ministre n’ignore pas les vents contraires à la bonne marche de son gouvernement. Il sait que ses idées sont minoritaires au PS, à gauche et dans le pays. Il pousse l’avantage de son poste en tentant un coup de force, comme l’avait fait [Tony] Blair vis-à-vis du Parti travailliste. Considérant que la cause est entendue pour les élections de 2017, il pose des jalons en vue de l’échéance de 2022, en espérant que son coup de boutoir sur le PS le secouera suffisamment pour lui faire perdre son côté « passéiste », c’est-à-dire sa référence aux luttes des travailleurs contre le capitalisme. Peut-être les choses ne se passeront-elles pas comme il le prévoit. Peut-être que la résistance à cette dérive néolibérale va monter d’un cran ? On verra. En tout cas, dans les faits, le PS n’est plus socialiste depuis longtemps.

leglob-journal.fr – Dépasser la « gauche passéiste »? C’est ce que préconise le Premier ministre, selon vous c’est la solution?

En 1983, j’étais délégué de la Mayenne au congrès PS de Bourg-en Bresse, quand le tournant libéral européen pris par le président Mitterrand a été avalisé. C’est là que le PS a changé de logiciel et cela l’a conduit à toutes les dérégulations européennes du début des années 1990. Finie la perspective socialiste. L’avenir, c’était l’Europe et son projet libéral.
Manuel Valls est l’héritier des Rocard, Bérégovoy, Strauss-Kahn, Jospin, qui ont grandement contribué à mettre en œuvre le capitalisme néolibéral dans notre pays. Je ne cesse d’appeler au rassemblement des républicains pour proposer une alternative en vue de redresser notre pays et fermer la « parenthèse libérale » ouverte en 1983.

leglob-journal.fr – Quel est votre sentiment sur l’état de la République actuellement en France?

La Vème République est protectrice de la capacité d’action du pouvoir exécutif. Tout en laissant des marges de manœuvre au pouvoir législatif qui, trop souvent, ne les utilise pas.
Les citoyens ne mettent pas en cause fondamentalement les institutions mises en place par le général de Gaulle. Ils critiquent les élites politiques, qui ont abaissé le pouvoir de décision démocratique du peuple. Ils ressentent douloureusement l’abandon de la souveraineté populaire et nationale de la France, au profit des instances européennes dont ils se méfient parce qu’elles sont le cheval de Troie du capitalisme néolibéral qui a dominé le monde depuis trente ans.

En fait, la France a maintenu en fonctionnement les institutions républicaines gaulliennes mais a répudié la politique de leur fondateur, laissant sa défense entre les mains de l’OTAN, donc des intérêts américains, et sa monnaie entre les mains des partisans inconditionnels des politiques néolibérales. Même son budget n’est plus sous sa seule responsabilité, on commence à le voir concrètement, dans l’application des traités.

Le malaise des citoyens est la conséquence de ces coups de canif dans le contrat républicain. La liberté de la France s’effiloche et que dire de l’égalité, qui n’est plus que de pure forme, avec un système économique qui vénère les inégalités sociales ? La fraternité, elle-même, ne pourra tenir longtemps quand les conditions du vivre ensemble ne sont plus correctement réunies.

leglob-journal.fr – Faut-il changer de République?

Non, ce n’est pas par là qu’il faut commencer. Il faut, d’abord, réactiver la République, telle qu’elle est, en la déconnectant de sa tutelle néolibérale et en la reconnectant avec le peuple français. Le problème des rapports d’une France vraiment républicaine avec l’Union européenne se posera alors différemment. Celle-ci devra s’adapter. En cas de difficultés, l’arme du référendum devra être utilisée. Cette Europe n’est pas viable, pas plus que l’euro, tel qu’ils fonctionnent actuellement. Il faudra une réorientation, qui n’est possible qu’à partir d’une ou plusieurs nations sur la base de la souveraineté populaire. Ce sera une question de capacité à convaincre, de diplomatie et de rapport de forces.

Il est possible que le mouvement de la démocratie conduise au besoin de faire évoluer profondément les institutions actuelles de la République, dans le sens d’un meilleur équilibre entre pouvoirs exécutif et législatif et d’une plus grande participation des citoyens à la vie publique. Dans ce cas, ceux-ci devront être consultés par référendum après un débat public approfondi.

leglob-journal.fr – Homme de gauche, si vous aviez à conseiller le Parti Socialiste en Mayenne que lui diriez-vous?

Le PS en Mayenne sait où me trouver, au cas où l’idée lui viendrait de solliciter un conseil. Peut-être cela se fera-t-il quand il aura engagé sa refondation. Souvenons-nous de la fin des années 1960, quand la SFIO s’était tournée vers de petits partis ou clubs politiques, comme la Convention des Institutions Républicaines de François Mitterrand et Objectif socialiste de Robert Buron [ndlr : ancien maire de Laval et Député de la Mayenne].

Avec l’aide de Jean-Pierre Chevènement et du CERES, les forces rénovatrices du parti socialiste avaient conclu un accord historique au congrès d’Epinay-sur-Seine en 1971, débouchant sur la rénovation de la gauche et la victoire électorale en 1981. L’histoire ne se répète pas mais, compte tenu de la dégradation de la situation politique et des très mauvaises perspectives pour le pays, il ne faut pas exclure un enchaînement d’événements qui pourraient conduire à un rassemblement républicain et socialiste d’un type nouveau.

Propos recueillis par Thomas H.

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