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Après les préoccupations des collectivités territoriales et de l’État, et la parole de ceux qui sont étrangers, que se passe-t-il quand les populations locales intègrent les migrants ? Comme remède à la xénophobie ou à l’intolérance, et la preuve d’une possible intégration profitable à tous, voici les effets bénéfiques insoupçonnés de la présence de migrants.

« Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente » #4

Par Marrie de Laval

Il faut bien admettre que l’Europe et l’ensemble des pays les plus riches accueillent à peine 6 % de l’ensemble des réfugiés dans le monde alors que les pays les plus pauvres reçoivent 50 % de ces mêmes migrants. Car, au-delà de la cause de leur errance, ils cherchent un refuge en subissant une double peine. Ces gens sont des victimes dans leur pays, et dépourvus de toute protection, ils subissent un exil forcé dans de terribles conditions, comme il a été dit en janvier 2018, lors de la conférence sur l’exemple de grande Synthe.

Quand on regarde la carte des résultats électoraux du département du Nord, le basculement à droite et l’implantation du Front National sont remarquables (Cf ci dessous). Dans le Nord de la France, terre de migrations depuis la révolution industrielle au XIXe siècle, le vote à gauche s’est estompé. La solidarité ouvrière, les luttes progressistes, l’aspiration au progrès avec le sens de la lutte des classes ont presque littéralement disparu.

Cartes résultats législatives - Source 20 minutes

Pour Damien Carême, maire de Grande Synthe, les collectivités locales et l’État disposent des moyens financiers pour faire face à cet afflux de personnes en errance. « Mais rien ne se fait. Cette inertie se double d’un refus de communiquer de la part des autorités dans leur ensemble. » a-t-il expliqué lors de sa venue à Laval.

Dans le département du Nord, il y a 460 communes. Et le vote extrême, nationaliste en lien avec la xénophobie, progresse sur une terre qui a été, tout au long du 20e siècle, un socle de développement pour les partis de la gauche ouvrière et pour une population issue d’un brassage avec des peuples de l’Est et du Sud. Peut-être l’une des conséquences d’un manque de confiance dans l’avenir des habitants de cette région sinistrée par la désindustrialisation ? Or, quand les élus locaux expliquent aux populations qui sont les migrants, quelles sont leurs difficultés, les mentalités évoluent. Le même phénomène s’observe avec les CAO (Centre d’Accueil et d’Orientation) qui multiplient les occasions de rencontres entre les habitants et les nouveaux venus. C’est le cas en Mayenne avec celui de Laval, ou de Mayenne, au Nord du département.

Créer du lien

Ces actions permettent de faire évoluer les mentalités jusqu’à modifier les tendances de votes aux élections en faveur des formations de gauche. Dans la ville de Mayenne, par exemple, la population locale, depuis le XIX ème et l’installation de centres de psychiatrie dit « ouverts », est habituée à croiser des personnes différentes. Alors, quand des migrants arrivent, les habitants cherchent à comprendre ce qui les fait se mettre en route. Et ils s’investissent dans diverses associations caritatives pour aider. Les CCAS du bassin de Mayenne à leur tour prennent en charge les migrants en règle, en fonction des possibilités des structures d’hébergement.

Les jeunes gens scolarisés intègrent tous les niveaux d’étude, du primaire jusqu’à l’université. Les enfants du coin développent une solidarité et une maturité précoce et profonde. Cela s’explique par les liens d’amitié et les conversations entre les jeunes. Des prises de conscience se font alors.

Concernant les bienfaits de la présence de demandeurs d’asile auprès des populations locales, le témoignage de Jean-Pierre Lebonhomme, en charge du Centre communal d’actions sociales (CCAS) de la ville de Mayenne confirme l’observation du maire de Grande Synthe. « Ces jeunes [migrants, NDLR] sont également capables de recadrer les élèves un rien perturbateurs dans certaines classes. C’est vrai que lorsqu’ils racontent les difficultés de la vie dans leur région d’origine, cela calme vite ceux qui ont la jérémiade facile ! » précise-t-il. « Je pense plus particulièrement au jeune Sharly Mabussi, né au Congo qui a fui le pays avec sa mère et ses autres frères et sœurs. Il s’est retrouvé à devoir jouer les chefs de famille et cela n’a pas été simple pour eux. Aujourd’hui, il est au Stade Lavallois. Tout va bien. »

Un apport indéniable

Économiquement, si les adultes ne retrouvent pas le confort de vie du pays d’origine, les enfants s’insèrent plus facilement. Ils apprennent par immersion scolaire, entre 6 à 8 heures, au contact de la langue. Jean-Pierre Lebonhomme et nombre de bénévoles associatifs expliquent que le fait d’être un migrant devient un avantage pour certaines professions. Ainsi, de nombreux jeunes bilingues (anglophone et francophone en plus de la langue maternelle locale quand elle existe) se sont orientés vers des métiers liés à l’exportation ou au tourisme au grand bénéfice de leurs entreprises. « Ils permettent de poser des ponts et d’établir des liaisons entre certaines parties du monde au bénéfice de tous. »

Aussi ce ne sont pas les pays d’accueil qui doivent être inquiets de l’arrivée des migrants, mais les pays désertés par leurs populations. Car ce sont des forces vives, de 25 à 35 ans en moyenne, qui fuient. Le pays d’origine aura ainsi tout perdu : il aura investi en pure perte dans l’éducation de ses enfants qui ne produiront pas de richesses sur leur territoire d’origine puisqu’ils s’exilent.

Mais aux vues de tous ces motifs, existe-t-il encore un pays, un état dans ces régions du monde qui se vident peu à peu de leurs substance ? Non, à ce stade, il n’y a plus d’état, juste l’addition d’intérêts égoïstes et privés qui travaillent à leur propre bénéfice.

Le titre de cet article est inspiré d’Antoine de Saint-Exupéry - extrait de Lettre à un otage.

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Migrant - « Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente » #5

Publié le: 16 avril 2018
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